Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > France-Russie : La collection Morozov va-t-elle rentrer à Moscou  (...)

France-Russie : La collection Morozov va-t-elle rentrer à Moscou ?

Guerre en Ukraine : faut-il continuer de boycotter le monde culturel russe ?

vendredi 8 avril 2022, par siawi3

Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/la-collection-morozov-va-t-elle-rentrer-a-moscou_fr_6245bff7e4b0587dee66960d?utm_source=Sailthru&utm_medium=email&utm_campaign=NL%20dimanche%2003/04&utm_term=fr-daily-brief

CULTURE
03/04/2022 08:17 CEST

La collection Morozov va-t-elle rentrer à Moscou ?

L’exposition à la fondation Louis Vuitton s’achève ce dimanche 3 avril et le retour des œuvres continue d’interroger alors que la guerre en Ukraine se poursuit.

Le HuffPost avec AFP

Photo : Emmanuel Macron et Brigitte Macron devant la tableau « Portrait de Mikhail Matyushin » lors de l’inauguration de l’exposition de la collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton à Paris, le 21 septembre 2021. YOAN VALAT via AFP

MOROZOV - Faut-il séparer l’art de Poutine ? Alors que la Russie mène une guerre à l’Ukraine depuis plus de cinq semaines, et que l’Europe et la France ont pris des sanctions économiques pour protester contre ces attaques, le sort des œuvres exposées à la Fondation Louis Vuitton à Paris jusqu’à ce dimanche 3 avril, dans le cadre de l’exposition Morozov, pose question.

La ronde des prisonniers (1890) de Vincent Van Gogh, le Portrait d’Ambroise Vollard (1910) de Pablo Picasso... À Paris, plus de 200 œuvres majeures de l’art moderne, amassées par les frères russes Morozov (Mikhaïl et Ivan Abramovitch) étaient en effet exposées depuis huit mois pour la première fois hors des murs des musées de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), des Beaux-arts Pouchkine et de la Galerie Trétiakov (Moscou), mais aussi des musées de Minsk (Biélorussie) et de Dniepropetrovsk (Ukraine).

Il aura fallu plusieurs années de discussion, 40 camions et l’accord express de Vladimir Poutine pour les faire venir à Paris. Depuis septembre 2021, déjà plus d’un million de personnes se sont empressées dans les couloirs et les salles de la Fondation Louis Vuitton pour admirer ces peintures. L’exposition a été ensuite prolongée jusqu’à ce 3 avril, et les horaires de ces derniers jours élargis pour accueillir un maximum de visiteurs.

Mais elle pose question depuis la fin février et l’invasion de l’Ukraine. “Cet événement [...] participe du ‘soft power’ russe, car il n’a pu se monter qu’avec la bénédiction de Vladimir Poutine lui-même. Qui vient de passer au ‘hard power’ ”, écrivait Michel Guerrin, rédacteur en chef du Monde, dans une chronique publiée fin février.

Insaisissabilité des œuvres

À ce titre, certains demandent que les œuvres exposées à la Fondation Louis Vuitton, soient saisies et confisquées à l’État russe. Pourtant, cette demande a peu de chance d’aboutir. Car si parmi les sanctions prises par la France et l’Union européenne, on compte le gel des avoirs et du patrimoine des oligarques russes, la saisie d’œuvres appartenant à un État souverain est, elle, interdite en France. “L’État français ne peut placer sous séquestre ces toiles, pastels et sculptures, car ils relèvent d’institutions publiques étrangères”, explique Olivier de Baecque, avocat spécialiste en droit de l’art à nos confrères du Figaro.

C’est l’article 61 de la loi du 8 août 1994 qui pose cette règle :

“Les biens culturels prêtés par une puissance étrangère, une collectivité publique ou une institution culturelle étrangère, destinés à être exposés au public en France, sont insaisissables pour la période de leur prêt à l’État français ou à toute personne morale désignée par lui. Un arrêté conjoint du ministre de la Culture et du ministre des Affaires étrangères fixe, pour chaque exposition, la liste des biens culturels, détermine la durée du prêt et désigne les organisateurs de l’exposition”.

Un premier arrêté a été pris en France le 19 février 2021 pour garantir l’insaisissabilité des œuvres jusqu’à la fin de l’exposition. Ce texte a été amendé par un arrêté du 6 janvier 2022 et a prolongé la garantie jusqu’au 15 mai, suite à la prolongation de l’exposition.


Une triple mauvaise idée

Cependant, dans une tribune publiée au Journal du Dimanche mi-mars, Julien Anfrus, avocat en droit de l’art, estime qu’en dehors même du cadre légal qui oblige la France à ne pas mettre sous séquestre ces œuvres, “une telle sanction, symbolique, ne serait pas la plus dissuasive : elle ne pèserait rien au regard des sanctions déjà prises”.

D’autant que, selon lui, “la France serait en retour victime de mesures de rétorsion concernant ses propres œuvres en Russie, tels les tableaux récemment prêtés au musée du Kremlin par le Louvre et le château de Versailles pour une exposition sur le duel”.

Enfin, il considère qu’une telle mesure de coercition “risquerait de dissuader les musées étrangers tout comme les collectionneurs privés de confier leurs œuvres à des institutions françaises pour l’organisation d’expositions. [...] Car tout repose sur la confiance”.

Une opinion partagée par Olivier de Baecque, qui indique à Marianne : “Pour permettre aux musées français d’attirer des prêts étrangers, il faut assurer les prêteurs du maximum de protection. Faire une exception à ce régime [d’insaisissabilité des œuvres] pour les œuvres de la Russie rendrait ce mécanisme peu fiable et dissuaderait les autres prêteurs de confier leurs œuvres en France ”.

Il est donc peu probable que les peintures et sculptures exposées à la Fondation Louis Vuitton dans le cadre de l’exposition de la Collection Morozov, soient saisies et confisquées aux musées russes. Interrogée par l’AFP sur la saisie possible des œuvres dans le cadre des sanctions occidentales, la Fondation a déjà fait valoir que, “comme pour tout prêt majeur d’œuvres d’art, la collection est protégée par un arrêté d’insaisissabilité”.

Mais cela n’assure pas pour autant leur retour en Russie après le 15 mai.

Obligation de les restituer, mais devoir de les préserver

En tout état de cause, “la France a l’obligation de rendre ces tableaux qui demeurent insaisissables aussi longtemps qu’ils resteront dans l’Hexagone, mais elle a aussi le devoir de les restituer dans un parfait état de conservation”, déclarait Olivier Fournol, avocat spécialisé dans le marché de l’art, à nos confrères de Marianne.

Or en temps de guerre, la tâche semble difficile. ”À supposer que la Fondation Vuitton trouve un moyen de transport, il lui faudra encore trouver des sociétés d’assurance qui acceptent de couvrir ce risque”, souligne le spécialiste.

“Ce n’est pas un secret vu la situation actuelle, vu toutes les mesures drastiques qui ont été prises, y compris par exemple par rapport aux vols entre la Russie et la France, que des problèmes se posent”, a déclaré Alexeï Mechkov, ambassadeur de la Russie à Paris, interrogé sur le retour de ces toiles lors d’une conférence de presse le 15 mars dernier.

“Actuellement nous travaillons sur les modalités logistiques pour assurer le retour le plus sécurisé de cette collection vers la Russie”, a-t-il ajouté, se disant toutefois “convaincu qu’on va trouver une solution”.

La collection Morozov devra donc vraisemblablement rester en France jusqu’à ce que la situation internationale permette son retour en toute sécurité dans ses musées d’origine à Moscou, Saint-Pétersbourg ou Minsk. Interrogée par l’AFP, la Fondation Louis Vuitton a assuré qu’elle “protégerait les œuvres jusqu’à ce qu’elles soient rendues aux musées russes (l’Ermitage, le musée Pouchkine, la galerie Tretiakov), en étroite organisation avec eux”.

“Nous ferons tout pour que les œuvres soient rendues aux musées russes le plus rapidement possible après la fin de l’exposition, le 3 avril” même s’il était pour l’heure “impossible de dire si cela se fera par avion ou par camion”, ajoutait la Fondation.

Et les œuvres des particuliers ?

En dehors des œuvres désignées par l’arrêté du 6 janvier 2022, qui sont la propriété des États et qui doivent être rendues, restent celles qui appartiennent à des particuliers, et notamment des oligarques russes, visés par des sanctions internationales.

“Les personnes physiques ne bénéficient pas de ce régime” d’insaisissabilité des œuvres, explique Antoine de Baecque à Marianne. Ainsi, toutes les œuvres exposées actuellement à la Fondation Louis Vuitton qui appartiennent à des particuliers désignés dans la “liste noire” de Bercy, pourront être saisies et ne rentreraient alors pas en Russie.

On peut imaginer que cela sera le cas de l’autoportrait de Piotr Kontchalovski, qui fait partie du patrimoine de Petr Olegovicth, un proche milliardaire de Vladimir Poutine, dont les avoirs sont gelés depuis le 28 février. ”À notre connaissance, les services de Bercy n’ont engagé aucune procédure en ce sens”, tempérait cependant Olivier Fournol.

Les choses changeront-elles après le décrochage des œuvres ce dimanche ? Réponse dans les jours qui viennent.

°°°

Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/guerre-en-ukraine-faut-il-continuer-de-boycotter-le-monde-culturel-russe_fr_622a1432e4b0d1329e818d2c?ncid=other_huffpostre_pqylmel2bk8&utm_campaign=related_articles

CULTURE
12/03/2022 07:30 CET | Actualisé 12/03/2022 07:30 CET

Guerre en Ukraine : faut-il continuer de boycotter le monde culturel russe ?

Éviction de la Russie à l’Eurovision, annulation des spectacles du ballet du Bolchoï ou suppression d’un morceau de Prokoviev... Entre « censure » et « symbole », la mise à l’écart des artistes russes fait débat.

Par Louise Wessbecher

Photo : Svetlana Zakharova, danseuse principale du ballet du Bolshoï, lors d’une représentation à Moscou, le 17 décembre 2021 (Photo d’illustration) Gavriil Grigorov via Getty Images

RUSSIE - Sommes-nous en train d’imposer un “rideau de fer” culturel à la Russie ? Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par l’armée de Vladimir Poutine, qui a déjà contraint à l’exil plus de 2,5 millions d’Ukrainiens, certains artistes russes sont devenus persona non grata à la Scala de Milan, à la Philarmonie de Paris ou au Carnegie Hall de New York.

La Russie a aussi été exclue du concours de l’Eurovision et les représentations du ballet du Bolchoï annulées à Londres ou Madrid. De nombreuses voix s’inquiètent d’une “censure” dangereuse du monde culturel russe. Pourtant à y regarder de plus près, ces différents exemples peuvent, pour l’heure, se comprendre. Avec la crainte néanmoins qu’ils n’entraînent une vague de décisions beaucoup moins réfléchies.

Le Bolchoï, symbole du soft power

“Pour l’instant, on ne peut pas parler de boycott de la Russie en tant que tel, mais plutôt de sanctions ponctuelles”, réagit pour Le HuffPost Yauheni Kryzhanouski, docteur en sciences politiques et enseignant-chercheur à Sciences Po Strasbourg, dont les recherches portent sur la politisation de l’art et la censure contemporaine en Biélorussie et en Russie.

Le ballet du Bolchoï, sans doute le plus grand symbole du soft power de l’URSS puis de la Russie, est une troupe publique. “Difficile de trouver plus proche des autorités”, souligne Yauheni Kryzhanouski, qui rappelle que les différentes tournées des danseurs à l’international rapportent de l’argent à Vladimir Poutine. “Boycotter des artistes financés par la Russie, c’est choisir de ne pas financer l’industrie culturelle d’État”, résume le chercheur.

Il en va de même pour de nombreux films de réalisateurs russes qui, même s’il ne s’agit pas forcément de films de propagande, ont été soutenus par des financements publics sur lesquels repose une bonne partie de l’industrie du cinéma locale. En modifiant leurs critères de sélection après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les festivals de cinéma de Glasgow ou Stockholm ont ainsi précisé que les films “ayant reçu un financement d’État” n’auraient pas leur place.

En vous inscrivant à ce service, vous acceptez que votre adresse mail sera utilisée par la société Huffington post, responsable de traitement, pour les finalités suivantes : gestion de votre inscription et envoi des newsletters, établissement de statistiques anonymes et règlement d’éventuels différends liés à l’utilisation du service. Le sous-traitant en charge du service est The Hufffington Post Holdings (Etats-Unis). Vous pouvez vous désinscrire à tout moment ou exercer vos droits sur vos données auprès de notre Délégué à la protection des données. Pour plus d’information, consultez notre Politique de confidentialité.

Le Festival de Cannes a de son côté fait le choix de “ne pas accueillir de délégations officielles venues de Russie ni d’accepter la présence de la moindre instance liée au gouvernement russe.” Mais d’affirmer son soutien aux “artistes et professionnels du cinéma qui n’ont jamais cessé de lutter contre le régime actuel et qui ne sauraient être associés à ces actes intolérables et à ceux qui bombardent l’Ukraine”.

Le monde de la musique classique a rapidement choisi de mettre au ban certains artistes russes. Mais le chef d’orchestre Valery Gergiev, le pianiste Denis Matsuev et la soprano Anna Netrebko, qui ont été parmi les premières grandes stars à voir leurs représentations massivement annulées à travers l’Europe et les États-Unis, sont tous les trois des proches, ou anciens proches, de Vladimir Poutine. “Ces artistes ont des prises de position qui vont à l’encontre des valeurs des institutions culturelles qui les accueillent”, explique Yauheni Kryzhanouski.

Après l’annulation de la venue de l’Orchestre du Mariinsky (de Saint-Pétersbourg) et de celle de Valery Gergiev, le directeur de la Philarmonie de Paris Olivier Mantei a ainsi indiqué qu’il ferait “de même pour d’autres artistes qui auront, par le passé, eu des positions en faveur du pouvoir russe actuel sans les avoir démenties depuis.”

Boycott total ou sanctions ponctuelles ?

Néanmoins tandis que les appels au boycott d’une partie de l’opinion se font insistants, certains choix interrogent. À l’image du sort réservé au jeune pianiste russe Alexander Malofeev, 20 ans, dont les concerts à venir avec l’Orchestre symphonique de Montréal ont été annulés, “sous la pression de l’importante communauté ukrainienne de la ville” écrit Le Monde. Le jeune homme s’était pourtant clairement exprimé dès le début du conflit : “La vérité est que chaque Russe se sentira coupable pendant des décennies à cause de la décision terrible et sanglante qu’aucun de nous ne pouvait influencer et prédire”.

Doit-on craindre que la logique sélective laisse bientôt place à un boycott massif ? Certaines voix s’en émeuvent. C’est notamment le cas du plus célèbre des cinéastes ukrainiens Sergueï Loznitsa. Dans un texte traduit par Joël Chapron transmis au HuffPost, le réalisateur de Donbass alerte : “Il ne faut pas juger les gens sur leurs passeports. On ne peut les juger que sur leurs actes. Un passeport n’est dû qu’au hasard de la naissance, alors qu’un acte est ce qu’accomplit lui-même l’être humain”.

“De nombreux amis et collègues, cinéastes russes, se sont élevés contre cette guerre insensée. Lorsque j’entends, aujourd’hui, des appels visant à interdire les films russes, ce sont ces personnes qui me viennent à l’esprit, ce sont des gens bien, des gens dignes. Ils sont tout autant que nous les victimes de cette agression.

Ce qui se déroule sous nos yeux en ce moment est affreux, mais je vous demande de ne pas sombrer dans la folie.”

Sergueï Loznitsa

Interrogée par l’AFP en marge de la présentation de la Semaine de la langue française et de la francophonie, la ministre de la Culture a ainsi précisé les conditions des annulations en France. “J’ai demandé à ce que soit annulées ou reportées des manifestations organisées par : un, les institutions culturelles officielles russes, deux, les artistes qui ont pris clairement position pour le régime de M. Poutine et cela de longue date”, a indiqué Roselyne Bachelot.

“Le silence tue”

Peut-on à l’inverse exiger des artistes russes qu’ils prennent position contre le conflit, alors que l’autorité russe indique, depuis le 4 mars, que cela est soumis à 15 ans de prison ? Le chef d’orchestre Semyon Bychkov, né à Leningrad et naturalisé américain en 1983, ne tergiverse pas. Dans une interview au Figaro, il est convaincu que les artistes ont “le pouvoir de faire réfléchir le monde, et la responsabilité de prendre position”. “Je crois que le silence tue. Qu’il peut arriver que le silence, face au Mal et à l’Injustice, devienne leur complice... Et finisse par être leur égal !”, exprime-t-il.

Après le phénomène Pussy Riot en 2012, puis la guerre en Crimée en 2014, de nombreuses prises de position avaient entraîné une polarisation du monde artistique russe. Les événements de 2022 poursuivent cette tendance. Yauheni Kryzhanouski, spécialiste des mouvements contestataires en Biélorussie et en Russie, interroge : “Est-ce éthiquement tenable qu’un artiste russe, qui a une influence sur le débat public et d’autant plus à l’ère des réseaux sociaux, ne se positionne pas aujourd’hui ?”

La France, par la voix de Roselyne Bachelot, s’est engagée à “assurer l’aide nécessaire” si “des artistes russes, des artistes dissidents qui ont pris position contre le gouvernement de M. Poutine et tout ce qu’il représente, étaient obligés de s’exiler”. À condition qu’ils puissent quitter le pays alors que des rumeurs de loi martiale et de fermeture des frontières inquiètent le peuple russe.

Moussorgski, Tchaïkovski et Prokoviev

Sommé de “clarifier sa position” par le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, le chef d’orchestre russe Tugan Sokhiev a démissionné de l’Orchestre du Capitole... et de celui du Bolchoï qu’il dirigeait depuis près de dix ans. Dans une déclaration, il exprime sa colère face à la “culture de l’annulation” et l’obligation en Europe “de faire un choix” : “On me demandera bientôt de choisir entre Tchaïkovski, Stravinsky, Chostakovitch et Beethoven, Brahms, Debussy.”

Une remarque qui fait écho aux annulations d’œuvres du patrimoine culturel russe cette fois. En Slovaquie, l’Orchestre national a déjà supprimé de son programme la partition Alexandre Nevski (1938) de Prokofiev. À l’Opéra de Varsovie (Pologne), c’est la pièce russe Boris Godounov (1869) de Moussorgski qui été déprogrammée. Tandis que l’Orchestre philharmonique de Zagreb (Croatie) a annulé l’interprétation de deux œuvres de Tchaïkovski.

“Boycotter les œuvres revient à s’aventurer sur un terrain glissant, car quand on commence à interdire les œuvres, non seulement on mélange tout, mais on utilise les armes que l’on dénonce chez l’adversaire et ce n’est jamais de bonne politique”, dénonce le musicologue Christian Merlin sur France Musique.

Si le critique musical voit dans l’œuvre de Moussorgski une ode “au peuple russe” où “les milieux dirigeants sont présentés comme sanguinaires ou corrompus”, le sociologue Yauheni Kryzhanouski précise que Alexandre Nevski de Prokofiev est une ”œuvre belligérante écrite sous le stalinisme” : “On peut comprendre qu’elle ne paraisse pas très appropriée en ce moment”.

Sur ce point, Roselyne Bachelot a insisté sur la nécessité de promouvoir la culture classique russe. “On ne va pas arrêter Moussorgski, on ne va pas arrêter Tchaïkovski, on ne va pas arrêter de jouer Tchekhov. Il y a des demandes de boycott qui ne correspondent pas à ce qu’est pour nous la culture”, a-t-elle estimé.

Levier de contestation ?

Si la symbolique de ces annulations à travers le monde est limpide, leur impact sur les actes de Vladimir Poutine et de son armée en Ukraine divise. L’isolement culturel, tout comme l’isolement économique ou politique mis en place, est-il un moyen de faire pression sur le pays ? D’après Yauheni Kryzhanouski, “les autorités russes ne se font plus d’illusion sur le rôle du soft power” et ce passage au conflit militaire en est la preuve. Aujourd’hui, ces sanctions à l’égard du monde culturel serviraient plutôt, dans les médias russes, à alimenter la “diabolisation de l’Occident”.

Mais pour l’universitaire Jane Duncan, qui travaille sur le boycott culturel comme “agent du changement politique”, les campagnes visant à isoler un pays de la communauté culturelle et sportive internationale peuvent être “très efficaces grâce à leur énorme impact psychologique”.

D’autant que la “Russie est depuis des siècles fière de ses réussites intellectuelles, artistiques et sportives. C’est devenu une partie de son identité, son ‘soft power’ dans la mondialisation”, analyse la chercheuse pour l’AFP. Et d’imaginer qu’un “boycott culturel pourrait doper la contestation qui a surgi en Russie contre l’invasion de l’Ukraine” décidée par le président russe.

À voir également sur Le HuffPost : Le Kiev City Ballet ovationné au Théâtre du Châtelet à Paris