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France : Il avait pour modèle le terroriste de Christchurch : Aurélien Chapeau condamné à 9 ans de prison

mardi 1er février 2022, par siawi3

Source : https://www.nouvelobs.com/justice/20220128.OBS53811/il-avait-pour-modele-le-terroriste-de-christchurch-aurelien-chapeau-condamne-a-9-ans-de-prison.html

Il avait pour modèle le terroriste de Christchurch : Aurélien Chapeau condamné à 9 ans de prison

Le tribunal judiciaire de Paris. (Flickr / Fred Romero)

Jugé pour « entreprise terroriste individuelle », cet ancien militaire de 38 ans ayant viré suprémaciste blanc a été condamné à 9 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris. Sous la surveillance des renseignements, il avait été arrêté le 26 mai 2020 après la détection d’un « risque de passage à l’acte violent ».

Par Mathieu Delahousse

Publié le 28 janvier 2022 à 20h13 · Mis à jour le 28 janvier 2022 à 20h30

Jusqu’où peut-on dérouler de façon parallèle, comme s’il s’agissait de deux films à l’épilogue inexorablement identiques, les parcours de deux hommes ancrés dans les mêmes idéologies de haine ? L’itinéraire de Brenton Tarrant, à l’origine, le 15 mars 2019, de l’attaque à l’arme automatique contre deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande), faisant 51 morts et 49 blessés, peut-il être comparé à celui d’Aurélien Chapeau, 38 ans, interpellé le 26 mai 2020 à Limoges (Haute-Vienne) et poursuivi pour un projet d’attaque à l’arme automatique qui aurait dû viser la communauté juive ?


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A l’issue de trois jours d’une audience inhabituelle, la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris a, ce vendredi 28 février, répondu positivement. Poursuivi pour entreprise terroriste individuelle, Aurélien Chapeau, reconnu coupable, a été condamné à 9 ans de prison.
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« Nous ne nous sommes pas là pour savoir si vous seriez passé à l’acte ou non mais pour considérer si les éléments légaux en vue d’un passage à l’acte étaient réunis. Ils le sont à un très haut niveau d’intensité », a expliqué le tribunal.

Le manifeste de Tarrant à la main

Déjà sous la surveillance des services de renseignements en raison de son activisme sur les réseaux sociaux, l’ancien militaire du deuxième régiment de hussards de Sourdun (Seine-et-Marne), devenu agent de sécurité dans des magasins de bricolage, avait été arrêté après la détection d’un « risque de passage à l’acte violent ». Le 26 mai 2020, Aurélien Chapeau se photographie avec un masque de chantier devant un drapeau montrant « un soleil noir », l’un des symboles prisé par les néonazis, et annonce qu’il possède une arme tactique et deux chargeurs garnis.

Dans une main, telle une bible, il tient le manifeste de Brenton Tarrant, le tueur de Christchurch. Ce dernier avait réalisé exactement le même genre de cliché avant de passer à l’action. Le Limougeaud publie son selfie sur les réseaux sociaux. Le jour même, les autorités décident d’interrompre la surveillance pour aller l’interpeller.

Aurait-il semé à son tour la mort après avoir posté cette ultime photo ? Pour le parquet national antiterroriste, pas de doute : le selfie est « clairement une photo de passage à l’acte ». Selon l’accusation, Aurélien Chapeau était, à cette date, entré « en phase ultime d’un projet terroriste », prêt à se lancer dans un « djihad blanc ». Durant les mois précédents, il n’avait eu de cesse d’échafauder son projet. Le 14 septembre 2019, dans des repérages numériques bien brouillons, il avait brièvement posté sur un fil de discussion sur la messagerie Minds, très prisée des radicaux d’extrême-droite, la liste de plusieurs lieux de culte ou d’enseignement israélites du Limousin. Le 18 mai 2020, sur un logiciel de traduction sur son téléphone, il avait tapé ces mots : « Je veux tuer des juifs, un seul objectif : tuerie de masse ».

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« Une idéologie dégueulasse »

Le nombre de posts haineux écrits ou relayés sur internet donne le vertige, tout comme la violence des vidéos partagées : des clips de propagande du groupe néonazi américain Atomwaffen Divison ou – décidément – la vidéo du massacre de Christchurch que Tarrant avait lui-même diffusée en direct en 2019 à destination de cette sombre communauté. Un rapport de la DGSI, rapidement évoqué à l’audience, souligne la crainte en France « d’un modus operandi mené par des individus aux profils similaires, isolés mais liés par une communauté virtuelle et menant leurs actions sans aide extérieure ».

La tuerie de Christchurch apparaît comme l’un des points de bascule d’Aurélien Chapeau. L’attaque terroriste ne le choque pas, elle le galvanise : « Tarrant, je n’ai rien contre lui. Il s’est un peu emporté. Il a vengé le Bataclan », avait déclaré Chapeau devant les enquêteurs lors de sa garde à vue. « J’approuve pas ce qu’il a fait », corrige-t-il à l’audience de façon maladroite. Durant les trois journées de son procès, il ne livrera pas la moindre explication véritable sur ses dérives.

Comparaissant détenu, entouré en permanence de deux policiers cagoulés et armés, Aurélien Chapeau, cheveux presque ras, pull sombre et souvent bras croisés, admet avoir plongé dans « une idéologie dégueulasse », presque « intoxiqué » comme « dans une secte ».

Mais il « jure » ne pas avoir voulu mener une action terroriste. Célibataire, sans enfant, titulaire d’un CAP de cuisine, il s’était engagé volontairement en 2003 dans l’Armée de terre comme cuisiner. Il avait « signé pour le drapeau » et espérait bien « entrer dans une unité de combat ». Blessé, il avait dû se résoudre à rester à l’arrière avant de voir sa compagne désertée sa vie. Elle le trouvait « colérique, jaloux et de plus en plus isolé ».

Un jour, il prend à partie un neveu qui vient d’avouer à la famille son homosexualité. Un autre, tandis qu’il bouillonne devant ses écrans, impatient de « monter à Paris » pour participer aux manifestations des « gilets jaunes », il « pète un câble » face à un reportage sur le racisme anti-blanc. Illico, il expédie un message sur Facebook à un responsable de SOS Racisme : « Bientôt sous mes balles. Le temps fera les choses, sale traître », écrit-il. L’épisode lui vaudra une première convocation au tribunal à laquelle il ne se rendra pas.

A l’automne 2018, le mouvement des »gilets jaunes » le met en ébullition. Il compte venir manifester à Paris, le samedi. « Moi, les mouvements juifs et francs-maçons, je vais les détruire samedi. Je tapine pour restaurer ces merdes judéo-maçonniques. Je vais tuer la République. Je l’assume… », prévient-il. A l’époque, ses conversations sont déjà captées par la DGSI. Il sera interpellé avant de prendre son billet SNCF. Au-delà des clics, les services de renseignement s’inquiètent de son arsenal. Après avoir détenu un 357 Magnum et un Browning 7.65 semi-automatique, il acquiert un pistolet-mitrailleur et deux chargeurs ainsi que des pétards auxquels il colle des clous et des boulons. « Il y a beaucoup d’armes qui circulent comme ça », se défend-il lors de l’audience, maladroitement. Lors de leur première perquisition, les enquêteurs ne trouveront pas cette arme longue, pourtant cachée dans la cuisine.

« Il avait voulu se créer un personnage »

Outre l’arsenal, il cultive un goût prononcé pour l’apparat nazillon : masques représentant un squelette, drapeaux avec la croix celtique, adresses mail avec le chiffre 88, référence à la huitième lettre de l’alphabet et au salut nazi « Heil Hitler ». « Vous aviez l’attirail ! », souligne le président du tribunal. Aurélien Chapeau jure n’avoir fait que « des photos de mytho pour faire le buzz » sur internet… La mythomanie n’explique pas tout. En juillet 2018, il envoie à Génération identitaire, groupuscule d’extrême-droite aujourd’hui dissous, un message dans lequel il explique qu’il possède des « aciers et des dragées ». Comprendre : des armes et des munitions.

En mai 2019, toujours sur Minds, il lance à un correspondant à propos de Atomwaffen Division que « le but est de créer des cellules en France ». Enfin, à propos des 17 vidéos du groupe Atomwaffen Division trouvées sur ses ordinateurs, il admet que ces clips le séduisaient tant on voyait « des gens prêts à défendre leur peuple ». En revanche, il n’y voyait pas un déclencheur d’attentats : « C’est une minorité [qui passe à l’acte]. Il y a plein de gens qui font des vidéos et qui ne font rien. On est des gens paumés. C’est tout ».

L’affaire d’Aurélien Chapeau n’est que le troisième dossier impliquant des suspects de faits de terrorisme en lien avec l’ultra-droite à comparaître devant une juridiction. « C’est un dossier précurseur. Il ouvre la voie à une dizaine qui va arriver », s’inquiète à l’audience son avocat, Pierre-François Feltesse, redoutant qu’on fasse de lui « un exemple ».

Selon son défenseur, « Aurélien Chapeau avait voulu se créer un personnage. Nul ne savait ce qu’il allait faire vraiment ». A l’appui de sa démonstration, comme un point d’interrogation supplémentaire, l’avocat évoque les nombreux posts sur Facebook que le prévenu avait rédigés au moment des actes les plus violents des »gilets jaunes ». « Evidemment que j’y étais », écrivait-il. En réalité, ces samedis-là, il n’avait que le projet d’y aller. Son arrestation, décidément obstacle à toutes les suppositions, l’aura également empêché d’aller manifester…

Par Mathieu Delahousse