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Israël se mobilise contre l’exclusion des femmes

Thursday 9 February 2012, by siawi3

Nathalie Hamou

Mercredi 1 février 2012

Source: http://www.cclj.be/article/2/2742

C’est un fait : en Israël, sous la pression des extrémistes religieux, les tentatives d’exclusion des femmes de l’espace public ne cessent de se multiplier. Retour sur cette montée en puissance des ultra-orthodoxes et les conséquences au quotidien de leurs revendications. Avec pour résultat, l’union des laïques et des religieux contre la ségrégation sexuelle.

Il y a d’abord eu la disparition progressive des visages de femmes des affiches publicitaires placardées dans les rues de Jérusalem. Puis, toujours au nom de la halakha(la loi juive), les affairesde séparation entre sexes dans les rangs de l’armée israélienne, avec le refus de cadets religieux d’assister àune cérémonie militaire accompagnée par une chorale mixte ou la mise àl’écart de soldates, sommées de danser àcinquante mètres des hommes, lors d’un événement organisé par Tsahal lors des dernières fêtes de Simha Torah. Ensuite, les incidents enregistrés dans les cimetières, où des femmes endeuillées se sont vu refuser le droit de prononcer des oraisons funèbres. Il y a eu encore la promotion de spectacles de cirque « sans artistes au féminin » pour ne pas choquer le public religieux, une option que le maire d’une banlieue de Tel-Aviv a préféré décliner...

Pour le maintien du pluralisme

Avec la montée en puissance des ultra-orthodoxes, qui représentent environ 10% de la population nationale (20% de celle de Jérusalem), cette percée de l’extrémisme ne concerne plus les seuls quartiers où résident les « hommes en noir », elle s’étend de façon inédite àl’ensemble de la sphère publique (lire interview ci-contre). Et crée des dissensions au sein du monde haredi... En témoignent les incidents qui ont secoué la communauté ultra-orthodoxe ces dernières semaines. Deux femmes ont défrayé la chronique -Yocheved Horowitz, une religieuse de 51 ans, et l’étudiante d’Ashdod, Tanya Rosenblit- pour avoir refusé de prendre place àl’arrière d’une ligne de bus « casher » où la ségrégation sexuelle est entrée dans les mœurs. Point d’orgue de ces affaires d’intolérance, la mésaventure subie par Naa’ma Margolis, une fillette de Beit Shemesh, l’un des bastions ultra-orthodoxes. Après s’être fait insulter et cracher dessus par des extrémistes pour cause de « tenue immodeste » sur le chemin de son école religieuse, cette écolière de 8 ans a dénoncé l’agressivité des « gens méchants » devant les caméras de télévision. Ses déclarations ont provoqué des heurts entre policiers et manifestants ultra-orthodoxes, ainsi qu’un rassemblement du camp laïque...

Car la société israélienne a commencé àréagir àcette poussée de fanatisme. « Voilàdéjàplusieurs années que le monde associatif livre bataille contre l’exclusion des femmes de l’espace public, plus particulièrement àJérusalem », rapporte la journaliste Tamar Rotem, qui couvre la communauté ultra-orthodoxe pour le quotidien Haaretz.« Mais c’est seulement ces derniers mois que le cri d’alarme des associations a été entendu, et que les gens se sont mobilisés ». Une poignée d’organismes sont àla pointe du combat. A commencer par Yerushalmim, fondéeen 2009, l’une des rares associations àbut non lucratif àfédérer des résidents laïques et religieux (se réclamant d’un judaïsme libéral, traditionnel ou
orthodoxe) dans cette bataille contre la ségrégation sexuelle. « Nous œuvrons pour le maintien du pluralisme et la diversité dans notre ville », résume l’un de ses leaders, le rabbin (de la mouvance conservative) Uri Ayalon. L’association est notamment parvenue àconvaincre certains annonceurs de ne pas céder aux « hommes en noir », àl’image d’Adi, un organisme pour le don d’organes, qui avait renoncé àmontrer des visages de femmes dans le cadre d’une campagne publicitaire prévue sur les bus de la ville sainte, avant de rectifier le tir.

Voyageuses activistes

De son côté, l’association Free Israela mis en place des « rondes de voyageuses activistes ». But de la manœuvre : faire assoir des femmes àl’avant des bus des lignes dites « Mehadrin » qui desservent Jérusalem, Ashdod ou Petah Tikva. Une façon de rappeler que les décisions de la Cour suprême -qui a frappé d’illégalité les lignes de bus pratiquant la ségrégation sexuelle- sont ignorées. Enfin, le 11 novembre 2011, un nouveau mode de contestation a vu le jour : la manifestation vocale... Suite àl’appel d’une jeune résidente de Tel-Aviv, des tours de chant ont été organisés dans les rues des principales villes du pays. Au programme, le meilleur du répertoire national composé par des femmes, pour protester contre les tentatives de boycott des cérémonies prévoyant des chorales mixtes, ou du chant féminin... La création d’un comité interministériel sur la question des femmes, sous la direction de Limor Livnat, montre que la classe politique a pris la mesure du phénomène. Pour l’ex-ministre de l’Education, Amnon Rubinstein, l’enjeu est de taille : « Les tentatives d’exclusion des femmes de l’espace public constituent, ni plus ni moins, une offensive contre les bases du sionisme ».

« Le monde ultra-orthodoxe s’ouvre àla modernité »

Chercheur israélien, Yair Sheleg explore les liens entre religion et Etat au sein de l’Institut pour la démocratie israélienne de Jérusalem. Il nous livre son analyse de la situation.

Comment expliquez-vous la récente prolifération d’incidents autour de l’exclusion des femmes ? Est-ce la marque de changements de fond au sein de la société israélienne ?

Cette série d’incidents résulte d’une multitude de facteurs. D’abord, la population haredi et les ultra-orthodoxes patriotes (ceux qui servent dans les rangs de Tsahal) ont le sentiment que leur poids sur le plan national est suffisamment important pour ne pas avoir àlaisser aux seuls laïques le soin de façonner l’espace public. Ils veulent aussi être associés àson élaboration, influencer les normes dominantes, tant dans le domaine civil que dans l’armée. Ensuite, on assiste àune radicalisation du public sioniste religieux depuis le désengagement de la bande de Gaza. Enfin, les laïques ont également changé : la permissivité du monde séculier est plus forte que par le passé, et il est possible que cette évolution soit àla source des réactions protestataires qui ont fait la Une des journaux.

En quoi le renforcement de la coercition religieuse est-il nouveau ?

La situation est nouvelle, car le phéno-mène d’exclusiondes femmes ne se limite plus au monde interne des religieux, il s’étend àl’ensemble de la société israélienne compte tenu de la motivation accrue des religieux àimposer leurs vues. La séparation entre les sexes était pratiquée depuis longtemps dans le monde haredi; mais c’est parce que cette problématique concerne désormais la sphère publique dans son ensemble qu’elle a provoqué une vaste polémique àl’échelle nationale.

La révolte de certaines femmes ultra-orthodoxes n’illustre-t-elle pas aussi un processus de modernisation du secteur haredi ?

Tout àfait. Mais c’est justement un autre paradoxe àsouligner : l’irruption d’affaires d’exclusion des femmes intervient au moment précis où le monde ultra-orthodoxe s’ouvre àla modernité : une partie des « hommes en noir » se mettent sur le marché du travail, font l’armée. Se sentant menacée de l’intérieur, la population haredi se voit donc dans l’obligation de tracer des lignes jaunes àne pas franchir, de rappeler au monde orthodoxe les normes qui lui sont propres.

L’exclusion des femmes est en train de devenir un sujet chaud dans l’arène politique. Qui va tirer profit de cette bataille ?

A court terme, les gagnants se trouvent du côté des laïques idéologiques, ceux qui partent en guerre contre la coercition religieuse, car le thème de l’exclusion des femmes est très fédérateur. Nouvel entrant dans l’arène politique, Yaïr Lapid, par exemple, devrait être le premier àrécolter les fruits de cette bataille, car malgré d’importantes différences avec Tommy Lapid (ndlr: ex-leader du parti Shinouï), il est perçu comme le continuateur du travail de son père, connu pour son hostilité aux haredim. Mais les partis religieux devraient également sortir renforcés par cette polémique. Tant que les ultra-orthodoxes se sentiront attaqués par le public laïque, ils auront tendance àse souder autour de leurs leaders.