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Algérie : La nécessité de reconnaître l’Autre 8 mai 1945 et ses crimes

mercredi 11 mai 2022, par siawi3

Source : https://histoirecoloniale.net/La-necessite-de-reconnaitre-l-Autre-8-mai-1945-et-ses-crimes.html

77 ans plus tard aucune reconnaissance solennelle n’a été formulée par les plus hautes autorités de la République vis-à-vis de la société française

La nécessité de reconnaître l’Autre 8 mai 1945 et ses crimes

publié le 8 mai 2022

Contenu

Si le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, cette date a une toute autre signification en Algérie, notamment dans les villes de Sétif, Guelma et Kherrata où plusieurs milliers d’Algériens ont perdu la vie, victimes de la répression française. Dont des familles de soldats algériens encore en métropole après avoir libéré la France au sein de l’Armée d’Afrique. En 2005 l’ambassadeur de France à Alger a reconnu « une tragédie inexcusable » et en 2015 le Secrétaire d’Etat aux anciens combattants est allé déposer une gerbe au pied du mausolée au jeune scout Saal Bouzid tué par un policier, ce qui déclenchera les émeutes de Sétif. Mais, 77 ans plus tard, aucune reconnaissance solennelle vis-à-vis de la société française n’a été formulée par les plus hautes autorités de la République quant à la responsabilité de l’Etat dans ces massacres de mai et juin 1945.

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Algérie. Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata,
l’autre 8 mai 1945

par Nadir Dendoune,

publié par le Courrier de l’Atlas le 7 mai 2022.

Il y a 77 ans, le 8 mai 1945, jour de la capitulation de l’Allemagne, et tandis que la France et ses alliés célèbrent avec soulagement leur liberté marquant la fin du nazisme, d’autres en sont privés. De l’autre côté de la Méditerranée, dans une Algérie française, un rassemblement pacifiste, organisé à Sétif, une ville du Constantinois à 300 km à l’est d’Alger, tourne à la tragédie.

La manifestation est autorisée sous certaines conditions : les slogans politiques sont proscrits et le drapeau algérien y est interdit ! Aux : « Vive la Victoire alliée », scandés par la foule, succèdent les « Vive l’Algérie indépendante », « Nous voulons être vos égaux », « Libérez Messali ». Les manifestants, de 8 000 à 10 000 personnes, réclament la fin du colonialisme et la libération de Messali Hadj, un leader nationaliste, arrêté quelques semaines plus tôt.

Après un ordre du sous-préfet de retirer pancartes et banderoles, un scout musulman de 22 ans, Bouzid Saâl, refuse de baisser le drapeau algérien. Il est alors assassiné par un commissaire de police. C’est le début des affrontements avec le pouvoir français. Le mouvement de protestation de la rue algérienne s’étend alors dans les villages des alentours, notamment à Guelma et Kherrata. Il va durer jusqu’en septembre 1945.

Pendant plusieurs mois, toutes les forces françaises sont alors déployées : la police, la gendarmerie, l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine mais aussi de nombreuses milices composées de civils d’origine européenne. Tous ont pour but de rétablir l’ordre colonial et défendre l’Algérie française.

A l’époque, le gouvernement français tente de minimiser le nombre de victimes : à peine 1 000 morts selon l’ancienne puissance coloniale. Selon l’histoire officielle algérienne, les émeutes et la répression ont fait 45 000 morts. Des historiens occidentaux avancent, eux, un bilan de 15 000 à 20 000 morts.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, marquent les prémices de la guerre d’Algérie qui démarre neuf ans plus tard, le 1er novembre 1954. Des massacres passés sous silence par la France.

Jusqu’en 2005 où une première reconnaissance est formulée par l’ambassadeur de France à Alger Hubert Colin de Verdière qui évoque alors une « tragédie inexcusable ». Son successeur, Bernard Bajolet condamne à son tour en 2008 ces massacres, évoquant la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière », ajoutant que « le temps de la dénégation est terminé ».

En avril 2015, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire Jean-Marc Todeschini se déplace à Sétif pour, soixante-dix ans après, commémorer les faits. Une première pour un responsable français. Le déplacement de M. Todeschini à Sétif entre dans le cadre de la politique mémorielle annoncée par François Hollande.

Devant le Parlement algérien, en décembre 2012, le chef de l’Etat français dénonce la colonisation, « un système profondément injuste et brutal », et reconnait « les souffrances (…) infligées au peuple algérien », dont les massacres de Sétif, Guelma et Kheratta. « Le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles », concluait alors le président.

Mais 77 ans plus tard, la France n’a toujours pas reconnu solennellement la responsabilité de l’Etat dans les massacres de Sétif et de Guelma.

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Commémorations à

Saint-Denis ici

Lyon ici

Grenobleici

Paris :
Appel de la Ligue des droits de l’Homme
à rassemblement en commémoration des victimes du 8 mai 1945

Le dimanche 8 mai à 15h, au parc André Malraux. Pour commémorer le massacre de milliers d’Algériens le 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata du fait de l’Etat français. Face aux nostalgiques de la colonisation qui n’hésitent pas à falsifier l’histoire, il est important de dire que la colonisation fut un crime contre les peuples et que les victimes de Sétif, Guelma et Kherrata furent des victimes de l’ordre colonial.

Au Centre culturel algérien, 171, rue de la Croix Nivert 75015 Paris

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VIDEO ici : Sur France 24, Benjamin Stora est interrogé par Marc Perelman