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Tunisie : àla faculté de la Manouba, ’Une rude et terrible journée’

samedi 28 janvier 2012, par siawi3

Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 24 janvier 2012)

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, jamais ceux qui les font. Les enseignants de la Faculté des lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba (FLAHM) l’ont vérifié ce matin au moment du démarrage des examens et leurs doutes quant àla crédibilité des promesses ministérielles se sont avérés fondés. Aucun des engagements pris par les autorités n’a été honoré. C’est le constat amer fait par les professeurs surveillants, par le service d’ordre composé de fonctionnaires et d’ouvriers appartenant àl’institution et aux établissements voisins et renforcé par des collègues àla retraite, par les anciens doyens venus soutenir leur faculté dans la dure épreuve qu’elle traverse. Ni la promesse de la protéger par un dispositif de sécurité dissuasif aussi bien pour les personnes étrangères que pour les étudiants non concernés par les épreuves de la journée, ni celle d’obliger les sit-ineurs àl’évacuer n’ont été tenues pour des raisons obscures. C’est ce qui explique chez les sit-ineurs l’arrogance qu’ils ont affiché ce matin lorsque les différents cordons de sécurité chargés de l’ordre se sont déployés devant les départements, les amphithéâtres et les locaux des deux bibliothèques pour prévenir toute irruption des sit-ineurs dans ces espaces. Voyant le brassard rouge arboré par les enseignants pour dénoncer les violences subies par les universitaires depuis deux mois, ils ont tenté vainement de les provoquer :
- Mais pourquoi portent-ils le brassard ? Que Dieu les maudisse ! dit l’un.
- Qu’ils aillent en enfer ! renchérit l’autre.

Vers neuf heures, appelés en renfort par une étudiante qui a tenu coà»te que coà»te àpasser l’épreuve sans se découvrir le visage, ils se sont dirigés vers le bâtiment abritant le département d’arabe et ont abreuvé d’injures les membres du cordon de sécurité placé devant ce pavillon, puis ils les ont menacés de mort ou d’égorgement. Un jeune chômeur, après avoir proféré des menaces de mort il y a une quinzaine de jours àl’encontre de la directrice d’un département, récidive et s’adressant àdeux collègues qui ont tenté de le calmer, leur dit :

- A la faculté, nous organisons des sit-in mais àl’extérieur, nous tuons et nous égorgeons. Vous ne pourrez pas nous échapper, puisque nous vous filmons !

Puis après avoir vainement tenté avec les autres membres du groupe des sit-ineurs de forcer l’entrée du bâtiment, il brise avec son brodequin le vitrage de la porte en aluminium pour essayer d’imposer le passage de deux étudiantes portant le niqàb. L’un des bris de verre tranchants touche au visage monsieur Slah Torkhani, fonctionnaire au service des publications. La plaie profonde au menton, qui en a résulté, a nécessité quatre points de suture.

Les sit-ineurs appellent ensuite des renforts de l’extérieur qui arrivent mais ils ne peuvent forcer la porte principale de la faculté en raison de la résistance héroïque du service d’ordre. Un jeune escalade la porte et tombe sans gravité. Pris par ce qui semble une crise d’épilepsie, il est transporté aux urgences pour être soigné.

Mis hors d’état de nuire grâce àla vigilance des enseignants et leur acharnement àassurer le déroulement des examens, les sit-ineurs ne trouvent pas mieux, dans une nouvelle escalade, que d’occuper ànouveau le bâtiment qui abrite l’administration centrale et le bureau du doyen. Mais ayant constaté que les étudiantes portant le niqàb n’ont pas pu passer les épreuves de la matinée, ils n’essayent plus pendant l’après-midi d’imposer leur présence dans les salles d’examen.

Cette terrible journée vécue par les enseignants de la Manouba leur a permis de prouver àl’opinion publique et aux autorités qu’ils sont prêts àtous les sacrifices pour que leurs 8000 étudiants qui sont leurs enfants puissent passer leurs examens et qu’ils sont intransigeants quand on veut leur confisquer leurs prérogatives. Grâce au dévouement de l’ensemble du personnel prêt àbraver le danger, nos étudiants ont pu passer leurs examens sans avoir été inquiétés et ils ne se sont même pas rendu compte des incidents qui ont émaillé la journée.

Il faut des nerfs d’acier et un calme olympien pour pouvoir supporter de pareilles épreuves. Mais les enseignants ne sont pas prêts àrevivre la tension qui a caractérisé cette journée de démarrage. Ils sont certes décidés àbraver les difficultés mais àl’impossible nul n’est tenu. C’est la conclusion qui ressort des débats qui ont eu lieu pendant l’assemblée générale syndicale tenue aujourd’hui pendant la pause, entre les deux séances d’examen de la journée. C’est pourquoi les enseignants ont réitéré les exigences formulées et les avertissements lancés lors des précédentes réunions.

Les contacts entre le secrétaire général de l’UGTT et le premier ministre d’une part et les démarches directes entreprises par le doyen auprès du ministre de l’intérieur ajoutés àla pression syndicale d’autre part, ont permis de lever le sit-in àdix huit heures, pour la troisième fois en l’espace de dix huit jours. Mais cette mesure sera inefficace si elle n’est pas accompagnée de la protection des environs de la faculté par un dispositif de sécurité àmême d’empêcher les fauteurs en eau trouble de s’y introduire dans le but de perturber les examens. Le communiqué du président de la république dénonçant les actes de violence qui ont émaillé le déroulement de la première journée ainsi que son appel àfaire respecter le règlement intérieur de la faculté augure-t-il de la prise de ce genre de décisions ou bien s’agit-il de sa part d’une simple déclaration de principe et de vÅ“ux pieux puisque la gestion du dossier de l’éducation ne fait pas partie de ses prérogatives ? Nous le saurons pendant les prochaines heures lorsque les enseignants de la Manouba rejoindront leur faculté pour y assurer une deuxième journée de surveillance.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.

Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)