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En Afghanistan, les talibans demandent aux commerçants d’Herat de décapiter les mannequins

vendredi 7 janvier 2022, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/01/05/en-afghanistan-les-talibans-demandent-aux-commercants-d-herat-de-decapiter-les-mannequins_6108317_3210.html

En Afghanistan, les talibans demandent aux commerçants d’Herat de décapiter les mannequins

Les autorités de cette ville de l’ouest du pays ont ordonné de retirer les têtes des mannequins féminins des boutiques, en application de leur interprétation stricte de la loi islamique, qui interdit la représentation de figures humaines.

Le Monde avec AFP
Publié hier à 17h58, mis à jour hier à 18h48

Photo : Les têtes des mannequins dans un magasin de vêtements pour femmes à Herat, le 5 janvier 2022. - / AFP

L’Afghanistan, pays parmi les plus pauvres du monde, est au bord de l’effondrement économique. Au début du mois de décembre, l’ONU a mis en garde contre un risque de famine, estimant que 23 des quelque 40 millions d’Afghans risquent de souffrir de pénuries alimentaires « aiguës » cet hiver. Pourtant, le nouveau régime a d’autres priorités, comme… couper la tête des mannequins féminins, après s’être attaqué aux instituts de beauté, lors de leur prise du pouvoir, le 15 août.

La chaîne d’information afghane Tolo News, a révélé, le 30 décembre, que les talibans de la ville avaient ordonné aux commerces d’Herat de retirer les têtes des mannequins féminins, en application de leur interprétation stricte de la loi islamique, qui interdit la représentation de figures humaines.

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Décision critiquée

« Nous avons demandé aux commerçants de couper la tête des mannequins, car cela va contre la loi [islamique] de la charia », a confirmé mercredi 5 janvier Aziz Rahman, chef du département pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice à Herat, troisième plus grande ville de cette province de l’ouest de l’Afghanistan, avec environ 600 000 habitants. « S’ils se contentent de recouvrir la tête, ou cachent le mannequin, l’ange d’Allah ne rentrera pas dans leur magasin ou dans leur maison pour les bénir », a-t-il continué, ajoutant que les vendeurs de vêtements ont promis qu’ils obéiraient.

Les vendeurs de vêtements d’Herat ont critiqué cette décision. L’un deux, Aziz Ahmad Haidar, a expliqué à Tolo News qu’ils utilisent « les mannequins pour exposer les vêtements ». D’autres, comme Mehran Azizi, ont pointé que « des mannequins sont utilisés pour afficher des vêtements dans tous les pays, y compris les pays islamiques ». Mais les talibans sont restés inflexibles. Le département pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice les a prévenus qu’ils seraient punis en cas de non-respect de cette injonction.

Les commerçants ont obtempéré : une vidéo mise en ligne le 3 janvier montre l’employé d’un magasin utiliser une scie pour décapiter une dizaine de mannequins féminins. Partagée à l’origine par Homeira Qaderi, autrice vivant à Kaboul, elle a été vue plus de 730 000 fois et a été repostée par le journaliste de la BBC Zia Shahreyar.

Plusieurs commerçants d’Herat interrogés par l’Agence France-Presse se sont dits mécontents. « Comme vous le voyez, nous avons coupé les têtes des mannequins dans le magasin », regrette Basheer Ahmed, se plaignant que chacun de ses mannequins lui a coûté 5 000 afghanis (environ 42 euros). « Quand il n’y a pas de mannequin, comment espérez-vous vendre vos produits aux consommateurs ? », a-t-il ajouté.

Dans un article publié le 17 août dans Prospect Magazine, l’historien britannique Charlie Gammell, qui a publié The Pearl of Khorasan : A History of Herat ( « La perle du Khorasan : une histoire d’Herat » chez Hurst & Co, en 2016, non traduit), s’inquiétait pour l’avenir de la cité.

Il rappelait qu’elle est considérée comme le centre du patrimoine culturel et des arts de l’Afghanistan, à l’égal de Florence à la Renaissance. Sa population, majoritairement tadjike et hazara, parle principalement le dari. Elle a souffert sous le régime des talibans entre 1996 et 2001, mais a essayé de maintenir un semblant de vie culturelle, sous la forme d’un cercle de lecture clandestin pour les femmes d’Herat et d’un magazine culturel.

Recul des droits

Marzia Babakarkhail, ancienne juge aux affaires familiales en Afghanistan réfugiée au Royaume-Uni, a expliqué au quotidien britannique The Independent que cette décision des talibans révèle « qui ils sont vraiment ». « On s’y attendait, mais j’aurais aimé que les employés du ministère [pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice] se concentrent sur la réduction de la pauvreté, la fourniture d’aide », a tweeté Torek Farhadi, un ancien fonctionnaire du précédent régime afghan.

Si, pour l’instant, les talibans n’ont émis aucune directive nationale concernant les mannequins, à la fin de leur premier règne, en mars 2001, ils avaient détruit les deux statues de bouddha de Bamiyan. Depuis leur retour au pouvoir, ils cherchent à être reconnus par la communauté internationale et se disent plus modérés.

Ils ont depuis imposé plusieurs restrictions, notamment aux femmes et aux filles. Ils ont annoncé que les femmes désirant voyager sur de longues distances devaient être accompagnées par un homme de leur famille proche et appelé les conducteurs de taxi à n’accepter des femmes à bord de leur véhicule que si elles portent le « voile islamique ». Les autorités talibanes ont également multiplié les perquisitions d’alcool et interdit la musique.

Mardi, une trentaine de femmes ont manifesté dans Kaboul pour leurs droits, mais aussi pour demander aux talibans d’arrêter leur « machine criminelle » et les assassinats de membres de l’ancien régime.

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Le Monde avec AFP