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France : Quand manifester le 8 mars devient un sport de combat

jeudi 7 avril 2022, par siawi3

Source : Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté – N° 403 - 6 avril 2022

8 mars à Toulouse – Communiqué de la MMF Occitanie

Depuis quelques années les manifestations féministes deviennent un lieu dangereux pour les femmes qui refusent la marchandisation de leur corps, considérant que le système prostitutionnel est une exploitation, une violence exercée sur l’intégrité de la personne.
Dans plusieurs villes de France, ces dernières années, les abolitionnistes de ce système sont attaquées par des individues ou des groupes.
Hier à Toulouse, à l’intérieur de la manifestation « pour la grève féministe », un carré de femmes composé d’associations toulousaines féministes et lesbiennes a été attaqué, par deux fois, par des jeunes regroupées autour d’associations qui définissent la prostitution comme « le travail du sexe ».
Une fois de plus les agressions reposent sur un amalgame intentionnellement utilisé, entre la position abolitionniste à l’égard d’un système et la négation des personnes inscrites dans ce système. Une fois de plus, l’accusation brouille les données fondamentales du problème, et caricature les positions critiques et politiques, pour le plus grand profit du système porno-patriarcal.

Cette violence de femmes envers d’autres femmes est intolérable. Le féminisme que nous défendons est un féminisme de solidarité et d’empathie avec toutes les femmes en lutte, en sororité et bienveillance pour le parcours de femmes qui ont eu, le plus souvent, des parcours de vie difficile.
Dénonçons toutes les violences qui banalisent l’exploitation sexuelle des femmes, des minorités de genre et des enfants, et qui contribuent à renforcer un monde où capitalisme, virilisme et réification des corps marchent main dans la main.
Nous résistons pour vivre, nous marchons pour exister !

°°°

- Agression le 8 Mars à Toulouse – Osez le Féminisme !
A Toulouse, des militantes d’Osez le féminisme ! 31 et du Mouvement du Nid 31 ont été harcelées et agressées lors de la manifestation du 8 mars 2022 pour les droits des femmes.
Alors que la manifestation se déroulait normalement, dans la bonne humeur, en musique et en scandant des slogans, nous avons été brutalement stoppées par une femme, rue du Languedoc, qui s’est jetée sur une de nos militantes pour tenter de lui arracher sa pancarte. N’y étant pas parvenu, elle a alors ciblé une autre militante, et en cherchant à lui prendre sa pancarte, lui a balancé dans la figure le tasseau qui servait à la tenir. Elle a également renversé notre sono et mis plusieurs coups de pied dedans. Après cette agression, elle s’est dirigée vers le cortège derrière nous pour rameuter la foule, en nous pointant du doigt et en nous désignant clairement. Nous entendons crier « regardez, elles sont là les putophobes ».
Alors que nous nous éloignons en direction du Palais de justice, nous sentons et voyons que nous sommes de plus en plus entourées et encerclées par des personnes visiblement hostiles qui nous montrent du doigt. Nous nous tenons très regroupées et sommes de plus en plus inquiètes, alors que des personnes nous prennent en photo, pour nous repérer et nous intimider. Mais nous n’avons rien à cacher, ni à nous reprocher.
Arrivées place du Salin, une nouvelle personne se jette sur une militante, parvient à lui arracher le bout de pancarte qu’il lui restait et la déchire méticuleusement en nous regardant dans les yeux. Le reste du cortège, dont le cortège syndical, arrive place du salin. On nous recommande de nous tenir près du camion du syndicat Solidaires, qui doit intervenir en cas de nouvelle agression. Là, une nouvelle altercation se produit, on nous crie « c’est OLF, OLF ne sont pas les bienvenues ici, dégagez ». Il y a une bousculade, la foule est nombreuse, un groupe nous prend à partie pour nous dire de partir avec « nos pancartes de merde ». Nous demandons aux femmes présentes sur le camion de Solidaires, à 5m de la scène, de prendre le micro pour condamner ces violences. Malheureusement le discours qui est fait galvanise nos agresseurs qui se mettent à applaudir, un groupe d’une quinzaine d’individus agressifs nous hurle de nous casser.
Nous décidons donc de quitter la manifestation. Alors que nous nous éloignons, que nous nous inquiétons de l’état de nos militantes dont plusieurs sont en larmes, des personnes tenant à la main des affiches estampillées Act Up sur lesquels il est écrit « abolitionnistes complices du sida » s’approchent de nous, comme pour nous narguer une dernière fois.dans le corps du texte

Nous dénonçons ces tentatives masculinistes d’intimidation et de silenciation. Le discours abolitionniste, qui dénonce la prostitution comme une forme de violence sexiste et sexuelle incompatible avec les droits des femmes, est diabolisé par le lobby des proxénètes et ses allié.es, insultant ces femmes de « putophobes ». Cette inversion semble légitimer à leurs yeux les violences envers des féministes.
Nous continuerons de nous battre, plus que jamais, contre toutes les formes de
marchandisation des corps. Nous rappelons que 89 % des femmes en situation de prostitution veulent en sortir. Leurs voix doivent être entendues, vous ne nous ferez pas taire.
Arrêtons de faire le jeu des dominants qui sont les seuls à profiter de la division des opprimées pour mieux régner.
Une plainte va être déposée, nous disposons de preuves vidéos et photos. Nous appelons les témoins à participer à l’identification de ces agresseurs et à ne plus les accueillir dans nos événements, à signaler tout harcèlement.
Nous déposons également une plainte pour diffamation, afin de faire cesser l’inversion de la responsabilité des violences qui est en train de se répendre en ligne.
Cessons l’impunité de ces prétendu.es féministes. Pas de violences dans nos luttes.

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Sur les violences qui se sont déroulées le 8 mars 2022 – Communiqué du NPA

Plusieurs évènements violents ont eu lieu le 8 mars et le NPA souhaite y réagir pour clarifier sa position. L’analyse des évènements et la discussion collective nous ont pris du temps, et nous tenons à nous excuser de ne nous exprimer que si tardivement.

1. Le NPA s’est toujours opposé et s’opposera toujours à ce que les débats politiques, les débats d’orientation, au sein des mouvements sociaux se règlent par la violence, morale ou physique.

2. Nous condamnons de la façon la plus résolue les violences physiques qui ont eu lieu contre des militantes abolitionnistes, particulièrement à Paris et Toulouse. Les militantes agressées ont toute notre solidarité. Il existe des désaccords au sein du mouvement féministe sur l’appréciation notamment de mesures comme la pénalisation des clients. Et bien que le NPA se soit clairement positionné contre cette mesure que nous jugeons répressive et contre-productive, nous considérons ce débat comme légitime au sein du mouvement féministe. En lien avec cette position, nous refusons les amalgames créant la confusion entre les courants abolitionnistes et des positions prohibitionnistes ou rejetant les prostituéEs.

3. Le NPA rappelle sa position abolitionniste. Notre position est le refus du système prostitutionnel, des réseaux de marchandisation du corps des femmes et considère la prostitution comme une violence, notamment contre les femmes.
Cependant, nous respectons et soutenons les mobilisations des prostituéEs, nous respectons la parole de celleux qui s’expriment en se nommant « travail- leuses/eurs du sex » ou de celles qui se déclarent « survivantes ».

4. Le NPA rappelle également son orientation et son droit de discuter avec tous les courants féministes, quelles que soient leurs positions, de construire une solidarité militante avec eux, malgré le débat, parfois très polémique, qui peut exister. C’est en ce sens qu’une série de rencontres sont engagées avec des associations ou organisations qui nous interpellé dans le cadre de la campagne : le STRASS, Osez le féminisme, les Effrontées...

5. L’évènement violent survenu à la fin du cortège lors de la manifestation du 8 mars à Paris est pour nous différent des agressions contre des militantes abolitionnistes. En effet, deux militantEs du NPA ont été agresséEs verbalement par des militantes du groupe des Amazones et se sont défendu dans cette manifestation : le premier s’est fait insulter et prendre son drapeau et la seconde, qui a accouru à son secours, s’est fait insulter de « sale trans » et,
s’étant sentie menacée par un groupe, a giflé une militante, et une empoignade s’en est suivie.
Il aurait été préférable qu’une réponse collective non violente soit mis en œuvre dès le premier incident. Nous regrettons que des coups aient été échangés, et nous prenons notre part de responsabilité, nous n’avons pas su résoudre collectivement ce conflit.