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France : Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions

À l’Assemblée, le RN s’installe et LFI perd la partie

mercredi 6 juillet 2022, par siawi3

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/010722/extreme-droite-la-semaine-de-toutes-les-compromissions

Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions

vendredi 1er juillet 2022

par Ellen SALVI

En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.

Une semaine. Il aura fallu une semaine, pas plus, pour que l’extrême droite s’installe confortablement aux postes clés de l’Assemblée nationale, avec l’appui des droites au pouvoir et d’opposition. Une situation rendue possible par un savant mélange de tractations partisanes, de lâchetés politiques et de comptes d’apothicaire qui a permis au Rassemblement national (RN) d’obtenir, pour la première fois de son histoire, non pas une, mais deux vice-présidences au Palais-Bourbon.

Il faut prendre la mesure de la scène qui s’est déroulée, mercredi 29 juin, dans les salons qui jouxtent la salle des séances de l’Assemblée. C’est ici que des dizaines et des dizaines d’élu·es de la majorité présidentielle ont choisi de glisser dans l’urne un bulletin « extrême droite », afin de respecter, ont-ils argué, le règlement interne de l’institution et l’accord validé le matin même entre les différents partis – accord dénoncé dans la foulée par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes).

Un « grand moment de démocratie », s’est félicitée la députée RN Hélène Laporte, élue avec 284 voix dès le premier tour du scrutin, comme son collègue Sébastien Chenu (290 voix). Un grand moment de dépolitisation, surtout, durant lequel l’arithmétique a remplacé les principes. Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance, a souligné que la majorité n’avait pas « à choisir ses oppositions » et qu’elle devait « faire respecter la volonté des Français » qui ont fait entrer 89 député·es RN à l’Assemblée.

Il ne s’agit pas, comme voudraient le faire croire certains, de balayer l’élection de ces élu·es. Encore moins de nier le fait politique que représente leur présence désormais massive dans l’hémicycle. Mais la palette est large entre leur ostracisation et leur notabilisation. « Aucune voix ne doit manquer à la République », avait lancé Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours des législatives. Celles de ses troupes ont contribué à propulser l’extrême droite au sommet de la hiérarchie parlementaire.

Le parti antirépublicain de Marine Le Pen, dont le sinistre projet s’articule autour de la « priorité nationale », s’est ainsi offert une belle place au sein de sa représentation. Fort de cette légitimation, il a dénoncé la « trahison » que constitue, à ses yeux, l’élection du député La France insoumise (LFI) Éric Coquerel à la tête de la commission des finances. Sébastien Chenu, qui s’était visiblement habitué à ce que le compromis devienne compromission, a même parlé de « signal dangereux ».

Une inversion des repères déconcertante

Mardi, à l’ouverture de la XVIe législature, le doyen RN de l’Assemblée, José Gonzalez, a profité de la lumière qui lui était accordée pour faire part de sa nostalgie de l’Algérie française et expliquer qu’il n’était « pas là pour juger pour savoir si l’OAS [Organisation armée secrète] a commis des crimes ou pas ». « J’ai trouvé le discours de José Gonzalez plutôt sobre », a commenté, le lendemain, le président du groupe Horizons, Laurent Marcangeli. En matière de « signal dangereux », il y avait pourtant de quoi s’alarmer.

Mais la semaine passée a prouvé que les haussements d’épaules avaient remplacé les froncements de sourcils. Marine Le Pen a accédé au second tour de l’élection présidentielle pour la deuxième fois consécutive. Son parti a réalisé une performance historique aux législatives. Le RN jouit désormais d’un enracinement puissant dans certains territoires. Ses figures écument les plateaux télévisés matin, midi et soir, mais tout va bien : le règlement interne du Palais-Bourbon a été respecté.

Les repères se sont inversés avec une facilité et une rapidité déconcertantes. Le refus de l’élu insoumis Louis Boyard de serrer la main aux députés d’extrême droite et l’accession de la Nupes à certains postes de l’Assemblée ont suscité autant, sinon davantage, de réactions indignées que les victoires du RN. La rhétorique macroniste consistant à renvoyer dos à dos l’extrême droite et la gauche unie, au nom d’un républicanisme de pacotille, a infusé l’ensemble du spectre politique.

La responsabilité des droites sarkozyste et macroniste

Certains commentateurs se sont joyeusement engouffrés dans la brèche ouverte par le chef de l’État, à l’instar du politologue Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po, qui a constaté, ébahi, que « dans la vie politique française, il y a deux poids, deux mesures ». « L’antifascisme mobilise plus que l’anti-extrémisme de gauche, a-t-il noté sur Public Sénat. On voit bien qu’en France la culpabilité par rapport à ce que l’on perçoit comme étant le fascisme, ça fonctionne encore très bien. »

La chroniqueuse Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, s’est elle aussi dite très « inquiète » de l’élection d’Éric Coquerel à la présidence de la commission des finances, alors que son adversaire d’extrême droite, le député RN Jean-Philippe Tanguy, lui « semblait compétent ». « C’est Robespierre face aux patrons », s’est-elle exclamée dans Valeurs actuelles. Il y a dix ans, Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en affirmant que Marine Le Pen était « compatible avec la République ». Aujourd’hui, c’est dire le contraire qui fait controverse.

Dans la bouche d’Emmanuel Macron, l’antifascisme est devenu le « politiquement correct ». Certains de ses proches, comme le patron du MoDem François Bayrou, n’arrivent même plus à qualifier le RN d’extrême droite. À force de tortiller sur les mots et les principes, par cynisme ou absence de colonne vertébrale, bon nombre de « responsables politiques » ont fini par sombrer dans l’irresponsabilité démocratique.

Ce qui s’est produit cette semaine à l’Assemblée nationale est un précipité de la dernière décennie qui n’augure rien de bon – à toutes fins utiles, rappelons qu’il y aura une nouvelle élection présidentielle dans cinq petites années. Après avoir banalisé les discours et les obsessions de l’extrême droite, la majorité présidentielle participe activement à son institutionnalisation. Au lieu de combattre le RN, elle compose avec.

Les droites sarkozyste et macroniste endossent une lourde responsabilité dans la légitimation du parti de Marine Le Pen, de ses idées et de ses figures. Leurs manœuvres électoralistes et leurs vaines tentatives de triangulation ont imposé le RN comme un parti ordinaire, au mépris des histoires, des cultures et des réalités politiques. Leurs triturations du front républicain ont pavé la voie à l’extrême droite. Leurs coups de boutoir ont explosé son « plafond de verre ».

°°°

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/290622/l-assemblee-le-rn-s-installe-et-lfi-perd-la-partie ?

À l’Assemblée, le RN s’installe et LFI perd la partie

mercredi 29 juin 2022,

Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.

Sous les hauts plafonds du Palais-Bourbon, mercredi 29 juin, tout bouge de minute en minute. Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), fait un arrêt en salle des Quatre-Colonnes. Les journalistes, à qui il tente d’expliquer la cuisine complexe du vote du jour, se grattent la tête : « Tu as compris, toi ? Même La Chaîne parlementaire a renoncé à détailler la journée… » Sur un banc de la cour d’honneur, le communiste Hubert Wulfranc fume une cigarette. « Je me tiens éloigné du bordel », sourit l’élu normand.

Le « bordel » en question, c’est l’élection des 21 membres du bureau de l’Assemblée nationale. Une formalité de gouvernance interne en apparence qui a viré au pugilat politique, ponctué de conclaves stratégiques, de points presse théâtralisés et de tweets indignés. La République en marche (LREM) est « le passe-plat de l’extrême droite à l’Assemblée nationale. La honte, c’est quand ? », a dénoncé l’Insoumis Manuel Bompard.

L’objet du courroux des groupes de gauche : l’élection de deux député·es du Rassemblement national (RN), Hélène Laporte et Sébastien Chenu, parmi les six vice-président·es de l’Assemblée. Un fait inédit dans l’histoire de la Ve République, consécutif à l’élection de 89 député·es RN le 19 juin. Et l’aboutissement d’une journée tumultueuse au Palais-Bourbon, où la logique institutionnelle est venue percuter de plein fouet la logique politique.

C’est cette dichotomie qui a fait capoter, mercredi matin, l’accord qui était en passe d’être trouvé par les président·es de groupe et la nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet [1].
Refus de « l’accord par points »

Pour composer son bureau, l’Assemblée prévoit normalement que chaque groupe possède des points en fonction de son poids dans l’hémicycle. Ces points permettent de répartir les places de vice-présidents, questeurs et secrétaires.

Au gré des discussions, une répartition a été proposée par la majorité relative : parmi les neuf postes les plus courtisés, celle-ci gardait deux vice-présidences sur six et deux postes de questeurs sur trois, le RN obtenait deux vice-présidences et laissait la questure au parti Les Républicains (LR), qui en faisait sa priorité. Et la gauche se contentait de deux vice-présidences, malgré ses vues sur la questure, poste crucial où se gèrent le fonctionnement et le budget de l’institution.

Mais cette tentative d’accord a volé en éclats. Refusant, au nom du « barrage républicain », d’accorder « automatiquement » les deux vice-présidences à des élus du RN, la composante écologiste de la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) a, in extremis, présenté deux candidats à la vice-présidence. N’ayant pas obtenu de poste à la questure alors qu’ils y voyaient déjà Bastien Lachaud, un proche de Jean-Luc Mélenchon, les Insoumis ont eux aussi refusé l’accord par points.

À l’ouverture de la séance, à 15 heures, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet n’a donc pu que constater l’absence d’accord pour la composition du bureau et organiser une série de votes. Le premier concernait les postes de vice-président·es : huit candidat·es en lice, les six qui figuraient dans le projet d’accord, et deux candidatures de dernière minute, celles des écologistes, Sandrine Rousseau et Benjamin Lucas.

Une position dénoncée, salle des Quatre-Colonnes, par le député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy : « Tout le monde a bien voulu s’accorder sauf la Nupes, ils sont retournés à la IIIe République. » Pour lui, ce qui prime est le respect des équilibres de l’Assemblée dans la composition du bureau. Et c’est au nom de ce principe que son parti a soutenu la candidature d’Éric Ciotti au poste de questeur.

Renaissance et LR ont copiné, c’est évident.

Antoine Léaument, député insoumis

À la lecture des résultats, une grande majorité de député·es ont joué la légitimité : les six vice-président·es élu·es sont ceux qui figuraient dans l’accord, avec deux vice-président·es RN, Sébastien Chenu et Hélène Laporte, élus, de fait, par des voix issues d’autres groupes que le groupe d’extrême droite (respectivement 290 et 284 voix). La PS Valérie Rabault (qui devient première vice-présidente) et l’Insoumise Caroline Fiat sont également élues avec 367 voix pour la première et 297 pour la seconde. Les deux derniers vice-présidents sont issus de la majorité : Naïma Moutchou (Horizons, 373 voix) et Elodie Jacquier-Laforge (Démocrate, 373 voix). Sans surprise, Benjamin Lucas et Sandrine Rousseau ont été sèchement battus, ne recueillant respectivement que 32 et 29 voix.

À La France insoumise, où la consigne avait été donnée de mettre dans l’urne un bulletin pour Caroline Fiat et un bulletin pour Valérie Rabault, on dénonce un « arrangement » entre la majorité, la droite et l’extrême droite. « Renaissance et LR ont voté en nombre pour les candidats du RN en échange de quoi le RN n’a pas présenté de candidat à la questure, accuse Antoine Léaument, député insoumis de l’Essonne. Ils ont copiné, c’est évident ! »

Au tour donc de l’élection pour la questure, avec les trois candidat·es de l’accord – deux pour la majorité, un pour LR –, et la candidature supplémentaire de Bastien Lachaud pour LFI. Aux Quatre-Colonnes, Lachaud ne décolère pas : les dés sont, selon lui, pipés et « preuve qu’il y a accord entre la majorité et LR », il n’y a que deux bulletins possibles, l’un portant le nom des trois candidat·es entériné·es le matin même – Marie Guévenoux (Renaissance), Éric Woerth (Renaissance) et Éric Ciotti (LR) –, l’autre avec le seul nom de Bastien Lachaud.

Bis repetita à la vue des résultats : les député·es ont opté pour le respect des négociations du matin, en élisant le triumvirat. Bastien Lachaud a obtenu 158 voix et a donc fait le plein des voix de la Nupes, mais cela n’aura pas suffi à faire pencher la balance. La questure reste entre les mains de la droite.

Une manœuvre à laquelle s’est personnellement employé Éric Ciotti – déjà questeur sous la précédente législature – depuis le début de semaine, allant jusqu’à priver, avec le soutien de son président de groupe, Olivier Marleix, sa collègue Annie Genevard d’une vice-présidence à laquelle elle tenait. Le député des Alpes-Maritimes, élu au Palais-Bourbon depuis quinze ans, côtoiera donc deux anciens collègues LR passés dans les rangs de la majorité.

Du côté de La France insoumise, on n’a toutefois pas dit son dernier mot. Jeudi 30 juin, en fin de matinée, aura lieu le vote de la très prisée présidence de la commission des finances, pour laquelle Éric Coquerel part grand favori, bénéficiant a priori d’une légère supériorité en voix au sein de la commission face au candidat du RN Jean-Philippe Tanguy, et à la députée LR Véronique Louwagie.

À moins que, rompant l’usage en vigueur, le groupe majoritaire, Renaissance, prenne part au vote [2]. Là encore, le suspense risque de durer jusqu’à l’annonce des résultats. Dix jours après le second tour des législatives, et au lendemain de l’élection de la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, le Palais-Bourbon n’en a pas fini avec les turbulences.