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France : À Grenoble, Éric Piolle fait un pas (risqué) vers l’autorisation du burkini dans les piscines

mardi 3 mai 2022, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/a-grenoble-eric-piolle-fait-un-pas-risque-vers-lautorisation-du-burkini-dans-les-piscines?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220503&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Photo : Le burkini bientôt autorisé dans les piscines de Grenoble ?
PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP

À Grenoble, Éric Piolle fait un pas (risqué) vers l’autorisation du burkini dans les piscines
Coming out

Par Jean-Loup Adenor

Publié le 03/05/2022 à 6:00

Soumis à des pressions militantes locales, le maire écolo de Grenoble, Éric Piolle, pourrait bientôt modifier le règlement des piscines municipales pour y autoriser le burkini. Mais il n’est pas certain qu’il puisse s’appuyer sur une large majorité au conseil municipal.

Éric Piolle sort de son ambiguïté. Dans une longue lettre adressée à Emmanuel Macron, le maire de Grenoble lui reproche de « jouer avec la République » et d’avoir mené « une campagne au bord du gouffre de l’extrême droite ». Pour l’édile EELV, Emmanuel Macron s’est rendu coupable d’avoir violé les lois de 1901 sur la liberté d’association et la loi de 1905 sur la liberté de conscience. Au nom de la « défense des valeurs françaises », Éric Piolle explique qu’il veillera « personnellement à ce qu’aucun règlement intérieur d’aucun équipement public ne constitue une injonction ou une discrimination (...) nous y serons particulièrement attentifs pour les femmes et les [minorisé-es] (sic) de genre que l’on contraint spécifiquement ». Une référence claire à une polémique qui agite sa commune tous les étés : le port du burkini – ce vêtement de bain prétendument islamique réservé aux femmes musulmanes – dans les piscines municipales et que les règlements des piscines de la ville interdisent au même titre que tous les vêtements amples, pour des raisons d’hygiène.

Un sujet sur lequel le maire de Grenoble a longtemps été mal à l’aise. Confronté aux actions médiatiques du collectif Alliance citoyenne, le même qui se trouve derrière les hijabeuses, ces jeunes femmes réclamant le droit de pouvoir participer à des compétitions de football vêtues de leur voile islamique, Éric Piolle a d’abord tenté de renvoyer la responsabilité de cette décision à l’État. Mais le règlement des équipements publics d’une ville est de la responsabilité de la municipalité, non de l’exécutif. Dès lors, Éric Piolle a louvoyé de longs mois, prenant la décision... de ne rien décider.

Le conseil municipal autorisera-t-il le burkini ?

Le 20 janvier dernier, Chloé Le Bret, conseillère municipale déléguée à l’Égalité, a même démissionné de son mandat en raison de désaccords autour de ces « opérations burkini » menées dans les piscines de l’agglomération. Interrogé par Marianne à l’époque, l’élu de la majorité Antoine Back avait indiqué que la « réflexion » avait « démarré en interne et n’a pour l’heure pas abouti ». Un mois plus tard, interrogé sur les Hijabeuses par Europe 1, Éric Piolle entamait une clarification, estimant qu’elles avaient « le droit de porter des signes religieux ».

Cette dernière prise de position préparait-elle une nouvelle étape ? Éric Piolle a modifié, dans le même temps, l’ordre du jour du conseil municipal du 16 mai prochain, « pour y inscrire la modification du règlement intérieur des piscines de la ville », affirme l’élu d’opposition divers droite Alain Carignon. Désormais, le port de vêtement couvrant et ample pourrait être autorisé, si tant est que sa majorité le suive.

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Une initiative qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre parmi les élus de la ville. La députée de l’Isère Émilie Chalas, membre de la majorité présidentielle, a confié à Marianne sa « honte, en tant que Grenobloise, de voir le maire de ma ville tenir des propos pareils. Il prétend donner des leçons d’histoire et de morale à un président de la République, lui qui a fini quatrième à la primaire écolo ? C’est tout simplement une façon d’exister au niveau national. » La parlementaire l’assure : dans la communauté musulmane, le burkini n’est pas même « un sujet » : « Nos concitoyens musulmans me parlent de leurs problèmes d’insécurité, d’incivilités, des questions sociales. Les imams de ma circonscription me l’ont dit : « Le burkini, ce n’est pas notre sujet ». »

Prosélytisme

Pour l’élue, aucune surprise cependant. Pour elle, « Éric Piolle, c’est la France insoumise en pire : il a financé le CCIF, organisé le mois décolonial... Il n’est pas républicain. » Aucune surprise non plus pour Alain Carignon. « Samedi matin, nous avons reçu l’ordre du jour des commissions amendé pour y intégrer la modification du règlement intérieur des piscines. Cette lettre à Emmanuel Macron n’est qu’un rideau de fumée pour faire parler d’autre chose que de ce qu’il est en train de faire à Grenoble », témoigne-t-il auprès de Marianne.

Les deux élus dénoncent également « les connivences » entre Éric Piolle et le collectif Alliance Citoyenne**, qui organise depuis plusieurs années des opérations médiatiques visant à enfreindre le règlement des piscines. « Nous les connaissons bien ici à Grenoble. Cette association se saisit de situations de misère – logements, grande précarité, exclusion... – et convainc les gens de faire des opérations coups de poing. Quand les médias sont là, ils portent tous des t-shirts « Alliance Citoyenne »... Ils détournent la misère du monde pour faire du prosélytisme. »

En fin d’après-midi, l’association a fait parvenir un communiqué à Marianne pour se féliciter de la décision « salutaire » d’Éric Piolle, assurant que « l’interdiction du maillot de bain couvrant ne repose sur aucun argument légal » et que « Carignon, Chalas, ou Wauquiez [qui a menacé de couper les subventions de la région à la ville] souhaitent juste continuer à nous exclure de l’espace public ».

« Ce vêtement n’a aucune espèce de légitimité »

Quoi qu’il en soit, l’ordre du jour est fixé : le 16 mai prochain, les élus municipaux grenoblois devraient se prononcer sur la modification du règlement intérieur. « Il n’y a qu’un tiers de sa majorité – le groupe EELV – qui y soit favorable assure Émilie Chalas. Le centre gauche et La France insoumise y sont plutôt défavorables. » Là encore, Alain Carignon abonde : « On a beaucoup d’échos d’élus qui vont s’abstenir, c’est donc une minorité qui prendra cette décision, qui est un véritable changement de paradigme et qui ne correspond en rien aux valeurs de la ville de Grenoble, dans ce rétrécissement et cette régression du droit des femmes. » Les deux élus appellent à un référendum local pour trancher cette question.

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Interrogée par Marianne à propos de ces polémiques régulières sur le « burkini », la chercheuse Amélie Chelly soupire : « Ce vêtement n’a aucune espèce de légitimité dans quelque branche religieuse que ce soit, c’est un faux problème. Dans l’islam conservateur, les femmes wahhabite ou salafie il est de toute façon interdit de voir un homme à moitié nu. C’est perdre son statut de « juste ». » Alors pourquoi ce vêtement prétendument islamique agite-t-il aujourd’hui les milieux militants ? « C’est une subjugation de la prescription religieuse à l’impérieuse nécessité de maintenir l’islam en alerte ; une technique classique des intégristes, à qui ça ne pose pas de problème de placer les commandements religieux au-dessous des impératifs révolutionnaires visant à imposer leur vision de l’islam en Occident. »

Contactés par Marianne, ni Eric Piolle ni Alliance Citoyenne n’ont donné suite à nos demandes d’interview.