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France : Amine Elbahi, menacé de mort après « Zone Interdite » : « Il faut arrêter de mettre des pansements »

S’exprimer sans crainte sur l’islam

mardi 1er février 2022, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/amine-elbahi-menace-de-mort-apres-zone-interdite-il-faut-arreter-de-mettre-des-pansements?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220201&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Amine Elbahi, menacé de mort après « Zone Interdite » : « Il faut arrêter de mettre des pansements »

« Ne pas agir, c’est très discriminant et cela nourrit nos ennemis », estime Amine Elbahi. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Entretien avec Amine Elbahi
Propos recueillis par Pierre Lann

Publié le 31/01/2022 à 19:03

Menacé de mort après avoir témoigné de la montée de l’islamisme à Roubaix dans Zone Interdite, Amine Elbahi, 25 ans, vit aujourd’hui sous protection policière. Ce juriste appelle à s’attaquer aux racines sociales du communautarisme. Entretien.

Amine Elbahi, 25 ans, vit sous protection policière depuis qu’il a témoigné dans un reportage diffusé dans l’émission « Zone Interdite » sur M6, le 23 janvier dernier. Ce juriste en droit public, très inséré dans le tissu associatif, y dénonçait le « communautarisme » qui sclérose Roubaix, en pointant notamment du doigt des commerces islamiques qui vendent des poupées sans visage. Amine Elbahi est également à l’origine du signalement qui vaut au maire de Roubaix Guillaume Delbar (divers droite) un renvoi devant le tribunal correctionnel, ce mardi 1er février.

L’édile est accusé d’avoir manqué de vigilance en accordant des subventions à l’association « Ambitions et Initiatives pour la réussite » qui, sous couvert de soutien scolaire, donnait des leçons d’arabe, et semble-t-il, des cours coraniques. « Si ces associations existent, c’est à cause de l’État. Les carences des pouvoirs publics permettent aux islamistes de faire ce qu’ils veulent », dénonce Amine Elbahi. Entretien.

Marianne : Depuis que vous avez témoigné dans l’enquête de « Zone Interdite » qui documentait le développement de l’islamisme vous êtes sous protection policière. Que s’est-il passé ?

Amine Elbahi : Deux jours avant la diffusion, lorsque les premiers extraits ont été diffusés, j’ai commencé à recevoir des critiques et des messages d’injures. Puis c’est passé à des menaces de mort, de décapitation, par téléphone. J’ai tout fait constater par voie d’huissier et j’ai déposé plainte auprès du Procureur de la République. Depuis, une enquête a été lancée et une protection policière a été décidée. Cela me permet d’être plus serein et de continuer à m’exprimer.

La présentatrice, Ophélie Meunier, est aussi protégée par la police. Avez-vous le sentiment que ces menaces graves risquent de décourager des enquêtes sur l’islamisme ?

Pour ma part, je n’ai pas peur. Je continue de prendre la parole et je suis déterminé. Le fait que certains politiques et certaines personnalités publiques se taisent est un renoncement qui m’inquiète. Il faut au contraire s’attaquer à cette minorité. J’insiste bien sur le fait qu’il s’agit d’une minorité, qui s’en prend à la France au nom d’une religion. Et ils nous prennent en otage, pour nous mettre hors d’état de nous battre collectivement.

À LIRE AUSSI : Zone interdite montre l’islamisme, des militants de la France insoumise dénoncent l’« islamophobie »

Le combat que je mène aujourd’hui est dans la continuité de ce que j’ai fait auparavant, en luttant pour l’accès aux prestations sociales et contre la détention des enfants de djihadistes en Syrie et en Irak. C’est un engagement distinct mais ma sœur est partie en Syrie, où elle est aujourd’hui détenue. Dès ce moment-là, j’ai constaté l’inaction des responsables politiques. J’ai voulu aller plus loin, pour ne pas qu’on reproduise les mêmes erreurs. Il faut qu’on nous écoute.

Le reportage a été critiqué par certains habitants de Roubaix, notamment des commerçants, qui regrettent qu’il ne ternisse l’image de la ville. Comprenez-vous ces critiques ?

Je dis surtout qu’une majorité silencieuse m’a apporté son soutien. On parle beaucoup des menaces de mort, trop peu des très nombreux messages d’encouragement reçus. Et je crois que, depuis une semaine, beaucoup de personnes se sont rendu compte que j’avais pris la parole avec une certaine mesure. Je ne suis ni dans le déni, ni dans l’exagération. Surtout, je pense qu’il faut profiter de la mobilisation politique et médiatique autour de ce reportage pour faire des propositions pour lutter vraiment contre le communautarisme. Il faut absolument parler des idées et des solutions.

Que proposez-vous ?

Il est urgent d’arrêter de mettre des pansements. Le communautarisme est créé par l’action mais aussi par l’abstention des pouvoirs publics. À Roubaix comme ailleurs, on a entassé des personnes extrêmement pauvres dans des quartiers et on les a abandonnées. L’exemple de l’association AAIR que j’ai dénoncé est symptomatique. Cette association proposait du soutien scolaire, et sous cette couverture, dispensait en fait des enseignements religieux, en étant subventionné par des fonds de la politique de la ville.

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Si ces associations existent c’est à cause de l’État. Ce n’est pas aux associations de faire du soutien scolaire, c’est à l’État et à l’école d’assurer cette mission. Les carences des pouvoirs publics permettent à certains de faire ce qu’ils veulent et de diffuser leur idéologie. Il faut œuvrer pour la réconciliation républicaine par l’école. Mais aussi par le travail, en le récompensant et en revalorisant les voies professionnelles. J’ai créé une association qui lutte contre le non-recours aux aides sociales pour aider des personnes à réclamer les aides auxquelles elles ont droit. C’est 10 milliards d’euros par an et c’est un scandale dont on parle très peu. Je plaide pour un versement à la source des aides. Lutter contre le communautarisme c’est aussi ça, c’est une voie de fraternité. Ne pas agir, c’est très discriminant et cela nourrit nos ennemis.

Justement, qui sont ces ennemis selon vous ?

C’est à nous de le définir. Pour cela, je pense qu’il est nécessaire de réunir une grande convention nationale face à l’islamisme. À mon sens, il y a deux adversaires. Le premier, c’est l’inaction politique, qui doit être sanctionnée. Les personnes qui se rendraient coupables de clientélisme, par voie d’action ou d’inaction, doivent être poursuivies. Il faut des élus exemplaires. Le manque de volonté de certains responsables politiques a consacré un droit à la différenciation. Les islamistes s’en sont servis pour créer une appartenance communautaire. L’autre, c’est évidemment l’islamisme qu’il faut définir juridiquement. Il y a un trou dans la raquette. Une définition permettrait de vraiment les combattre.

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On est en campagne présidentielle, espérez-vous que ces propositions soient entendues par des candidats ?

Aujourd’hui, on vend de la peur, de l’angoisse. J’ai soulevé un vrai problème qui dérange certains politiques. Il faut que cette présidentielle soit un débat d’idées et qu’on prenne à bras-le-corps ce fait sociétal qu’est l’islamisme, dans toutes ses composantes, y compris sociales. Dans les quartiers, il y a plein de gens comme moi qui sont prêts à s’engager, qui ont une vraie compétence. Mais on ne nous donne pas les moyens d’agir. J’appelle les responsables politiques à une prise de conscience immédiate. C’est avant les reportages qu’il faut agir, en mettant en place des outils efficaces.

°°°

Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/02/01/s-exprimer-sans-crainte-sur-l-islam_6111823_3232.html

S’exprimer sans crainte sur l’islam

Éditorial

Le Monde

Après la diffusion d’un reportage de « Zone interdite » sur la montée d’un islam incitant au repli identitaire à Roubaix , la présentatrice, Ophélie Meunier, et un témoin sont la cible de menaces de mort.

Publié aujourd’hui 1.02.22 à 10h20, mis à jour à 14h24

Editorial. On a souvent, dans ces colonnes, dénoncé les menaces, les atteintes aux libertés et les sévices dont sont victimes, dans des pays lointains, des journalistes et ceux qui les informent. Les menaces de mort ciblant Ophélie Meunier, présentatrice de « Zone interdite », émission de reportage de M6, ainsi qu’Amine Elbahi, un habitant de Roubaix qui témoigne dans l’enquête diffusée dimanche 23 janvier, suscitent la même indignation.

Lire aussi : Ophélie Meunier, présentatrice de « Zone interdite », placée sous protection policière après la diffusion d’une enquête sur l’islamisme

Depuis la tragédie de Charlie Hebdo, les Français connaissent le déchaînement de haine aveugle que peut susciter, chez des terroristes islamistes, l’exercice de la liberté d’expression. Depuis l’assassinat de Samuel Paty, ils savent que l’on peut mourir en France pour un cours sur la liberté d’expression. Qu’après ces drames des personnes s’exprimant publiquement sur la pratique de la religion musulmane continuent à être inquiétées est alarmant. Un certain nombre d’entre elles a dû être placé sous protection policière. Selon le ministre de l’intérieur, les journalistes menacés le sont systématiquement.

Le soupçon de clientélisme visant le maire, Guillaume Delbar, y est exprimé par un journaliste de la Voix du Nord, ainsi que par Amine Elbahi, un Roubaisien révolté contre l’islam radical et contre la surdité des autorités publiques quand il les a alertées pour tenter d’empêcher le départ de sa sœur pour le djihad en Syrie. Quant à M. Delbar, il est poursuivi en justice pour « détournements de fonds publics par négligence ».

Lire aussi : A Roubaix, un maire et sa ville dans la tourmente

Candidats pyromanes

La longue enquête de M6, intitulée « Face au danger de l’islam radical, les réponses de l’Etat », s’interroge sur les politiques publiques destinées à combattre l’islamisme. Réalisée largement en caméra cachée, elle s’attache à décrire différentes manifestations de la montée d’un islam incitant au repli identitaire et remettant en cause des principes républicains. Le début du reportage, tourné à Roubaix, dénonce le subventionnement par la municipalité d’une association dispensant un enseignement religieux sous le couvert de soutien scolaire.

Un autre passage du film, auquel participe M. Elbahi, est tourné dans un magasin qui vend des poupées pour enfants dont la tête ne porte aucun trait de visage « parce que [le visage], c’est Allah qui le crée », explique la vendeuse. Depuis la diffusion de ce reportage, la présentatrice de M6 et le « lanceur d’alerte » ont dû être placés sous protection policière à la suite de menaces de mort. Le maire de Roubaix dit être victime d’un « déferlement de haines et de menaces ».

Un tel phénomène menace une fois de plus l’exercice de la liberté d’expression et d’information. Or, sur l’islam comme sur toute autre religion, ces libertés n’ont pour limite que les lois pénales qui répriment l’injure, la diffamation, l’appel à la haine ou à la discrimination. Alors que certains candidats à la présidentielle jouent les pyromanes en désignant les musulmans comme boucs émissaires, il faut rappeler avec force que les militants de l’islam radical ne constituent qu’une petite minorité. Sans pour autant nier les tendances au « séparatisme » favorisées par la ghettoïsation urbaine, le clientélisme de certains maires et exacerbées par les islamistes.

Remettre en cause l’impasse identitaire et l’instrumentalisation politique de l’islam suppose de pouvoir aborder sans crainte toutes ces réalités, comme n’importe quelle autre. Cela suppose aussi de ne pas laisser aux marchands de haine la dénonciation des dérives inquiétantes qui menacent toute la société, y compris la grande masse des musulmans.

Lire la tribune :« Nous, musulmans, les pratiques de l’islamisme radical nous révulsent, nous attristent et nous choquent »

Le Monde