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France : Charonne 8 février 1962 - 8 février 2022

retour sur une commémoration, sur une mobilisation riche d’enseignements pour aujourd’hui

lundi 28 février 2022, par siawi3

Source : https://histoirecoloniale.net/Charonne-8-fevrier-1962-8-fevrier-2022retour-sur-une-commemoration.html

sur une mobilisation riche d’enseignements pour aujourd’hui
Charonne
8 février 1962 - 8 février 2022
retour sur une commémoration

publié le 9 février 2022 (modifié le 11 février 2022)

Contenu

Premier président de la République à s’être exprimé sur le massacre de Charonne, Emmanuel Macron a rendu public le 8 février 2022 un bref communiqué. Ci-dessous le commentaire de l’Humanité et le film que ce journal a réalisé de la commémoration organisée au métro Charonne, ainsi que les mots prononcés par Delphine Renard, qui a perdu la vue à la suite de l’attentat perpétré le 7 février 1962 au domicile d’André Malraux alors qu’elle avait 4 ans. Au même moment, lors d’une rencontre organisée à l’Institut Tribune socialiste (ITS), il a été rappelé l’engagement du PSU à l’époque et aussi que, lors des obsèques des victimes entièrement organisées par le PCF le 13 février, seuls les représentants de la CFTC et de l’UNEF ont mentionné le massacre du 17 octobre 1961 qui avait tué ou blessé des centaines de travailleurs algériens.

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Droit de suite
Macron et Charonne : moins que le service minimum

par Cyprien Caddeo,
publié dans l’Humanité le 9 février 2022.

On n’en attendait pas grand-chose, mais on est quand même déçus. Une gerbe déposée par le préfet Didier Lallement au Père-Lachaise sur les tombes des victimes, mardi matin. Puis trois phrases, dans un communiqué lapidaire de l’Élysée [1] C’est là toute la considération à laquelle aura droit la commémoration des 60 ans de la tuerie de la station Charonne, le 8 février 1962. Le chef de l’État évoque une « manifestation pour la paix et l’indépendance de l’Algérie violemment réprimée par la police : 9 personnes ont perdu la vie, plusieurs centaines furent blessées ». « Soixante ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes et de leurs familles », se contente-t-il ensuite de déclarer. Le rôle de l’anticommunisme d’Etat qui régnait à l’époque ? Celui du gouvernement ? Circuler, il n’y a rien à voir.

Certes, Emmanuel Macron est le premier président de la République à « faire l’effort » de rendre hommage aux victimes. On part de loin. Mais Henri Cukierman, du Comité vérité et justice pour Charonne, regrette « un premier pas insuffisant ». « C’est moins que le service minimum, soupire l’historien Gilles Manceron, membre de la Ligue des droits de l’homme. Il parle d’une répression d’une manifestation. Mais ce n’est pas de canons à eau dont on parle ici. Il y avait des ordres et une volonté de tuer, en attaquant une foule qui était en train de se disperser. Là, le rôle de Maurice Papon n’est même pas cité ». Emmanuel Macron avait pourtant brandi l’ex-préfet de police comme principal responsable lors de la commémoration des massacres du 17 octobre 1961.

Ici, pas un mot sur le collabo, pourtant coupable presque idéal. Encore moins sur sa hiérarchie, c’est-à-dire le ministe de l’intérieur Roger Frey ou le premier ministre Michel Debré, alors que les deux hommes étaient forcément au courant.

Sans doute n’y a-t-il rien, aux yeux du pouvoir macronien, à gagner électoralement à assumer un crime qui a surtout endeuillé le camp communiste et la CGT. Les familles des victimes attendaient pourtant, si ce n’est des excuses, au moins une reconnaissance de responsabilité de l’Etat. Elles n’auront pour accusé de réception qu’un communiqué gratté à la va-vite par le service com du palais. Le mépris, tout simplement.

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Les mots de Delphine Renard

J’ai eu la chance de survivre à un attentat de l’OAS dirigé contre André Malraux. J’avais 4 ans. Le lendemain, neuf personnes ont été tuées par la police, ici-même, au métro Charonne, en répression d’une manifestation pour la paix.

Je suis ici aujourd’hui pour rendre hommage à tous ces manifestants qui ont eu le courage de se révolter pacifiquement et qui n’ont pu supporter que la violence aveugle de l’OAS défigure une enfant.

Je les considère comme des Justes.
Que leur mémoire soit bénie.

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Un livre et un film en témoignage

Désirée et Alain Frappier,
« Dans l’ombre de Charonne »,
éd. Mauconduit, 18,50 €.

Lire ci dessous la préface de Benjamin Stora
Source : https://histoirecoloniale.net/Charonne-ou-l-oubli-impossible.html

Charonne ou l’oubli impossible
publié le 20 janvier 2012

Contenu

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation contre les attentas de l’OAS, la police charge violemment les manifestants devant le métro Charonne. Il y aura 9 morts. Aujourd’hui, 50 ans après, comme pour la répression de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961, la vérité sur ce massacre n’a toujours pas été reconnue…

Les sections Paris 10-11 et Paris 20 de la LDH organisent, lundi 6 février, dans la grande salle de l’AGECA [1], une projection-débat :
- 20h : projection du film de Daniel Kupferstein Mourir à Charonne, pourquoi ?
- 21h, débat avec Gilles Manceron, historien, responsable du groupe de travail de la LDH “Histoire, mémoires et archives”, Daniel Kupferstein, réalisateur et Jean-Luc Einaudi, auteur du livre Octobre 61, un massacre à Paris.


Aujourd’hui paraît Dans l’ombre de Charonne, récit graphique bouleversant de ces évènements tragiques. Désirée (texte) et Alain Frappier (dessin) ont nourri leur ouvrage du témoignage d’une rescapée du drame, Maryse Douek, jeune fille originaire d’Egypte, alors âgée de 17 ans et devenue depuis sociologue. Nous reprenons la préface que Benjamin Stora a écrite pour ce témoignage dramatique.

Alain et Désirée Frappier, Dans l’ombre de Charonne
Récit graphique en noir et blanc. Préface de Benjamin Stora. Ed. du Mauconduit [2], Paris, 136 p., format : 182 x 257. 18,50 euros.

Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie.
Nous sommes à Paris, en 1962.
Après 8 ans de guerre, l’indépendance de l’Algérie devient inéluctable. L’OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d’un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de « OAS assassins », « Paix en Algérie ». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon.

La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l’impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage...

« Charonne », ou l’oubli impossible

Le nom de la station du métro parisien « Charonne » est entré dans le Panthéon des mémoires douloureuses françaises le 8 février 1962, comme un symbole de la résistance à la guerre d’Algérie. Ce soir-là, une manifestation est organisée contre l’OAS . Cette organisation rassemble les partisans de l’Algérie française qui pratiquent une politique de « la terre brûlée » contre les militants, algériens ou français, favorables à une solution négociée en Algérie (la guerre d’Algérie dure depuis novembre 1954…..). Au début de l’année 1962, en France, l’OAS multiplie ses actions violentes qui soulèvent l’indignation d’une opinion française excédée. La gauche dénonce « le danger fasciste » et appelle, ce 8 février 1962 à une manifestation de « défense républicaine ». La manifestation est organisée par les syndicats, CFTC, CGT, UNEF, SGEN, SNI, auxquelles se sont associées les organisations de gauche, dont le PCF et le PSU. Selon Alain Dewerpe, il s’agit « d’une manifestation de militants et, toutes obédiences confondues, de militants souvent durablement engagés dans la lutte anticolonialiste ». Il relate aussi, d’après témoignages, que « l’UNEF et le PSU sont majoritaires en tête et au sein du cortège. »
[3]

Plusieurs cortèges tentent de se rejoindre dans le XIe arrondissement., deux des principaux cortèges fusionnent sur le boulevard Beaumarchais. La foule devient excessivement dense, interdisant tout repli au moment d’une possible charge. Les manifestants se heurtent à un important dispositif policier. Maurice Papon est le Préfet de police de Paris qui coordonnera l’action des forces de l’ordre. Ce sera un véritable carnage. Prise de panique, la foule s’engouffre dans la bouche de métro Charonne. Dans la panique et la bousculade, des personnes trébuchent et sont piétinées. Sur cet amas humain qui obstrue complètement l’entrée de la station de métro, des témoins voient un groupe de gardiens casqués « entrer en action ». Les policiers tapent les manifestants à coup de « bidule ». Au milieu des cris, des gémissements, des couches de blessés enchevêtrés, on retire six cadavres de « Charonne » plus le blessé qui décèdera le lendemain. Deux autres manifestants sont tués à l’extérieur de la bouche de métro avec la même sauvagerie meurtrière. Tous sont à la CGT et huit d’entre eux appartiennent au Parti communiste français.

Le mardi 13 février, les funérailles silencieuses et grandioses des victimes de « Charonne » sont suivies par une foule impressionnante estimée à cinq cent mille personnes. Une grève générale ce jour-là arrête les trains, ferme les écoles et laisse les journaux muets.

Parmi les manifestants, une jeune fille de 17 ans, Maryse Douek. En classe de première, elle est proche d’un Cercle antifasciste créé par les élèves du lycée de Sèvres. Maryse n’a pas le droit de militer publiquement. Détentrice d’un livret d’apatride (elle est arrivée d’Egypte avec ses parents quelques années plus tôt), la nationalité française a été refusée à sa famille, suite à la dénonciation d’un concierge les accusant de fréquenter des communistes. Au traumatisme de la chute et de l’amoncellement des corps dans la bouche de métro, s’ajoute celui d’avoir trahi une promesse faite à ses parents et la peur de perdre sa place dans la société française. Elle a miraculeusement échappé à la mort ce soir du 8 février 1962. Désirée et Alain et Frappier racontent son histoire dans les dessins et le texte de l’album, Dans l’ombre de Charonne.

J’ai rencontré pour la première fois Maryse Douek-Tripier (mariée avec Pierre Tripier) au tout début des années 1980 à l’université Paris 7 Jussieu dans le département de sociologie où je venais d’avoir un poste d’assistant. Elle était l’une des premières à ce moment à travailler en France sur l’immigration ouvrière, et ses travaux de recherches faisaient, déjà, autorité. Je commençais à l’époque mes recherches sur l’histoire de l’Algérie, et nous avions beaucoup discuté du parcours singulier des ouvriers immigrés algériens en France, notamment pendant la guerre d’Algérie. Mais je ne me souviens pas avoir évoqué avec elle la tragédie du métro « Charonne », et pourtant…. Maryse, et je l’ai su des bien années après, était parmi les manifestants qui ont été matraqués, piétinés, écrasés à l’entrée du métro. Ce moment est resté longtemps enfoui au fond de sa mémoire.

Pourquoi à propos de « Charonne » l’oubli s’est-il installé, puis comment une lente remontée des souvenirs s’est-il opérée ?

Le drame a eu lieu quelques semaines avant la conclusion des accords d’Evian (19 mars 1962), et quelques mois avant l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962). Dès l’été 1962, la guerre d’Algérie semble s’évanouir de la scène politique française. Après l’indépendance algérienne, l’histoire même de l’Algérie en France se perd très vite avec une infinie possibilité de sens : nostalgies coloniales, hontes inavouables, images de sa jeunesse perdue….. La séparation de l’Algérie et de la France, au terme d’un conflit de sept ans (1954-1962) a produit de la douleur, des désirs de vengeances inavouées, des oublis, volontaires ou pervers. Volontaires, parce qu ‘il fallait bien oublier les traumatismes de la guerre pour vivre et construire une vie sociale. Pervers, parce que cet oubli a été organisé par l’Etat pour dissimuler les crimes liés à cette guerre (des lois d’amnisties ont toujours empêché que soient jugés les responsables d’exactions [4]). Et cette guerre a longtemps attendu avant d’être reconnue et nommée sur la scène culturelle et politique française.

Le drame de « Charonne » s’est perdu, aussi, parce que cette mémoire était essentiellement portée par les communistes. L’affaiblissement progressif du PCF a eu des conséquences sur la faible visibilité de cette séquence tragique dans le paysage mémoriel français.

L’album Dans l’ombre de Charonne arrive dans ce moment de retour de mémoire autour de la guerre d’Algérie. Peut-on réaliser, cinquante ans après, un album de bandes dessinées sur un sujet aussi dramatique que celui du drame de métro Charonne, saisissant d’émotion et de réalité ? À découvrir le travail de Désirée et Alain Frappier, la réponse est oui. Parce qu’il se sont inspirés de leur propre expérience et de la vie d’une femme, Maryse Tripier ; parce qu’ils ont su faire revivre, avec force détails (voir les dessins sur l’uniforme des policiers, ou… les vêtements des jeunes de cette époque) non seulement cette histoire, mais comment elle est revenue dans la société française des années 2000. Le respect des faits historiques et de l’émotion est un exercice d’équilibre toujours délicat. Mais tout cela est mis en scène finement, avec une sobriété bienvenue, un sens aigu des situations, et ce goût du détail qui installe une atmosphère, celle d’une jeunesse française qui refuse une guerre cruelle. Autour du personnage principal, on voit glisser les spectres de la guerre finissante, et la blessure des mémoires. On ressort de cette lecture convaincu de la nécessité de passer aussi par les images pour porter des histoires, toucher un public de jeunes qui ne connaissent pas cette période.

Pendant de nombreuses années, la confusion était grande entre les massacres d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 et « Charonne ». Puis, par le combat inlassable mené par les enfants de l’immigration algérienne, la date du 17 octobre 61 a enfin acquis une grande visibilité. Il faut maintenant que ces deux dates, 17 octobre 61 et 8 février 62, soient définitivement liées comme signe de fraternité entre l’immigration ouvrière algérienne et les militants en France qui ont refusé la guerre livrée en Algérie. Dans l’ombre de Charonne est une contribution essentielle à cette entreprise nécessaire.
Benjamin Stora [5]

[1] AGECA, 177 rue de Charonne, Paris 11e. Métro Alexandre Dumas ou Charonne – Bus 76.
Entrée à l’arrière du bâtiment. Entrée libre.

[2] Éditions du Mauconduit . 17, rue de la Fontaine-au-Roi . 75011

[3] Dewerpe (Alain), Charonne, 8 février 1962. Anthropologie historique d’un massacre d’État, Paris, Gallimard, 2006, 897 pages.

[4] Sur cet aspect, je renvoie à mon ouvrage, La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, éd. La Découverte, 1991, poche, 2004, 320 pages.

[5] http://www.univ-paris13.fr/benjamin...

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Mourir à Charonne, pourquoi ?
Un film de Daniel Kupferstein

VOIR ici 5:14

Pour acquérir le DVD : s’adresser à Daniel Kupferstein

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Photos :
Ci-contre : trois victimes des tueurs du préfet de police Maurice Papon : Daniel Fery, 15 ans, Jean-Pierre Bernard, 30 ans, et Anne Godeau, 24 ans.

[1] Voir le texte du communiqué reproduit en « dernière minute » sur cette page de notre site : « Il y a soixante ans la répression meurtrière d’une manifestation pacifique au métro Charonne ».