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Secularism is a Women’s Issue

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Assia

Book presentation

lundi 6 juin 2022, par siawi3

Source : https://lundi.am/Assia

Assia - par Alain Parrau

[Note de lecture]

par Ernest London
Le bibliothécaire-armurier

paru dans lundimatin#340,

le 29 mai 2022

Au cours d’une manifestation, le narrateur rencontre une réfugiée syrienne. Les souvenirs surgissent et se mêlent, comme à travers un kaléidoscope. Les leurs, ceux de la révolution syrienne et de sa terrifiante répression, ceux, comme en écho, des insurrections passée et des émeutes d’aujourd’hui, la longue fuite d’Assia et les réminiscences de son enfance dans ce pays détruit. Puis naissent les sentiments.

« Depuis longtemps la haine de la police nous avait réconcilié avec la haine, depuis longtemps il nous fallait lutter avec nos mots contre ceux de l’État, depuis longtemps nous voulions en finir avec ce monde qui doit absolument être détruit. » Si l’évocation conjointe du cortège de tête ou des manifestations de Gilets jaunes, et de celles organisées contre le régime d’Assad, peut sembler quelque part indécente, il s’agit sans doute avant tout pour l’auteur d’une recherche d’expériences communes pour saisir l’indicible, pour signifier une parenté, une appartenance à une même fraternité des réprimés par-delà toutes les barrières et les frontières, à tous les degrés. De la même façon, lorsqu’Assia évoque ces tortures infligées par un policier auquel elle n’a pu que souffler « Vous ne pouvez pas me tuer », c’est le récit de Louisette Ighilahriz dans les mains de Bigeard en Algérie, qui surgit, dans sa recherche tenace de repères pour comprendre ce qui ne peut l’être. « La peur n’est pas une langue commune elle réunit et sépare, rassemble et isole pensai-je. »

Son arrestation en Syrie, son errance, la violence administrative, sont racontées par bribes, par vagues plutôt, qui saisissent avant de se retirer et de laisser place à une autre, plus douce ou plus brutale encore. « Tu dormais sur des cartons, enveloppée de vieux journaux, sur les bancs des jardins publics, dans le métro jusqu’à l’aube, sous les ponts aux jambes d’acier rouillé, dans des carcasses de voitures abandonnées, au milieu de terrains vagues où passaient des ivrognes dont les grognements faisaient craquer doucement le sable. » « Maintenant ta vie dépendait de décisions prises par des ministres au teint gris, aux costumes raides, aux visages flasques comme des serpillières, dont les discours formaient une pâte gluante qui collait aux oreilles et tournait en boucle dans les médias. »

On sent chez Alain Parrau une curiosité pour l’Histoire et les révoltes qui l’agitent, motivée certainement par ses engagements dont il parsème son récit de quelques allusions fugitives et enthousiastes : « Lamartine, le pisseur d’eau claire et son éloge du drapeau tricolore, le saule pleureur de la patrie, l’énamouré du lac, le branleur solitaire adoré des phtisiques. » « Pour la première fois, le 1er décembre, l’État avait tremblé sous les coups de boutoir des émeutiers. Le saccage de l’arc de triomphe, ce monument obscène érigé à la gloire d’un tyran, cette injure faite aux peuples et aux soldats massacrés par ce sinistre personnage, nous avait réjoui. » Assia, par mimétisme ou communes références, le suit dans la construction de cette généalogie :

« Comment vivre après nous avons tenu un an disais-tu, nous avons réussi à construire une démocratie directe, des centaines de conseils locaux ont été créés dans tout le pays nous avons fait mieux que la Commune de Paris. Mais quand les milices iraniennes irakiennes et l’aviation russe sont intervenues, l’Armée syrienne libre devait aussi se battre contre Daech, les territoires libérés ont été perdus. »

Témoignage, récit, poème, ce bref texte inclassable est tout cela à la fois. Alain Parrau chante l’urgence d’une internationale sensible et révoltée : « Dans un éclair aveuglant la vie insurgée avait ouvert une brèche dans le temps de l’oppression, et nous étions, ensemble, au cœur de cette brèche. Jamais je n’avais à ce point senti qu’il ne pouvait y avoir de bonheur en dehors de cette fraternité, et qu’elle était bien ce que le pouvoir, ses larbins et ses chiens de garde, ses intellectuels recuits et ses plumitifs corrompus, haïssaient le plus. »