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Guerre en Ukraine : Medyka, la frontière des enfants disparus : « Ils risquent de tomber aux mains de réseaux d’exploitation sexuelle »

dimanche 8 mai 2022, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/international/medyka-la-frontiere-des-enfants-disparus-ils-risquent-de-tomber-aux-mains-de-reseaux-d-exploitation-sexuelle-20220506

Medyka, la frontière des enfants disparus : « Ils risquent de tomber aux mains de réseaux d’exploitation sexuelle »

LENA

06/05/2022 à 12:24

VU D’AILLEURS - À la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, les mineurs fuyant la guerre sont la proie des trafiquants. Si l’on en croit certaines associations, « 200.000 enfants sont en danger, et 200 enquêtes ont déjà été ouvertes. » Par Salvatore Giuffrida (la Repubblica). Medyka, Pologne, f... Lire la Medyka, la frontière des enfants disparus : « Ils risquent de tomber aux mains de réseaux d’exploitation sexuelle »

VU D’AILLEURS - À la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, les mineurs fuyant la guerre sont la proie des trafiquants. Si l’on en croit certaines associations, « 200.000 enfants sont en danger, et 200 enquêtes ont déjà été ouvertes. »

Par Salvatore Giuffrida
(la Repubblica).

Medyka, Pologne, frontière avec l’Ukraine, 42e jour de guerre. Une femme et quatre jeunes filles sortent du bureau de douane. Elles regardent autour d’elles, indécises : des deux côtés de la route, des bénévoles offrent leur aide aux réfugiés qui n’ont pas de parents qui les attendent et ne savent pas comment rejoindre le centre de premiers secours de Przemyśl, à 20 kilomètres de là.

Personne ne vérifie l’identité de ces bénévoles. Tandis que beaucoup arrivent à Medyka via le bouche-à-oreille sur les réseaux sociaux, d’autres sont membres d’associations laïques ou religieuses. Un couple d’une cinquantaine d’années attend avec une pancarte à la main : « Jw.org », des Témoins de Jéhovah. Tous proposent le gîte et le couvert aux réfugiés, puis les emmènent en voiture vers des destinations inconnues. Cela fait des semaines que la scène se répète, sans aucun contrôle.

Un drame né de la guerre

Aujourd’hui, cependant, on constate que la ville de Medyka est devenue l’une des plaques tournantes d’un drame né de la guerre : en effet, les mineurs disparus risquent de tomber aux mains de réseaux d’exploitation et de prostitution. « Jusqu’à présent, plus de 1,2 million de mineurs ont franchi la frontière à Medyka : au moins 10 % d’entre eux, entre 200.000 et 300.000, risquent de tomber aux mains de réseaux d’exploitation ou de prostitution », explique Ernesto Caffo, président de Telefono Azzurro.

Réfugiés ukrainiens : « Un accueil non encadré peut engendrer de vives tensions » : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/refugies-ukrainiens-un-accueil-non-encadre-peut-engendrer-de-vives-tensions-20220504

Il s’agit d’un risque potentiel pour l’avenir, mais le nombre de cas qui ont déjà eu lieu n’en reste pas moins inquiétant. « Il y a 2 000 cas confirmés d’enfants disparus, des enfants dont nous ne savons pas s’ils sont auprès de leur famille ou ailleurs », explique Marina Lypovetska de l’association ukrainienne Magnolia, basée à Kiev. Marina coordonne l’équipe qui recherche les enfants disparus de Kiev, Irpin, Zaporijia, Marioupol et Odessa. Elle travaille en collaboration avec Missing Children Europe, Interpol et Telefono Azzurro. Outre les 2000 enfants disparus, 200 adolescents se sont également évanouis dans la nature — probablement à la suite d’un kidnapping. Ce sont leurs familles, toujours en vie, qui ont signalé leur disparition : au moins 10 d’entre eux ont traversé la frontière. Ils sont en Europe, mais on ne sait où.

Samira Mamedova, 17 ans, est un des fantômes de Medyka. Originaire d’Odessa, elle a été vue pour la dernière fois le 16 mars dernier ; elle a traversé la frontière et a disparu. Mais il n’y a pas que Samira. Anna Vakunova, 16 ans, originaire de Marioupol, a disparu le 2 mars dernier avec sa mère Nadia et sa sœur. Quant à Anastasia Bondar, âgée de presque 18 ans, elle a disparu à Ivankiv. Et il y en a encore bien d’autres. Presque toutes sont des jeunes femmes âgées de 16 ans et plus, et presque toutes ont disparu au début du mois de mars. Elles ne font pas partie des victimes et pourraient avoir été enlevées et emmenées hors d’Ukraine au cours de leur passage obligé par Medyka.

« Je suis à bout » : pour les familles qui hébergent des réfugiés ukrainiens, le revers de la solidarité  : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/je-suis-a-bout-pour-les-familles-qui-hebergent-des-refugies-ukrainiens-le-revers-de-la-solidarite-20220428

« Il est nécessaire d’activer le contrôle biométrique, y compris le contrôle numérique, pour tracer ces enfants », assure Ernesto Caffo, qui a déjà effectué trois visites ici, à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, ces derniers jours. « Seule une petite partie des mineurs sont enregistrés et recensés, et nous ne savons pas s’ils se trouvent en sécurité », poursuit le président de Telefono Azzurro. « Beaucoup des personnes qui ont accueilli des mineurs n’ont même pas été soumises à des contrôles préventifs. Les principaux risques sont liés à l’exploitation sexuelle, la prostitution et la production de matériel de nature sexuelle, notamment en ligne. C’est une situation très délicate. Ces bénévoles ne sont pas contrôlés, et les enfants sont déjà très fragiles. »

Un trafic incessant

Jusqu’à présent, deux adolescents ont été identifiés, retrouvés et mis en sécurité, explique Marina Lypovetska : il s’agit de Larissa, 16 ans, originaire de Lviv, passée par Medyka et retrouvée en Roumanie, et de Mykyla, 15 ans, retrouvé en Allemagne au sein d’une communauté religieuse dont la police allemande ne peut révéler le nom, car l’enquête est toujours en cours. « Mykyla est originaire d’Odessa », explique la représentante de l’association Magnolia.

Moscou arrête ses livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie  : https://www.lefigaro.fr/international/moscou-arrete-ses-livraisons-de-gaz-a-la-pologne-et-a-la-bulgarie-20220427

« Deux bénévoles d’une communauté religieuse l’ont emmené jusqu’en Allemagne avec deux autres jeunes filles de 15 ans. Mykyla était en possession d’une autorisation de ses parents, mais il s’agissait en fait d’un faux document réalisé par ses soins. Comme la situation semblait très préoccupante, nous avons pris des mesures. » Pendant ce temps-là, à Medyka, le trafic est incessant : camions, voitures privées, convois humanitaires. Il faut au moins quatre heures pour passer la frontière, un temps d’attente dicté par la bureaucratie et non par les contrôles des soldats ukrainiens qui, armés de leurs kalachnikovs, font ce qu’ils peuvent ; Medyka est une frontière poreuse.

Un convoi humanitaire de la fondation Humanosc arrive sur place, et Jacob, un secouriste qui transporte des mineurs blessés, descend d’une ambulance. « Le problème, c’est le manque de coordination d’en haut. Il n’y a pas suffisamment de secouristes ; les enfants et les femmes doivent traverser la frontière seuls. » Jacob travaille également pour l’hôpital de Lviv ; il a transporté des dizaines d’enfants blessés hors d’Ukraine, vers des hôpitaux sûrs. Il nous explique pourquoi il n’y a pas de contrôles : « Nous avons constitué un groupe de bénévoles, mais il n’est pas enregistré, car il y a des problèmes avec les assurances. Nous faisons tout spontanément. Il y a quelques jours, nous avons transporté une jeune fille amputée d’une jambe vers un hôpital en Allemagne. Les Allemands ne voulaient pas venir jusqu’ici, alors ils ont fait appel à nous. »

Guerre en Ukraine : « Jeu dangereux »  : https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-jeu-dangereux-20220505

Nous montons dans l’ambulance avec Jacob. La route vers Lviv, qui s’étend sur environ 80 km, est interrompue par des postes de contrôle, où des soldats vérifient les documents, mais pas les liens entre les accompagnateurs et les mineurs. À Lviv, nous rencontrons Viktor, un entrepreneur de 34 ans, bénévole de l’association Support Ukraine, qui s’occupe d’enregistrer et de trouver un logement à des mineurs et femmes réfugiés. « Les jeunes filles qui fuient les zones de guerre courent le risque d’être enlevées et emmenées en Crimée », explique-t-il. Ce sont les Russes qui font la loi sur place. C’est alors que les sirènes retentissent à nouveau.

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