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Russia : Attaque contre le journaliste et Nobel de la paix Dmitri Mouratov

samedi 9 avril 2022, par siawi3

Source : https://www.france24.com/fr/europe/20220408-le-journaliste-et-nobel-de-la-paix-dmitri-mouratov-la-r%C3%A9sistance-%C3%A0-tout-prix-face-au-kremlin

Le journaliste et Nobel de la paix Dmitri Mouratov, la résistance à tout prix face au Kremlin

Publié le : 08/04/2022 - 16:26

Photo : Dmitri Mouratov, prix Nobel de la Paix 2021, a pris ce selfie après avoir été attaqué jeudi par un inconnu l’ayant aspergé d’un produit rouge dans un train.

par :
Stéphanie TROUILLARD

Le journaliste russe Dmitri Mouratov a annoncé avoir été attaqué, jeudi, par un inconnu l’ayant aspergé d’un produit rouge dans un train. Prix Nobel de la paix 2021, le rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta avait récemment annoncé mettre aux enchères sa médaille en faveur des réfugiés ukrainiens. Malgré les menaces, il se bat depuis les années 90 pour la défense de la liberté de la presse dans son pays.

Le visage et le t-shirt maculés de peinture rouge. Le journaliste russe Dmitri Mouratov, rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta, s’est photographié dans les toilettes du train dans lequel il se trouvait, jeudi 7 avril.

« Un inconnu a attaqué le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta et prix Nobel de la paix Dmitri Mouratov dans le wagon d’un train », a annoncé le journal sur sa chaîne Telegram cliché à l’appui.

« Ils ont versé de la peinture à l’huile avec de l’acétone dans le compartiment. Les yeux me brûlent terriblement. Dans le train de Moscou à Samara. Le départ a déjà été retardé de trente minutes. Je vais essayer de me laver », a également expliqué Dmitri Mouratov, prix Nobel de la paix 2021, cité dans cette publication. « Il [l’agresseur, NDLR ] a crié ’Mouratov, c’est pour nos gars’ », a-t-il ajouté.

❗️Неизвестный напал на главреда « Новой газеты » и лауреата Нобелевской премии мира Дмитрия Муратова прямо в вагоне поезда pic.twitter.com/xrhR62zJts
— Novaya Gazeta. Europe (@novayagazeta_eu) April 7, 2022

Une deuxième photo accompagnant ce message montre un compartiment de train couchette éclaboussé par une grande quantité de liquide de couleur rouge sang. « Mouratov a obtenu les premiers soins médicaux et a pris son train pour aller voir sa mère (...). Nous recherchons le criminel qui a fait ça », a également déclaré sur Twitter Kirill Martinov, l’ancien adjoint de Dmitri Mouratov. La police a indiqué avoir ouvert une enquête et rechercher deux hommes pour cette attaque, selon l’agence TASS.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a dénoncé sur Twitter un acte « inacceptable » et « une nouvelle attaque envers la sécurité des journalistes et la liberté d’informer en Russie ». « L’UE continuera de soutenir le journalisme indépendant russe », a-t-il affirmé. Comme en écho, les journalistes de la publication exilés à l’étranger ont annoncé, jeudi, le lancement d’une nouvelle publication Novaïa Gazeta Europe en plusieurs langues, dirigée par Kirill Martinov, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une filiale du journal d’origine mais bien d’une initiative indépendante.

Nobel Peace Price laureate & @novaya_gazeta chief editor Dmitry Muratov was attacked in Moscow.

This is completely unacceptable and yet another assault on safety of journalists and media freedom in #Russia.

The EU will continue supporting Russian independent journalism.
— Josep Borrell Fontelles (@JosepBorrellF) April 7, 2022

« Les conditions d’une censure militaire »

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les médias russes sont en effet de plus en plus muselés par le Kremlin. Pilier du journalisme d’investigation, Novaïa Gazeta avait ainsi annoncé, fin mars, suspendre ses publications en ligne et au format papier en Russie, après avoir reçu un deuxième avertissement du gendarme des télécoms russe, Roskomnadzor, pour manquement à une loi controversée sur les « agents de l’étranger ».

« Il n’y a pas d’autre solution. Pour nous, et, je le sais, pour vous, c’est une décision terrible et douloureuse. Mais il faut que nous nous protégions les uns les autres », avait écrit Dmitri Mouratov, dans une lettre adressée aux lecteurs du journal. Selon lui, sa rédaction a poursuivi son travail pendant 34 jours « dans les conditions d’une censure militaire ». Depuis le début de l’invasion, les sites de nombreux médias russes ou étrangers ont été bloqués en Russie. En mars, les autorités ont également voté plusieurs lois réprimant ce qu’elles considèrent comme de « fausses informations » sur le conflit.

Novaïa Gazeta faisait figure de dernier bastion de la presse libre encore en activité. Dmitri Mouratov n’avait pas hésité à annoncer, le 22 mars dernier, qu’il souhaitait mettre aux enchères sa médaille de prix Nobel au profit des réfugiés ukrainiens. Le rédacteur en chef avait indiqué dans un communiqué qu’il voulait ainsi aider « les civils réfugiés, les enfants blessés et ceux malades qui ont besoin d’un traitement urgent ».

Informer malgré les risques

À 60 ans, Dmitri Mouratov est une immense figure du journalisme russe. Né en 1961 à Samara, dans le sud-est de la Russie, il obtient son premier poste dans un journal dans les années 80 après avoir servi dans l’armée. Il découvre sa vocation de journaliste en travaillant à la pige pour quelques publications locales pendant ses études de philologie à l’Université d’État de Moscou.

Après avoir fait ses armes au sein du quotidien populaire Komsomolskaïa Pravda, il participe, en 1993, à la fondation de Novaïa Gazeta, avec notamment le soutien financier du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, lui-même prix Nobel de la paix. Sous la houlette de Dmitri Mouratov, Novaïa Gazeta, qu’il dirige de façon quasi continue depuis 1995, s’impose en machine à scoops.

Corruption, affaires impliquant le pouvoir : ce journal se penche sur tous les thèmes délicats, y compris ceux qui, avec l’arrivée à la présidence de Vladimir Poutine en 2000, deviennent inabordables pour les autres médias, notamment la guerre en Tchétchénie. Plus récemment, Novaïa Gazeta a enquêté sur les mystérieux mercenaires du groupe Wagner, des soldats de l’ombre de la Russie, ou la répression des homosexuels en Tchétchénie, s’attirant les foudres du dirigeant de cette république du Caucase russe, Ramzan Kadyrov, connu pour sa brutalité.

Cet engagement a coûté la vie à six de ses collaborateurs, dont la célèbre journaliste Anna Politkovskaïa, connue pour ses critiques de la guerre sanglante du Kremlin en Tchétchénie et assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble. Les commanditaires de ce crime n’ont toujours pas été identifiés. Ébranlé par ce meurtre, Dmitri Mouratov avait envisagé de fermer le journal, qui lui semblait « dangereux pour la vie des gens ». Mais face à la détermination de sa rédaction, il avait finalement décidé de continuer.

Un prix Nobel de la paix

Ce travail d’investigation a aussi valu à la rédaction de Novaïa Gazeta plus de soixante récompenses, dont le prix Pulitzer. Dmitri Mouratov a surtout reçu, en octobre dernier, le prix Nobel de la paix aux côtés de la journaliste philippine Maria Ressa pour « leur combat courageux pour la liberté d’expression ».

[A LA UNE A 18H] Le prix Nobel de la paix a récompensé deux journalistes d’investigation, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, consécration d’une liberté de la presse menacée de toutes parts dans ces pays et au-delà #AFP pic.twitter.com/RiKIlLQfA4
— Agence France-Presse (@afpfr) October 8, 2021

Ironie du sort, le Kremlin avait salué à cette occasion le « courage » et le « talent » de Dmitri Mouratov. « Nous pouvons féliciter Dmitri Mouratov. Il travaille en continu en suivant ses idéaux, en les conservant. Il est talentueux et courageux », avait déclaré aux journalistes le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Lors de son discours de réception du Nobel, prononcé le 10 décembre, le rédacteur en chef avait pour sa part dédié son prix à Novaïa Gazeta et à ses collaborateurs assassinés pour leur travail et leurs enquêtes. « Ce prix est également destiné aux collègues vivants, à la communauté qui remplit son devoir professionnel », avait-il insisté.

« Nous grognons et mordons. Nous avons des crocs et une poigne. Mais nous sommes la condition du mouvement en avant. Nous sommes l’antidote contre la tyrannie », avait-il clamé avant de conclure : « Je veux que les journalistes meurent vieux ».
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