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Pourquoi le changement de sexe est un mensonge

samedi 25 décembre 2021, par siawi3

Source : https://tradfem.wordpress.com/2021/12/20/pourquoi-le-changement-de-sexe-est-un-mensonge/

Pourquoi le changement de sexe est un mensonge

par Germaine Greer,

Texte original : The Independent Magazine, 22 juillet 1989
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Traduction : Tradfem 2021

Le jour de la sortie de La Femme Eunuque en Amérique, une personne vêtue de draperies flottantes s’est précipitée vers moi et m’a pris la main. « Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait pour nous, les filles ! » J’ai souri, j’ai hoché la tête et j’ai fait un pas en arrière, essayant d’extraire ma main de l’énorme patte poilue et annelée qui l’avait agrippée. Le visage qui fixait le mien était recouvert d’un épais maquillage de crêpe à travers lequel la barbe poussait déjà, en concurrence futile avec une perruque Dynel d’une immense luxuriance et deux paires de faux cils. Contre les côtes osseuses que l’on pouvait compter à travers sa robe-foulard fragile se balançait un emblème de la libération des femmes en acier poli.

J’aurais dû dire, « Vous êtes un homme. La femme eunuque a fait moins que rien pour vous. Allez vous faire voir. » Le travesti me tenait dans une poigne de violeur tandis qu’il se positionnait habilement à côté de moi, de façon à pouvoir afficher un sourire de pin-up aux photographes qui, pour des raisons liées au magazine Life et à ITV, me traquaient. Il a essayé de monter dans la limousine, mais quelqu’un s’est débarrassé de lui, probablement en claquant la porte sur ses doigts. Lorsque la voiture est partie, j’ai trouvé sur mes genoux le gros paquet d’écrits photocopiés que de tels prédateurs ont invariablement sur eux.

À partir de ce moment-là, chaque fois que je mettais le nez devant le Chelsea Hotel, il apparaissait comme venu de nulle part. Bien qu’il ait certainement considéré qu’il était psychologiquement une femme, car j’avais quelques centaines de pages de gribouillages extatiques pour le prouver, il se comportait exactement comme un homme prédateur. Il était aveugle et sourd à toute preuve d’antipathie, tout à fait inconscient de l’existence d’une personnalité distincte de lui, avec ses propres préoccupations. Il a même masqué ses intentions d’invasion et d’exploitation par la ruse banale de m’offrir des cadeaux coûteux, non désirés et importuns.

L’étiquette exigeait que je me plie à cette parodie grossière de mon sexe en l’acceptant comme une femme, jusqu’à lui permettre d’aller aux toilettes avec moi. Des démarches bureaucratiques étaient en cours pour lui donner, ainsi qu’à ses semblables, le droit à une identité féminine, voire à un passeport féminin. Nous ne serions pas surprises de voir des bureaucrates accepter l’idée que la femme n’est rien d’autre qu’un mâle castré, en contradiction flagrante avec la biologie qui nous dit que la masculinité n’est rien d’autre que la détérioration d’un chromosome de l’ensemble féminin. Il est toutefois étrange qu’un groupe de féministes combatif et bruyant n’ait pas rejeté cette idée avant qu’elle ne soit discrètement et sournoisement mise en œuvre. Si vous voulez tellement être une femme que vous êtes prêt à vous mutiler, et si le médecin qui vous a mutilé vous écrit une lettre disant que le changement est permanent, alors l’État bienfaiteur déclarera que vous êtes ce que vous n’êtes pas, une femme. Le grand public, malgré l’évidence de ses yeux et de ses oreilles, acceptera le bluff. Ils pourraient, avec autant de justification, changer les dates de naissance dans les passeports des femmes qui sont sous oestrogène de remplacement ou qui ont subi des liftings, mais il est peu probable que cela se produise. L’âge est considéré comme réel, la féminité non.

Les personnes qui croient que les féministes brûlent des soutien-gorge croient également que quelqu’un, généralement moi, a soutenu qu’il n’y a pas de différence entre les sexes. L’argument, mon argument en tout cas, est que la différence réelle a été obscurcie par une série de différences factices. La femellitude a été déformée en féminité ; la féminité est devenue une féminité permanente. L’un des principaux mécanismes de cette transformation est la suppression de la sexualité féminine, remplacée par une notion de la libido féminine comme image miroir du désir masculin, comme simple réceptivité. Les autres relations érotiques des femmes, avec leurs bébés en particulier, sont niées, ou supposées imiter le paradigme masculin, et donc être envahissantes et fixées sur le plan génital.

Il existe certainement des hommes qui veulent sérieusement, passionnément et constamment être ce qu’ils considèrent comme des femmes, et ils peuvent tout aussi bien l’être. La plupart d’entre eux envient le droit des femmes à l’exhibitionnisme sexuel ; la plupart d’entre eux ont une vision encore plus stéréotypée de la féminité que ce qui est communément admis, et se souviennent des années 50, lorsque les seins pointaient comme des canons de fusil, que les tailles étaient cintrées à l’infini, que les jupons froissaient de manière invitante et que le maquillage coulait. De tels hommes peuvent se considérer comme des filles, mais c’est une toute autre affaire lorsque les femmes elles-mêmes sont contraintes par la coutume de suivre le mouvement, comme j’ai consenti, il y a 20 ans à New York, à appeler ma persécutrice « sœur ».

En supportant les attentions de cette caricature de moi-même, j’ai fait preuve de la même bonne nature insensée qui permet aux belles-mères de continuer à être la base de l’humour anglais, qui donne à Benny Hill son audimat, qui remplit les clubs d’hommes d’affaires lorsqu’il y a un imitateur féminin. Vous ne verrez plus de Nigger Minstrels et vous ne verrez certainement plus de vrais hommes noirs les regarder, mais vous verrez des femmes rire obligeamment à la vue d’hommes à moitié nus avec des nichons en forme de balles de tennis attachés sur la poitrine, qui se trémoussent les fesses en imitant l’éjaculation (imaginaire) sans fin des femmes. Il existe plus d’un type de viol, plus d’un type d’attaque meurtrière contre l’estime de soi des femmes. Le travestissement masculin n’est en aucun cas la preuve d’une psyché féminine, mais plutôt la dernière attaque contre l’altérité féminine, en la réduisant à un chiffon, un os et une mèche de cheveux.

J’ai sur mon bureau trois lettres d’un « transgresseur de genre », qui croit qu’il peut passer d’un sexe à l’autre à volonté, et qui fournit la série habituelle de photos de lui en femme pour le prouver. Ses lettres exposent en détail ce qu’il attend de moi, à savoir que j’accepte sa vision de l’univers, que je l’autorise à une intimité immédiate et que je lui permette de décrire mes sentiments. J’ai attiré sur moi les deuxième et troisième lettres en reconnaissant la première et en lui disant que je n’étais pas intéressée. J’aurais dû dire : « Le caractère éphémère du sexe est un mensonge. Tu es un homme. Va te faire voir. » Parce que je ne l’ai pas fait, je me suis à nouveau exposée aux mêmes vieux hoo-ha agressifs, insensibles, arrogants et profondément masculins.