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Le traitement de l’actualité ukrainienne choque les Afghans et les Irakiens

samedi 5 mars 2022, par siawi3

Source : https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20220301-le-traitement-de-l-actualit%C3%A9-ukrainienne-choque-les-afghans

Le traitement de l’actualité ukrainienne choque les Afghans et les Irakiens

Publié le : 01/03/2022 - 17:04

Photo : Des Afghans tentent de fuir l’Ukraine, le lundi 28 février 2022, ici à la gare de Lviv. AP - Bernat Armangue

« Ce n’est pas l’Irak ou l’Afghanistan » : une phrase prononcée par l’envoyé spécial de CBS News en Ukraine. Des mots qui heurtent en Irak comme en Afghanistan. Depuis six mois, l’Afghanistan est dirigé par les talibans qui ont pris le pouvoir après 20 ans d’insurrection contre un gouvernement afghan soutenu par la communauté internationale après l’intervention des États-Unis en 2001 pour chasser les fondamentalistes religieux du pouvoir.

De notre correspondante à Islamabad, Sonia Ghezali

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes afghans dénoncent le racisme de certains journalistes occidentaux dans leur couverture médiatique de la guerre en Ukraine. « Certains d’entre eux disent sur les chaînes de télévision : « L’Ukraine est différente et civilisée, c’est un pays européen, pas comme l’Irak et l’Afghanistan ». Cela signifie qu’ils traitent le conflit en Afghanistan différemment. C’est comme s’ils disaient que s’il y a des talibans en Afghanistan, c’est ok, puisque les Afghans sont religieux », s’indigne Matiullah Shirzad, journaliste afghan à Kaboul qui se dit choqué.

Le journaliste confie être affecté par les commentaires de ses confrères occidentaux et par l’émotion que certains affichent. « Certains journalistes des médias internationaux pleurent sur la situation de l’Ukraine en guerre depuis une semaine. Certains d’entre eux oublient d’être neutres. Je me demande pourquoi, pour nous qui avons subi 20 ans de guerre et qui sommes depuis ces six derniers mois dans une telle situation, il n’y a pas eu des sentiments identiques, ni la même couverture médiatique ? Est-ce que la vie des Ukrainiens a plus de valeur que celle des Afghans ? »

À un journaliste qui écrit dans le quotidien britannique The Telegraph que le conflit ukrainien est choquant car « l’Ukraine est un pays européen, avec des gens qui regardent Netflix et qui ont Instagram », une internaute afghane sur Twitter lui répond : « Mon cousin, en Afghanistan, mérite-t-il de vivre puisqu’il a un compte Instagram ? »

À lire aussi  : Guerre en Ukraine : l’UA dénonce le traitement raciste dont sont victimes les Africains

Les Irakiens choqués par des commentaires et analyses racistes

Le traitement médiatique de la guerre en Ukraine crée aussi l’émoi au Moyen-Orient. Depuis le début des combats, certains journalistes, chroniqueurs ou analystes occidentaux se livrent à des commentaires péjoratifs, voire racistes. Quelques exemples : « Ils nous ressemblent tellement et c’est ce qui rend [ce conflit] si choquant. » Ou encore : « Ce ne sont clairement pas des réfugiés qui essaient de fuir le Moyen-Orient en guerre. »

Comme dans la plupart des pays du monde, les Irakiens suivent de près les événements en Ukraine, rapporte notre correspondante à Bagdad, Lucile Wassermann. Mais contrairement à la plupart des pays du monde, l’Irak est souvent cité par des journalistes ces derniers jours. Certains propos ont largement choqué les habitants ici, comme Mohammed, 27 ans, un habitant de Bagdad, parfaitement anglophone. « Il y avait des commentaires comme : « Ce sont des gens aux cheveux blonds, aux yeux bleus, ce ne sont pas des Irakiens ou des Syriens ! » C’est du racisme. Tout être humain doit avoir le droit de vivre dans un environnement sûr. »

Pour « nous, personne n’a ouvert ses frontières à l’époque »

Abdul Rahman, qui sort de son travail quelques rues plus loin, souhaite, lui, applaudir les pays européens qui laissent leurs frontières ouvertes pour accueillir les déplacés, mais regrette que ce principe de solidarité ne s’applique pas à tout le monde. « Apparemment, les gens de couleur sont refoulés à la frontière. Nous, personne n’a ouvert ses frontières à l’époque. Alors que la plupart de ces pays étaient pour la guerre ici », estime-t-il.

Fatma, 27 ans, voudrait qu’on arrête ces parallèles. Chaque guerre a son lot de souffrances, et celui des Irakiens s’écrit sur plusieurs décennies. « Ils veulent comparer la souffrance des déplacés ukrainiens avec notre souffrance. Je compatis avec eux, mais l’Ukraine n’a pas vécu un quart de ce qui s’est passé ici. S’ils savaient ce qu’on a vécu ici. Ils seraient désolés, je pense », dit-elle. Plusieurs journalistes ou médias se sont excusés à la suite de ces interventions critiquées.