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Afghanistan : les talibans ordonnent la fermeture des écoles secondaires aux filles

vendredi 25 mars 2022, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/international/afghanistan-les-filles-de-retour-au-college-et-au-lycee-20220323

Afghanistan : les talibans ordonnent la fermeture des écoles secondaires aux filles

Le Figaro avec AFP

23/03/2022 à 04:07

Des dizaines de milliers de filles devaient retourner mercredi 23 mars à l’école secondaire en Afghanistan, plus de sept mois après l’arrivée au pouvoir des talibans, qui ont fortement restreint les droits des femmes à l’éducation et au travail.

Les talibans ont ordonné mercredi 23 mars la fermeture des collèges et lycées pour les filles en Afghanistan, quelques heures seulement après leur réouverture, a confirmé un responsable taliban. « Oui c’est vrai », a déclaré sans autre commentaire à l’AFP Inamullah Samangani, porte-parole des talibans, en confirmant des informations selon lesquelles les filles avaient été priées de retourner chez elles.

Lire aussi : En Afghanistan, les talibans mettent en scène leur vision de la femme : https://www.lefigaro.fr/international/en-afghanistan-les-talibans-mettent-en-scene-leur-vision-de-la-femme-20210913

Aucun responsable taliban n’était immédiatement joignable pour expliquer la raison de cette décision. « Nous n’avons, pas le droit de faire de commentaires », a simplement répondu le porte-parole du ministère de l’éducation, Ahmad Aziz Rayan. Une équipe de l’AFP-TV filmait mercredi matin un cours dans une classe du lycée Zarghona pour filles, dans la capitale Kaboul, lorsqu’un enseignant est entré et a ordonné aux élèves de rentrer chez elles. Ces dernières, qui se réjouissaient de leur retour à l’école pour la première fois depuis la prise de pouvoir en août dernier des fondamentalistes islamistes, ont fermé leurs livres, emballé leurs affaires, et quitté en larmes la classe. « J’ai vu mes élèves pleurer et hésiter à quitter le cours. C’est très douloureux de voir vos élèves pleurer », se désolait auprès de l’AFP Palwasha, enseignante à l’école de filles Omara Khan, aussi dans la capitale.

La représentante spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, Deborah Lyons, a qualifié d’« inquiétantes » les informations faisant état de la fermeture des écoles. « Si c’est vrai, quelle pourrait en être la raison », s’est-elle interrogée sur twitter. La communauté internationale a fait du droit à l’éducation pour tous une pierre d’achoppement dans les négociations sur l’aide et la reconnaissance du régime des islamistes fondamentalistes. Plusieurs pays et des organisations ont proposé de rémunérer les enseignants. Le ministère de l’Éducation avait pourtant annoncé la reprise des cours mercredi pour les filles dans plusieurs provinces, sauf celles de Kandahar (Sud), berceau des talibans, qui devait rouvrir le mois prochain.

Séparer les filles des garçons

« Nous ne rouvrons pas les écoles pour faire plaisir à la communauté internationale, ni pour gagner la reconnaissance du monde », avait assuré à l’AFP le porte-parole Aziz Ahmad Rayan. « Nous le faisons dans le cadre de notre responsabilité de fournir une éducation et des structures éducatives à nos élèves », a-t-il ajouté. Les talibans avaient insisté sur le fait qu’ils voulaient prendre le temps afin de s’assurer que les filles âgées de 12 à 19 ans seraient bien séparées des garçons, et que les établissements fonctionneraient selon les principes islamiques.

Lire aussi : En Afghanistan, le règne des talibans, entre exécutions et pauvreté : http://www.lefigaro.fr/international/en-afghanistan-le-regne-des-talibans-entre-executions-et-pauvrete-20220124

Avant le volte-face des talibans, des filles interrogées par l’AFP à l’ouverture des écoles se disaient « heureuses » de revenir en classe et remerciaient même les talibans. Vers 07h00 (02h30 GMT), plusieurs centaines d’élèves se pressaient à l’entrée du lycée Zarghona pour filles, l’un des plus grands établissements de ce type de la capitale. Vêtues d’abayas noires ou colorées - un large vêtement couvrant tout le corps - ou de longs manteaux, avec un foulard souvent blanc couvrant leur tête, le bas du visage caché par un masque sanitaire, les adolescentes franchissaient la grande porte bleue du lycée. « Quand je suis arrivée, j’ai vu que les portes de l’école étaient ouvertes et que toutes les élèves venaient, cela m’a rendue très heureuse, et puis je suis venue saluer mes professeurs », se réjouit auprès de l’AFP Sadaf, élève de 16 ans dans ce lycée.

Multitude de restrictions aux femmes

« Nous pensions que nous n’aurions peut-être aucun progrès pour notre avenir. Pendant ces huit derniers mois, nous étions à la maison et nous avons essayé d’étudier nos livres. J’espère qu’avec l’Emirat islamique (nom du régime taliban), il y aura peut-être plus de développement », ajoute l’adolescente qui veut devenir médecin. Des écoles dans d’autres provinces avaient ont aussi ouvert dans la matinée, comme dans le Panchir (Nord-est), à Kunduz (Nord) ou Hérat (Sud-Ouest), avant de refermer leurs portes. « Aujourd’hui c’est une très belle journée », s’enthousiasmait Marjan, élève de première au lycée Gawharshad d’Hérat.

Lire aussi : « Elles se sentent prises au piège » : en Afghanistan, les femmes sous le régime de la terreur : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/elles-se-sentent-prises-au-piege-en-afghanistan-les-femmes-sous-le-regime-de-la-terreur-20210917

« L’année dernière toutes les élèves ont été affectées psychologiquement, nous ne voulons vraiment pas que cela se répète », ajoute la jeune fille. Cette rentrée des filles dans le secondaire suivait celle des garçons, et des filles mais uniquement dans le primaire, qui avaient eux été autorisés à reprendre les cours deux mois après la prise de Kaboul par les talibans, en août dernier. En sept mois de gouvernance, les talibans ont imposé une multitude de restrictions aux femmes. Elles sont exclues de nombreux emplois publics, contrôlées sur la façon de s’habiller et interdites de voyager seules en dehors de leur ville. Les islamistes ont aussi arrêté et détenu plusieurs militantes qui avaient manifesté pour les droits des femmes. En raison de la pauvreté ou des conflits qui ont miné le pays, les élèves afghans ont souvent manqué des pans entiers de l’année scolaire. Certains poursuivent leur scolarité jusqu’à l’adolescence ou leurs vingt ans.

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