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Algérie : Malika Rahal, la mémoire de l’année 1962

AUDIO

vendredi 1er avril 2022, par siawi3

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/l-invite-e-des-matins-du-samedi/malika-rahal

DIFFUSÉ LE 19/03/2022

Malika Rahal, la mémoire de l’année 1962

À retrouver dans l’émission ECOUTEZ ici
L’Invité(e) des Matins du samedi par Caroline Broué

18 mars 1962, les Accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie. Soixante ans après, que reste-t-il de ce moment et de cette guerre ? Le regard de l’historienne Malika Rahal, auteure de « Algérie 1962, une histoire populaire » (La Découverte).

Photo : L’historienne Malika Rahal.• Crédits : Charlotte Krebs.

« À la plus longue, à la plus meurtrière, à la plus bête des guerres coloniales, Évian vient de mettre fin de la manière la plus intelligente, la plus courageuse, la plus humaine : sur une promesse de réconciliation entre belligérants ». Voilà ce qu’écrit l’homme politique et journaliste algérien Mohamed Masmoudi, dans un article publié par Jeune Afrique, le 19 mars 1962, jour d’entrée en vigueur des Accords d’Evian il y a soixante ans jour pour jour, devenu depuis jour de commémoration. De la mémoire de ces accords qui signent la fin de la guerre et préparent l’indépendance à aujourd’hui, quels usages ont fait les Algériens et les Français d’Algérie de ce passé ? Que représente l’année 1962 dans les têtes ?

Invitée l’historienne Malika Rahal, historienne, chargée de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Algérie, directrice, depuis janvier 2022, de l’Institut d’histoire du temps présent et auteure de Algérie 1962. Une histoire populaire (La découverte).

« Ces Accords d’Evian sont une étape essentielle à la fois vers la fin de la guerre et vers les 132 ans de colonisation de l’Algérie. Mais ce n’est pas encore tout à fait la fin, dans la mesure où ils anticipent une période transitoire et un référendum d’autodétermination. Le référendum d’autodétermination était une volonté imposée par la France, qui considérait que, d’une certaine façon, la démonstration n’avait pas encore été faite de l’adhésion de la population algérienne à l’idée d’indépendance. Côté algérien, le référendum a dû être accepté, mais a été en quelque sorte retourné pour devenir une démonstration d’existence de la population algérienne : une façon d’une certaine façon, de se dénombrer, de se montrer, de faire corps électoral. Donc on est dans la période où les conflits entre les deux armées cessent, même si ce n’est pas la fin de la violence dans le pays » rappelle l’historienne.

Les souvenirs de festivités

Evoquer avec les témoins algériens les souvenirs de 1962 ou de l’indépendance, c’est d’abord susciter l’évocation de festivités spectaculaires, écrit Malika Rahal dans Algérie 1962, une histoire populaire. « Quand on interroge les personnes, elles perdent leurs mots, elles n’arrivent pas tout de suite à raconter ce qu’elles ont ressenti : c’est beaucoup d’émotions. Il y a des gens qui pleurent, d’autres qui s’arrêtent et qui rient parce qu’ils n’arrivent pas à trouver les mots pour raconter l’intensité des festivités. Il y a des histoires souvent très drôles, parfois un peu mythiques, des récits de gens qui se perdent ou qui tombent dans les pommes. Ce sont des jours de festivités qui vraiment ont une densité extrêmement rare, au point que les gens nous disent souvent qu’il n’y a pour eux rien de comparable », raconte Malika Rahal.

L’ambivalence de l’apaisement

Dans les usages contemporains, on voit surgir dans la parole, notamment du président de la République, cette ambition de réconciliation, cette volonté d’apaiser les mémoires. « Cette question de l’apaisement, cette sommation à l’apaisement, et d’autres historiens l’ont dit avant moi, est aussi une façon de faire taire des demandes de justice qui n’ont rien à voir, ou qui peuvent avoir mais de façon plus complexe, avec les questions de mémoire. Lorsqu’il y a eu, par exemple, des enlèvements forcés, on ne va pas sommer les gens d’apaiser leur mémoire, c’est un peu étrange. On a des exigences qui sont très différentes, qui sont des exigences de vérité et éventuellement des exigences de justice », répond Malika Rahal.

Pour aller plus loin  :

Algérie 1962, une histoire populaire (La Découverte)
Malika Rahal : « L’histoire de la guerre d’Algérie n’a pas été écrite par les vainqueurs », Libération