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France : Centralité de la laïcité

lundi 7 mars 2022, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-n-84-mars-2022.pdf

Combat Laïque 76 N° 84 - Mars 2022 - page 2

8 mars 22

Centralité de la laïcité

Francis VANHÉE,
président du CREAL76

le 03.03.22

Le 24 février, jour de l’agression de l’Ukraine par la Russie - dotée de
l’arme nucléaire - risque hélas de devenir une date historique. L’ONU est
devenue spectatrice impuissante de multiples conflits et agressions. Des
impérialismes anciens et nouveaux agissent dans le déni des peuples à
disposer d’eux-mêmes, du respect des conventions internationales, des
droits humains. Les populations en paient le prix exorbitant.

Une loi de 1996, à rebours de la Constitution laïque russe, permet à l’Église
orthodoxe de bénéficier de financements de l’État et de participer à des
activités diplomatiques. Le patriarche Kirill « n’hésite pas à justifier la répression policière des manifestations d’opposition ou à bénir les armes et les guerres de Moscou à l’étranger », selon l’AFP. Poutine et le patriarche évoquent constamment la notion de Ruskyi mir (monde russe). Dès 2009, Kirill psalmodie : « Le cœur du monde russe, c’est aujourd’hui la Russie, l’Ukraine, la Biélo-russie [...] ça c’est la Sainte Russie1. »
Kirill a qualifié le 27 février les opposants à Moscou en Ukraine de « forces
du mal ». Mais c’est bien le régime autocratique russe qui agresse l’Ukraine .

Tchétchénie, Syrie, Afghanistan, Géorgie, Lybie, Yémen, Ouighours, Rohingas, Palestiniens... et combien d’autres, on ne compte plus les lieux et les populations soumis à des violences le plus souvent adossées à une emprise religieuse, à une répression de minorités ethniques ou confessionnelles. Le carburant religieux est en effet souvent enflammé pour la conquête du pouvoir,
pour alimenter le moteur de conflits asservissant les populations et d’abord
les femmes.

L’essentialisation des populations enfermées dans une identité fabriquée ou
fantasmée (par exemple les musulmans) est autant une contrevérité ignorant les diversités réelles qu’une barrière à toute notion d’évolution, de libération, d’émancipation. En Inde, des minorités musulmanes sont en butte au « programme politique fasciste hindouiste d’éradication des minorités2 »
écrit Marieme Helie-Lucas dans une Lettre à nos amis musulmans laïques en Inde les mettant en garde sur le fait que « la simple suggestion qu’un programme politico-religieux puisse être à l’œuvre au sein même de la minorité n’était pas entendable ». Pour le dire autrement, « comment défendre les musulmans mis en danger par la nouvelle extrême droite hindouiste sans
baisser les bras devant l’extrême droite musulmane ? ».

La leçon que devraient en tirer partout les militant·e·s des droits humains, de l’antiracisme, du féminisme, de la laïcité, c’est que la lutte pour ces causes universelles ne doit jamais conduire à embrasser, à ne pas voir, à ne plus combattre des idéologies fondamentalistes réactionnaires pouvant avoir cours chez des opprimé·e·s ou discriminé·e·s. On ne peut se passer de la boussole universelle et laïque.

Lors de notre Assemblée générale du 26 février, Roger Évano (auteur de Lettre à une gauche déboussolée)3, nous a invités à ne pas être tièdes sur le principe de laïcité. La relativisation de ce principe de liberté et d’unité auparavant commun, ou son édulcoration, ou le silence, ont été les ferments de la division à gauche et dans les combats émancipateurs et sociaux. Ces renoncements ne permettent pas de faire barrage à l’extrême droite, pire ennemie de la laïcité.

Notes :
1https://www.cairn.info/revue-defense-nationale-2015-5-page-74.htm
2https://www.siawi.org/spip.php?article27846
3 voir p.17