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Turquie : une affaire de mariage forcé d’une enfant de six ans, repose la question du poids des communautés religieuses

samedi 17 décembre 2022, par siawi3

Source : https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20221216-turquie-une-affaire-de-mariage-forc%C3%A9-d-une-enfant-de-six-ans-repose-la-question-du-poids-des-communaut%C3%A9s-religieuses

Turquie : une affaire de mariage forcé d’une enfant de six ans, repose la question du poids des communautés religieuses

Publié le : 16/12/2022 - 12:34

Image : Juin 2020, dans le centre d’Istanbul. Il existe en Turquie des cas de mariages forcés et la récente affaire de cette jeune femme mariée à l’âge de 6 ans a défrayé la chronique. Son père et son ex-mari ont été condamnés. AFP - YASIN AKGUL

Anne Andlauer

Depuis plusieurs jours, un scandale d’abus sexuels sur mineure choque et émeut la Turquie. Une jeune femme a porté plainte contre ses parents. Elle les accuse de l’avoir mariée de force à l’âge de 6 ans.

de notre correspondante à Istanbul,

C’est l’histoire d’une fillette devenue une jeune femme de 24 ans, connue seulement sous ses initiales : H. K. G. Elle est la fille du dirigeant d’une fondation islamique, la Hiranur Vakfı, liée à l’une des plus influentes communautés religieuses de Turquie, la communauté İsmailağa. Si l’on connaît son histoire, c’est parce que dans une plainte déposée en novembre 2020, elle accuse ses parents, en particulier son père, de l’avoir mariée religieusement de force à l’âge de 6 ans avec un homme de 29 ans – un membre de cette communauté – qui l’aurait violée dès le début et tout au long de leur mariage.

Il s’agit là d’un des nombreux détails sordides que contient l’acte d’accusation finalisé seulement en octobre, et qu’a révélé récemment le journaliste Timur Soykan du quotidien Birgün. L’accusation contient des preuves, notamment des photos et des enregistrements de conversations entre la plaignante et son mari. Le procureur a requis près de 68 ans de prison contre ce dernier, et 22 ans contre les parents.

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Les signaux loupés par les autorités

Si le mariage n’a été célébré officiellement qu’aux 18 ans de la jeune femme, des signaux auraient dû alerter les autorités quand elle était encore enfant. La victime a notamment consulté un gynécologue à l’hôpital public à l’âge de 14 ans, sa mère avait alors indiqué que sa fille était mariée, ce qui est illégal à cet âge. La police a été informée, une enquête a été ouverte, mais la famille s’est arrangée pour faire passer le test osseux (celui pour déterminer l’âge de l’adolescente) à une femme de 21 ans, et le dossier a été classé sans suite.

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Désormais, la victime vit loin de sa famille. Elle a obtenu le divorce et attend l’ouverture du procès en janvier. Sur pression de l’opinion publique, l’ex-mari et le père ont été emprisonnés, le jeudi 15 décembre 2022.

Débat relancé autour des communautés religieuses et leur liens avec le pouvoir

La communauté İsmailağa, dont le père de la victime est un membre important, est l’une des principales communautés musulmanes de Turquie. Des études universitaires estiment que plus de 2 millions de Turcs entretiendraient des liens avec une de ces communautés – qu’ils s’impliquent directement dans ses activités, ou qu’ils se contentent de se rendre dans une mosquée liée à une communauté et d’y nouer des relations sociales.

Depuis un siècle, celles-ci ont connu des sorts divers, à commencer par leur interdiction pure et simple aux débuts de la République laïque en 1925 – qui est toujours censée être en vigueur. Mais il est indéniable que depuis l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (l’AKP) de Recep Tayyip Erdoğan en 2002, ces communautés bénéficient de la bienveillance des autorités. Aux dernières élections, certaines ont appelé leurs fidèles à voter pour l’actuel président, qui a rendu visite à leurs dirigeants. L’opposition accuse le pouvoir de ne prendre aucune mesure pour protéger les mineurs confiés à ces groupes religieux par leurs parents.

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Malgré d’autres scandales récents – scandales d’abus sexuels dans des cours de Coran ou d’incendies meurtriers dans des pensionnats appartenant à ces communautés – elles ont toujours été largement épargnées par la justice. Enfin, depuis le coup d’État manqué de juillet 2016, elles sont soupçonnées d’avoir profité des purges massives dans la fonction publique pour y installer leurs fidèles. Dans la foulée du dernier scandale, les appels à interdire définitivement ces communautés se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux.

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