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USA : Lois anti-IVG : les médecins américains redoutent des sanctions même en cas de risque pour la mère

vendredi 22 juillet 2022, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/ameriques/risque-pour-la-vie-de-la-mere-la-grande-angoisse-des-medecins-americains-face-aux-lois-anti-ivg?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220720&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D


Lois anti-IVG : les médecins américains redoutent des sanctions même en cas de risque pour la mère

Grand flou

Par Claire Levenson

Photo : Dans les États qui criminalisent l’avortement, lorsque le fœtus est encore en vie et que la patiente n’est pas dans un état critique, certains médecins hésitent à intervenir pour éviter d’être dans l’illégalité.
Karla Ann Coté/Sipa USA/SIPA

Publié le 20/07/2022 à 17:00

Dans la douzaine d’États américains qui interdisent l’avortement, les médecins craignent d’être poursuivis en justice s’ils réalisent des interruptions médicales de grossesse en cas de fausses couches ou de complications obstétricales.

Dans la douzaine d’États américains où l’IVG est actuellement interdite ou fortement restreinte l’avortement n’est légal que si « la vie de la mère est en danger », une formulation vague et sujette à interprétation. Lorsqu’une femme fait une fausse couche, un avortement thérapeutique est souvent réalisé pour éviter une infection. Mais dans les États qui criminalisent l’avortement, lorsque le fœtus est encore en vie et que la patiente n’est pas dans un état critique, certains médecins hésitent à intervenir pour éviter d’être dans l’illégalité.

Depuis que l’arrêt Roe v. Wade qui garantissait le droit à l’avortement a été révoqué par la Cour Suprême le 24 juin, la presse locale a relevé plusieurs cas de ce genre. Dans le Wisconsin, où une loi anti-avortement datant de 1849 est actuellement en vigueur, une femme ayant fait une fausse couche a saigné pendant dix jours alors que l’équipe médicale hésitait à évacuer le fœtus. En Louisiane, un médecin qui traitait une patiente dans une situation similaire a consulté un avocat qui lui a conseillé d’attendre, ce qui a mis la vie de cette femme en danger. Au Texas, où l’avortement après six semaines est interdit depuis septembre dernier, avec des peines allant jusqu’à la prison à vie pour les médecins qui y contreviennent, deux études ont montré que dans plus d’une vingtaine de cas, les médecins ont retardé leurs interventions, augmentant les risques d’infection.

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« Des avocats différents vont évaluer les risques de façons différentes pour diverses questions médicales explique David Cohen, professeur de droit à l’université Drexel en Pennsylvanie. Qu’est-ce qui est considéré comme un risque pour la vie de la mère ? Certains hôpitaux vont accepter de traiter des patients à risque et d’autres diront qu’ils ne peuvent pas le faire. Au niveau des États, les médecins ne savent pas jusqu’où les législateurs et les procureurs vont aller. Il y a beaucoup d’incertitude. »

Même en cas de viol

Dans l’Ohio, où l’avortement est illégal dès que des battements de cœur du fœtus sont détectés, la définition de ce qui constitue un « risque pour la vie de la mère » a récemment fait l’objet de vives controverses après le cas d’une fille de dix ans, victime de viol, qui a obtenu un avortement dans l’État voisin de l’Indiana, où la loi est pour l’instant moins restrictive.

Le président Joe Biden avait cité ce cas comme illustration de la cruauté des lois interdisant l’avortement. Pendant plusieurs jours, des élus conservateurs ont sous-entendu que cette tragédie avait probablement été inventée pour discréditer le mouvement pro-vie. Lorsque le violeur a finalement été arrêté, le ministre de la Justice de l’Ohio a fini par déclarer à la télévision que cette IVG aurait été légale dans son État car cette grossesse était médicalement dangereuse pour une enfant de cet âge. Mais de nombreux médecins et avocats ont rétorqué que cette exception était loin d’être claire, puisque l’Ohio interdit l’avortement même en cas de viol.

« Si cette patiente était venue dans notre hôpital, notre avocat nous aurait dit qu’on ne pouvait pas réaliser d’avortement, explique David Hackney, un obstétricien de l’Ohio spécialiste des grossesses à risques. Nous sommes dans une situation sinistre où on doit déterminer à quel âge une grossesse pose un danger physique suffisant pour qu’un avortement soit considéré comme légal. Est-ce 11, 12, 13 ou 14 ans ? Et nous savons que le traumatisme psychologique n’est pas pris en compte par la loi. »

Instabilité totale

Les opposants à l’avortement tentent de défendre leur position en arguant que pour les enfants et en cas d’urgence, les procédures d’interruption de grossesse sont légales. Mais ce n’est pas l’avis de tous les représentants du mouvement pro-vie. L’avocat anti-IVG James Bopp a récemment déclaré au sujet de la fillette de l’Ohio que « comme les nombreuses femmes qui ont eu des enfants résultants de viols, nous espérons qu’elle aurait compris la raison et le bénéfice d’avoir cet enfant. » En règle générale, les réponses des autorités locales sont loin d’être claires. L’administration Biden a récemment rappelé que la loi fédérale protégeait les professionnels de santé qui pratiquent des IVG en cas d’urgence, mais le ministre de la Justice du Texas a aussitôt porté plainte, accusant le gouvernement de tenter « d’utiliser la loi fédérale pour transformer toutes les urgences du pays en cliniques d’avortement ».

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Au-delà de la question du risque pour la vie de la mère, David Hackney explique que la nouvelle loi l’empêche de faire une partie cruciale de son travail. Lorsqu’une patiente porte un fœtus avec une anomalie génétique grave, il ne pourra plus proposer d’avortement, forçant ainsi la femme à continuer une grossesse traumatisante ou à trouver un médecin dans un autre État, ce qui peut s’avérer coûteux. « Même dans des cas où il n’y a pas de cerveau, la loi ne fait aucune exception. C’est terrible. Ce n’est absolument pas justifié, surtout en cas de problème létal pour le fœtus. »

Dans plusieurs États, les pro-avortements intentent des procès afin de prouver que ces lois imposent des contraintes qui sont en contradiction avec les Constitutions des États, qui protègent les droits individuels et l’autonomie des personnes. Ces batailles juridiques créent une situation d’instabilité totale, avec des interdictions de l’avortement qui sont en vigueur, puis temporairement suspendues avant d’être de nouveau validées si un juge le décide. Cette incertitude sera renforcée à chaque cycle électoral. L’ajout d’un ou deux démocrates ou républicains dans une assemblée locale ou l’élection d’un nouveau gouverneur seront autant d’éléments qui modifieront à nouveau la situation, et changeront la façon dont les médecins exercent leur métier.