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Au Mali, la justice militaire ouvre une enquête sur le massacre de Moura

samedi 9 avril 2022, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/04/07/au-mali-la-justice-militaire-ouvre-une-enquete-sur-le-massacre-de-moura_6120940_3212.html

Au Mali, la justice militaire ouvre une enquête sur le massacre de Moura

Des centaines de personnes – des civils, selon les ONG – ont été tuées entre le 27 et le 31 mars à Moura, dans une région qui est l’un des principaux foyers des violences sahéliennes.

Le Monde et AFP

Publié aujourd’hui 7 avril 22 à 01h42, mis à jour à 08h20

La justice militaire malienne a annoncé, mercredi 6 avril, l’ouverture d’investigations sur les récents événements survenus à Moura (centre du pays), où des témoignages font état de l’exécution en masse de civils par des soldats maliens et des combattants étrangers.

A la suite des « allégations d’exactions présumées commises sur des civils, des enquêtes ont été ouvertes par la gendarmerie nationale sur instructions du ministère de la défense et des anciens combattants afin de faire toute la lumière sur ces allégations », a écrit, dans un communiqué, le procureur auprès du tribunal militaire de Mopti, grande ville proche de Moura. Le procureur se rendra « très prochainement » sur place avec des enquêteurs et un médecin légiste, ajoute le communiqué.

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Les autorités maliennes, dominées par les militaires arrivés au pouvoir par la force en 2020, étaient pressées de toutes parts d’ouvrir une investigation indépendante sur les événements survenus entre le 27 et le 31 mars à Moura, dans une région qui est l’un des principaux foyers des violences sahéliennes.

Versions diamétralement opposées

L’armée malienne et des témoins interrogés par la presse ou l’ONG Human Rights Watch (HRW) offrent des versions diamétralement opposées. La première dit avoir « neutralisé » 203 djihadistes lors d’une opération d’envergure. Les seconds rapportent une masse d’exécutions sommaires de civils, des viols et des actes de pillage commis par des soldats maliens et des combattants étrangers présumés russes. HRW affirme que 300 civils, dont certains soupçonnés d’être des djihadistes, ont été exécutés, et parle du « pire épisode d’atrocités » commises depuis le déchaînement des violences au Mali en 2012.

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Mercredi, l’expert indépendant de l’ONU sur les droits de l’homme au Mali, Alioune Tine, a mêlé sa voix à celles de la France, des Etats-Unis, de l’Union européenne ou encore de la Commission malienne des droits de l’homme pour demander une enquête.

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré, devant la presse à New York, que les Nations unies avaient ouvert une enquête et que les experts de la Mission onusienne au Mali (Minusma) cherchaient à se rendre sur le site « le plus rapidement possible ». Un tel déplacement est toutefois soumis au bon vouloir des autorités maliennes. Le communiqué du tribunal militaire de Mopti ne dit rien concernant l’éventualité que ses investigations associent des enquêteurs non maliens.

Une impunité dénoncée

En janvier 2021, des enquêteurs de la division des droits de l’homme de la Minusma s’étaient rendus sur le site d’une frappe de la force antidjihadiste française « Barkhane » à Bounti (Centre). Leur rapport avait conclu, en mars de la même année, à la mort de dix-neuf civils réunis pour célébrer un mariage, et pas seulement des djihadistes comme Paris l’a toujours soutenu.

L’armée malienne, comme d’autres au Sahel, est régulièrement accusée d’exactions. Elle assure enquêter chaque fois qu’il y a lieu, mais les défenseurs des droits dénoncent constamment le fait que de tels agissements restent impunis. L’expert onusien Alioune Tine a exhorté, dans un communiqué, les autorités maliennes à « accorder un accès sans entraves à la division des droits de l’homme afin qu’elle puisse mener une enquête approfondie ».

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« Compte tenu des graves allégations de crimes de masse, des civils ayant été tués par dizaines au cours de ces opérations, je demande aux autorités maliennes de mener dans les meilleurs délais une enquête approfondie, indépendante, impartiale et efficace », a dit M. Tine. Les conclusions de ces investigations devront être rendues publiques, a-t-il ajouté.

Les événements de Moura ont pour toile de fond la reconfiguration en cours depuis que la junte s’est détournée de la France et de ses alliés européens, et s’est tournée vers la Russie pour reprendre le terrain laissé aux djihadistes depuis 2012.

Le Monde et AFP