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France : Laurent Bouvet, le soldat de la gauche républicaine, est mort

dimanche 19 décembre 2021, par siawi3

Source : https://www.lepoint.fr/politique/laurent-bouvet-le-soldat-de-la-gauche-republicaine-est-mort-18-12-2021-2457432_20.php

Politique

Laurent Bouvet, le soldat de la gauche républicaine, est mort

Défenseur pugnace de la laïcité, Laurent Bouvet est décédé à Paris ce samedi 18 décembre. La gauche perd l’un de ses aiguillons.

Photo : Laurent Bouvet, politologue francais, appartenait à la gauche républicaine. © BALTEL/SIPA / SIPA

Par Clément Pétreault

Publié le 18/12/2021 à 17h39 - Modifié le 18/12/2021 à 17h46

Avec la disparition de Laurent Bouvet, annoncée par sa femme sur Facebook, c’est une partie de la mauvaise conscience de la gauche qui s’évapore. Politologue, fondateur du Printemps républicain et auteur de nombreux ouvrages sur l’identité et l’insécurité culturelle, Laurent Bouvet s’est éteint à Paris ce samedi à l’âge de 53 ans. Bien qu’atteint par une maladie dégénérative, il trouvait encore les forces de publier en juillet 2020 Le Péril identitaire (Éditions de l’Observatoire), un essai testament, dans lequel il tentait, une dernière fois, de mettre la gauche en garde contre la lente dérive identitaire dont elle fait l’objet depuis plusieurs années. « Si l’on désire résister à la pression de ce monde individualiste devenu identitaire, il faut avoir des principes solides auxquels on ne déroge pas. En France, ça s’appelle la République. Le républicanisme à la française constitue une proposition politique capable de limiter les effets délétères de l’individualisme libéral et les inégalités sociales », répétait-il pour expliquer l’ancrage à gauche de son engagement républicain.

Il était aussi l’une des rares voix de gauche ouvertement engagée dans le combat pour la laïcité et contre l’islam politique, le relativisme culturel ou la pensée décoloniale qui irriguent le monde universitaire. Souvent accusé de souffler sur les braises d’un « identitarisme républicain », l’essayiste réfutait cette analyse : « Je ne suis en rien un identitaire, bien au contraire, je suis un humaniste universaliste qui croit profondément en l’indétermination, aux bienfaits du métissage et de l’émancipation », nous confiait-il à l’occasion d’un ultime entretien.

Dérive identitaire de la gauche

Lassé du monde universitaire et du militantisme traditionnel, ce professeur à la faculté de droit et de science politique de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines rompt avec le Parti socialiste et le think tank Terra Nova sur fond de différends stratégiques. Il ne pardonnera jamais au PS de s’être engagé dans ce qu’il estimait être une dérive identitaire de la gauche, notamment au travers de la fameuse note Terra Nova, qui a encouragé le Parti socialiste à satisfaire les revendications d’une juxtaposition de minorités, plutôt que de tenir un discours républicain, seul moyen aux yeux de Laurent Bouvet de dessiner un récit collectif valable.

Relire la dernière grande interview de Laurent Bouvet au Point : « On peut difficilement m’assimiler à Zemmour… »

Rompant avec le modèle de militantisme classique, il n’a pas hésité à faire un usage intensif des réseaux sociaux pour attaquer ses adversaires politiques. Avec sa disparition, les mouvements décoloniaux perdent leur cible obsessionnelle. « J’ai joué le jeu, parfois de manière un peu limite sur les réseaux sociaux […] Pour être entendu, il faut y aller fort. J’y suis allé quelques fois un peu fort », confessait-il quelques mois avant sa mort. « J’ai choisi de descendre dans l’arène et de mener un combat de gladiateurs, parce que je me suis aperçu que le combat universitaire n’était pas efficace. J’ai aussi compris après 20 ans au PS à faire des campagnes et rédiger des discours pour François Hollande que la politique traditionnelle n’y pourrait rien. Essayer d’être un intello en politique, c’est inutile », nous expliquait-il, résigné.
Relève politique

Intellectuel hors des clous, universitaire déçu et essayiste inspiré, Laurent Bouvet espérait encore il y a quelques mois « qu’au-delà du portrait caricatural que l’on fait de [lui], il restera les livres et une certaine cohérence intellectuelle, une construction politique bâtie autour de toutes ces idées, qui n’en est qu’à ses débuts ». La relève politique et intellectuelle sera assurée par ses compagnons de route, cofondateurs ou membres du Printemps républicain qui l’ont accompagné ces derniers mois, tels que Gilles Clavreul, Amine El Khatmi ou encore Denis Maillard.