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Iran : « Ne pleurez pas, ne lisez pas le Coran » : les derniers mots d’un condamné à mort en Iran

samedi 17 décembre 2022, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/monde/iran/ne-pleurez-pas-ne-lisez-pas-le-coran-les-derniers-mots-d-un-condamne-a-mort-en-iran-edfbe950-7c98-11ed-9ce8-d142ab264f7c

Iran

« Ne pleurez pas, ne lisez pas le Coran » : les derniers mots d’un condamné à mort en Iran

Majidreza Rahnavard, 23 ans, a été pendu en public lundi 12 décembre 2022, dans la ville de Mashhad, en Iran. Il a été reconnu coupable d’avoir « mené une guerre contre Dieu » après avoir été accusé d’avoir poignardé à mort deux membres de l’aile paramilitaire des Gardiens de la révolution, la Basij. Son exécution fait craindre une aggravation de la répression dans le pays.

Image : Majid Reza Rahnavard a été condamné à mort par un tribunal de la ville de Machhad, dans le nord-est du pays, pour avoir tué deux membres des forces de sécurité. | AFP

Ouest-France

Publié le 15/12/2022 à 19h05

« Ne pleurez pas, ne lisez pas le Coran, ne priez pas. Soyez joyeux et écoutez de la musique. » Majid Reza Rahnavard, condamné à mort par un tribunal de la ville de Machhad, dans le nord-est de l’Iran, s’est adressé à sa famille juste avant sa pendaison publique, lundi 12 décembre 2022.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter par un journaliste de Franceinfo, le jeune homme transmet avec un calme étonnant ses dernières volontés pour son enterrement.

Une exécution liée à la vague de contestations en Iran

L’homme âgé de 24 ans avait été condamné à mort pour avoir mortellement poignardé deux membres des forces de sécurité. Selon l’agence semi-officielle Fars, Majid Reza Rahnavard a tué deux miliciens de La Basij et en a blessé quatre autres. La milice Basij est une force paramilitaire constituée de volontaires et qui dépend du corps d’élite des Gardiens de la révolution. Elle est en première ligne dans la répression de la vague de contestation qui secoue actuellement le pays.

Il s’agit de la deuxième exécution liée aux contestations, après la pendaison jeudi dernier de Mohsen Shekari, un homme de 23 ans reconnu coupable « d’inimitié à l’égard de Dieu » et d’avoir attaqué et blessé un paramilitaire, qui avait suscité l’indignation de pays occidentaux.

Selon le collectif militant d’opposition au régime 1500tasvir, la famille de Rahnavard n’était pas au courant qu’il allait être exécuté et ils ont reçu un appel téléphonique le matin de l’exécution, leur disant : « Nous avons tué votre fils et enterré son corps au cimetière de Behesht-e Reza. »

Les militants des droits de l’Homme dénoncent une justice expéditive

Contrairement à Mohsen Shekari, exécuté dans le plus grand secret, Majid Reza Rahnavard a été mis à mort sur la place publique. Les médias d’État sont allés jusqu’à diffuser les images du corps inanimé du jeune homme, pendu au bout d’une corde attachée à une grue.

« Cette mise à mort se veut une illustration brutale que le régime est prêt à tuer et il veut le faire savoir », a confié à France 24 Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, en Norvège.

Des mises à mort qui seraient l’aboutissement de procès expéditifs dans lesquels les droits de la défense ne sont pas respectés. Pour l’avocat franco-iranien Hirbod Dehghani-Azar, cité par France 24, les autorités créent de fausses accusations de toutes pièces : « On force les accusés, sous la torture, à avouer des faits qu’ils n’ont pas commis et qui permettent de les juger pour inimitié à l’égard de Dieu ou corruption sur la Terre, explique-t-il. Ces deux concepts, très vagues, laissent une très grande marge de manœuvre aux juges. Considérés comme des lois d’exception, ils permettent de condamner à mort dans des procès expéditifs à huis clos, en privant les accusés d’avocat ou de témoins. »

La justice iranienne affirme avoir condamné à mort au total onze personnes en lien avec les récentes manifestations. Des défenseurs des droits humains assurent qu’une dizaine d’autres personnes risquent la peine de mort. « Pas de procédure régulière. Des procès fictifs. C’est comme ça qu’ils veulent arrêter les manifestations à l’échelle nationale », souligne Omid Memarian, analyste de l’Iran pour l’organisation militante américaine Democracy for the Arab world now, auprès de l’AFP.

Une vague de contestations inédite

Entre autres condamnés à la peine capitale, le rappeur Saman Seyedi, 24 ans, de la minorité kurde d’Iran. Sur les réseaux sociaux, sa mère a plaidé pour qu’il ait la vie sauve, clamant dans une vidéo : « Mon fils est un artiste, pas un émeutier. » Et soulignant qu’ils « avaient renvoyé l’avocat de [son] fils ».

Depuis ses débuts en 1979, la République islamique d’Iran a été régulièrement secouée par des contestations ponctuelles. Mais cette crise, qui a émergé en Iran mi-septembre, dans le sillage de la mort de Mahsa Amini après son arrestation pour avoir porté un voile non réglementaire, est inédite par sa durée, sa popularité à travers tous les territoires et les groupes ethniques, ainsi que par les appels directs à la fin du régime.