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France : Le harcèlement de rue et le confinement

vendredi 18 février 2022, par siawi3

Source : https://effrontees.wordpress.com

Le harcèlement de rue et le confinement

Melinda – Les Effronté-e-s

sans date

Déterminé pour la première fois en 1981 par Micaela Di Leonardo (professeure américaine d’anthropologie), le harcèlement de rue se définit actuellement par «  les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics ou semi-publics, visant à les interpeller verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur couleur de peau, de leur situation de handicap... » (Association Stop Harcèlement de Rue).

Il représente, dans le cadre de propos sexistes, depuis le 3 août 2018, une contravention de 4e classe : l’outrage sexiste, puni d’une amende de 90 à 750 euros (90 si réglée de suite, majorée à 1500 euros en cas de circonstance aggravante : sur mineur de moins de 15 ans, sur personne vulnérable...). À noter que depuis la promulgation de cette loi, on ne compte pas plus de 3000 contraventions pour outrage sexiste, ce qui n’est rien au regard du nombre de cas, le harcèlement devant être pris en flagrant délit pour être sanctionné. De plus, des déqualifications d’agressions sexuelles en outrages sexistes ont eu lieu, car plus rapides et plus simples à traiter pour les tribunaux.

En 2018 comme en 2019, 81 % des femmes disent avoir été victimes de harcèlement sexuel dans des lieux publics (enquête IFOP du 10 avril 2018, enquête IPSOS de mars 2019).

Le harcèlement de rue est un véritable fléau pour les femmes, rendant l’espace public anxiogène et les obligeant à adopter des comportements d’évitement : ne pas répondre aux propos, mimer un appel téléphonique, modifier sa tenue vestimentaire, éviter certains endroits ou à certains horaires, sortir accompagnée alors que cela ne le nécessite pas forcément...

Harcèlement de rue et confinement

Le confinement de la population française dû à l’épidémie de covid 19 en mars 2020 a évidemment aggravé la situation. Les rues désertiques majorent le sentiment de domination des hommes dans l’espace public : « quand on vide l’espace public, des principes mécaniques reviennent : les propriétaires de ces espaces publics expérimentent leur droit à la propriété. » (Chris Blache, anthropologue et co-fondatrice de l’association Genre et Ville) ; ainsi que leur sentiment d’impunité face au faible nombre, voire à l’absence de témoins
présents.

Les femmes adoptent donc des stratégies d’évitement, souvent pour des trajets très courts (moins d’un kilomètre de leur domicile), trajets devenus angoissants mais pourtant indispensables, pour faire des courses, prendre l’air ou pratiquer une activité sportive.

Certaines se privent même du peu d’activités autorisées à l’extérieur, en cette période déjà difficile psychologiquement. Ne parlons même pas du manque ou même de l’absence totale de verbalisation de ces comportements, du manque de connaissance des français-es sur la loi ou de la banalisation du harcèlement de rue.

L’enquête menée en mai 2020 par l’association Stop Harcèlement de Rue (la seule association spécifique sur le sujet) montre un chiffre édifiant : 86% de femmes interrogées et confinées ont été victimes de harcèlement de rue à proximité de leur domicile lors de sorties occasionnelles. Elles ont été trop nombreuses. De plus, peu d’informations sont relayées dans les médias, les quelques articles abordant le sujet sont vite oubliés. Quoi qu’il advienne, cette
période n’aura pas permis à cette problématique d’avancer.