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L’occupation israélienne a franchi la « ligne rouge de la légalité », déclare la nouvelle rapporteuse de l’ONU

dimanche 10 avril 2022, par siawi3

Source : https://www.france-palestine.org/L-occupation-israelienne-a-franchi-la-ligne-rouge-de-la-legalite-declare-la

jeudi 7 avril 2022

Daoud Kuttab / Al Monitor

L’occupation israélienne a franchi la « ligne rouge de la légalité », déclare la nouvelle rapporteuse de l’ONU

Dans une interview accordée à Al-Monitor, la nouvelle rapporteuse spéciale de l’ONU pour les Palestiniens, Francesca Albanese, parle de ses projets concernant les violations des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens, tout en repoussant la campagne de diffamation lancée contre elle par Israël.

L’avocate internationale italienne Francesca Albanese est pleine d’énergie et prête à mener à bien le mandat qui lui a été récemment confié. Mme Albanese a expliqué que le poste de rapporteur spécial pour les Palestiniens, auquel elle a été élue pour un mandat de six ans en février, est réservé à un expert indépendant. Alors que de nombreux postes similaires de l’ONU sont basés sur des domaines thématiques, ce poste a un mandat géographique clair. « Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies m’a chargée d’enquêter et de faire rapport sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés, c’est-à-dire la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et la bande de Gaza », a-t-elle déclaré à Al-Monitor via Zoom depuis Tunis, où elle réside.

L’avocate et chercheuse italienne, première femme à occuper ce poste aux Nations unies, affirme qu’elle croit en l’importance de la rigueur académique et qu’elle accomplira certainement sa mission avec intégrité.

Experte en droit international qui s’occupe de questions liées aux droits de l’Homme, Mme Albanese est également la première personne travaillant actuellement pour une organisation non gouvernementale arabe très respectée à se voir confier ce mandat.

Mme Albanese a travaillé pendant dix ans pour les Nations unies, notamment pour l’UNRWA, avant de se tourner vers le monde universitaire. Elle est fière de travailler actuellement avec l’Arab Renaissance for Democracy and Development (ARDD), basée à Amman.

« À l’ARDD, j’ai eu le sentiment que mes compétences étaient mises à profit pour aborder les questions cruciales entourant la question de la Palestine et des réfugiés palestiniens, auxquelles j’avais déjà consacré dix ans de ma vie. Je voulais approfondir mon travail onusien et universitaire sur la Palestine et les réfugiés palestiniens, et l’ARDD m’a donné cette opportunité », a-t-elle déclaré.

« L’ARDD, où je coordonne désormais le programme sur la migration, le déplacement forcé et l’apatridie, vise à créer une chambre de discussion comme la Chatham House au Moyen-Orient sur des questions impliquant une transformation positive et inclusive du monde arabe, et je suis honorée de participer à cet effort », a-t-elle poursuivi.

Au cours de ses années de travail avec l’UNRWA et de recherche sur la question des réfugiés palestiniens, Mme Albanese a acquis des connaissances importantes. « Dans le cadre de mes recherches universitaires sur la question des réfugiés palestiniens, je crois que je suis bien consciente des causes profondes du conflit. »

Elle explique que son rôle dans ce nouveau poste, qui commence officiellement le 1er mai, est d’enquêter sur les violations israéliennes commises dans les territoires palestiniens occupés en violation du droit international. « Mon travail consistera notamment à communiquer avec les parties concernées, les gouvernements et la société civile ainsi que les témoins, et à rendre compte au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies de mes conclusions concernant les violations commises dans les territoires palestiniens occupés. »

Albanese est conscient que les choses ont radicalement changé depuis 1993. « Mes intentions seront d’examiner les violations des droits de l’Homme dans un contexte plus large. » Elle s’est dite ouverte à l’examen de toute violation majeure des droits de l’Homme par toutes les parties, notamment dans le domaine de « la persécution des défenseurs des droits de l’Homme et du rétrécissement de l’espace de la société civile. »

L’experte en droit international a déclaré à Al-Monitor que - comme Michael Lynk, l’actuel rapporteur spécial, l’a signalé depuis 2017 - l’occupation israélienne a franchi la ligne rouge de la légalité. « Selon le droit international, l’occupation doit être temporaire, justifiée par une nécessité militaire et dans l’intérêt du peuple occupé », a-t-elle déclaré.

Le fait d’avoir travaillé dur à la recherche d’un livre important sur les réfugiés palestiniens a permis à Mme Albanese d’être prête pour ce nouveau mandat. « Je prends mon mandat au sérieux, en toute conscience et avec autorité, car je connais très bien la situation sur le terrain. Pendant cinq ans, je me suis plongé dans l’étude de l’histoire palestinienne, et je dispose des instruments juridiques nécessaires pour conseiller sur la manière dont le droit international est censé fonctionner. »

La question de l’applicabilité du droit international a pris une grande importance avec la guerre en Ukraine. Mme Albanese a exprimé sa profonde solidarité avec le peuple ukrainien. « La situation actuelle en Ukraine est une tragédie, et ce qui a été dit de son illégalité selon le droit international est correct. »

Mme Albanese a déclaré que la guerre « expose également sur un large spectre le double standard de la communauté internationale, que ce soit en ce qui concerne le conflit lui-même et les droits de l’Homme, ou le cas de la façon dont les réfugiés ukrainiens sont pris en charge. »

Elle a déclaré que « ignorer le cas de la Palestine, entre autres, n’est plus justifié lorsque des violations continues des droits de l’Homme ont lieu, alors que la communauté internationale ne peut pas être considérée comme soutenant les droits de l’Homme en Ukraine mais ne faisant rien pour la Palestine. »

Concernant le refus d’Israël d’accepter le fait que les similitudes sont logiques, M. Albanese a déclaré : « La revendication répétée d’exceptionnalisme du gouvernement israélien et de ses partisans a été galvaudée, et elle a conduit à des abus et à deux poids deux mesures. Il est grand temps que la communauté internationale la remette en question et agisse en conséquence. »

Interrogée sur les multiples attaques dont elle a fait l’objet le premier jour de la décision du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, basé à Genève, de la nommer, Mme Albanese a répondu avec fermeté : « Je ne suis ni surprise ni particulièrement blessée. Je sais que ces attaques sont dirigées contre toute personne faisant la lumière sur les faits sur le terrain et les violations qui y sont liées. »

Elle ne nie pas avoir des opinions. « Chaque personne sur cette terre a des opinions, mais apparemment je n’ai pas le droit d’avoir une opinion. Il est clair que j’ai des opinions légalement informées, que j’ai formées après des années de travail en et sur Israël/Palestine. Mais aussi, pendant trois ans, j’ai travaillé pour l’UNRWA en Palestine. J’ai été horrifiée par ce que j’ai vu. C’était bien plus que ce que mon corps pouvait supporter. À cette époque, j’ai clairement vu et ressenti la politique d’apartheid. Mais à l’époque, je n’avais pas les outils pour y faire face. »

Elle poursuit : « L’actuel rapporteur spécial, le professeur Michael Lynk, s’est joint à de nombreux autres pour la dénoncer, et j’ai l’intention de poursuivre le travail rigoureux d’enquête et de reportage que lui et d’autres éminents rapporteurs ont accompli. »

« Comme Michael Lynk l’a dit un jour, ’j’arrive à ce poste avec un esprit ouvert, pas un esprit vide’ », a-t-elle ajouté.

« Ce qui m’agace, cependant », a déclaré Albanese, « c’est qu’on attend de moi que je ne réponde pas à des accusations qui sont totalement inexactes. Je ne suis pas antisémite. Je n’ai jamais dit que les Juifs étaient des nazis, et je n’ai certainement jamais laissé entendre que je ne pouvais pas assumer ma responsabilité de manière objective et professionnelle. »

Elle a déclaré que la loi est appliquée pour établir les faits, et lorsque les faits sont établis, « nous ne pouvons pas permettre que cela obstrue notre vision de ce qu’est une violation du droit humanitaire international. »

Interrogée sur ce qu’elle pense de la critique qui lui est faite de ne pas rechercher la paix, Mme Albanese a été très claire : « Il n’y a pas de contradiction entre le fait de chercher à documenter les droits de l’Homme et celui de rechercher la paix. Je ne vois personne parvenir à la paix sans respecter les droits de l’Homme, qui sont une condition préalable à la paix. »

Mme Albanese affirme que son mandat n’est pas celui d’un pacificateur, mais qu’il n’y a « rien que je souhaite plus que de voir la paix. Cependant, une paix qui ne repose pas sur le respect du droit international et des droits de l’Homme fondamentaux est un oxymore. »

En conclusion, Mme Albenese a tiré ses propres conclusions quant à la manière dont elle devrait être jugée à ce poste. « Je me sens obligée d’exécuter le mandat de rapporteur spécial de manière impartiale, en abordant tout le monde avec dignité, en recherchant avec empathie la vérité et toutes les facettes des incidents. En fin de compte, c’est sur cela que je serai jugée. »

Traduction : AFPS