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Allemagne: Berlin, nouvelle terre d’exil des jeunes Israéliens

Tuesday 6 March 2012, by siawi3

- Source: Centre communautaire laïc juif de Belgique.
- http://www.cclj.be/article/3/2881
- Mardi 6 mars 2012

Paul Achilli

Berlin, métropole tolérante et branchée, attire toujours plus d’Israéliens. Ils seraient entre 3.000 et 6.000 às’être installés dans l’ancienne capitale du IIIe Reich. Loin des démons du passé, ils s’inventent une nouvelle vie en Allemagne.

Il a quitté Tel-Aviv sur un coup de foudre. C’était il y a sept ans et depuis, Aviv Netter est chez lui àBerlin. « Je suis tout de suite tombé amoureux de la ville et de sa vie nocturne : rien àvoir avec New York », raconte-t-il au magazine Tip. Aujourd’hui, les soirées « Meschugge » (cinglées) qu’il organise une fois par mois dans un club branché sont devenues une institution de la nuit berlinoise. On y danse jusqu’àl’aube sous des fanions aux couleurs d’Israël et sur un mélange de tubes israéliens, de pop orientale et de variété. Le jeune DJ de 27 ans entend montrer aux Berlinois un autre visage de son pays, loin des ultra-religieux et du conflit israélo-palestinien. C’est pour cette raison qu’il a donné un surnom volontairement provocateur àses fêtes : « The Unkosher Jewish Queer Night ».

Ironie de l’histoire, ces soirées ont lieu dans le quartier de Mitte, làmême où vécut sa grand-mère, avant de rejoindre la Palestine après la guerre. Pour la famille Netter, l’Allemagne a toujours été un tabou et aujourd’hui, le père d’Aviv a beaucoup de mal àaccepter que son fils ait choisi d’effectuer le chemin en sens inverse : « Quand je lui ai dit que je déménageais àBerlin, il a cru que j’étais devenu fou », raconte Aviv. Mais le jeune homme ne veut pas s’encombrer du poids de l’histoire. Son associé, un Allemand d’une trentaine d’années, est d’ailleurs le petit-fils d’un ancien officier nazi de haut rang.

La renaissance d’une communauté

Comme Aviv, on estime qu’ils seraient entre 3.000 et 6.000 Israéliens às’être établis durablement àBerlin. Leur nombre a doublé entre 1999 et 2009. Et cela n’est rien, comparé aux 48.000 touristes israéliens qui ont visité la capitale allemande l’an dernier, faisant de Berlin l’une des destinations préférées des Israéliens en Europe, devant Prague ou Barcelone. Après les Américains, ils sont même devenus les visiteurs non européens les plus nombreux dans les rues de l’ancienne capitale du IIIe Reich.

Beaucoup viennent pour faire la fête, àtel point que Berlin a été rebaptisé « Tel-Aviv sur Spree », du nom de la rivière qui traverse Berlin. Mais pas seulement.

Aviv Russ a quitté Haïfa il y a six ans. Aujourd’hui, il anime une émission de radio hebdomadaire : « Kol Berlin », la voix de Berlin. Et à34 ans, il ne se voit pas vivre ailleurs. « Bien sûr àBerlin, le passé est partout : tu vas boire un café avec tes amis et devant le bar il y a un Stolpersteine[un “pavé de la mémoire†qui est encastré dans le sol des rues publiques devant les maisons ou immeubles où résidaient les personnes déportées, NDLR]. Tu vas voir un film àla Potsdamer Platz et tu passes en bus devant le mémorial de l’Holocauste... », explique-t-il àla télévision allemande. « Mais la vie continue et je trouve qu’il y a ici un équilibre parfait entre passé et présent ». Dans son émission, il alterne les séquences en hébreu et en allemand. Le jeune homme est un peu le trait d’union entre les deux cultures. « Ça intéresse les Allemands de savoir que la communauté juive se reconstruit ici, qu’elle est heureuse et qu’elle a un avenir àBerlin. Dans notre émission, on essaye de présenter des personnalités israéliennes qui vivent àBerlin », souligne-t-il. « Pour autant, l’Allemagne reste l’Allemagne : en Israël, quand tu parles de Berlin on te répond souvent Shoah, nazis, etc. Mais après six années passées ici, je sais que l’Allemagne ne se résume pas àdouze années de régime nazi. C’est bien plus que ça : une langue, une culture et surtout une nouvelle vie pour moi ».

Entre 500.000 et 600.000 Juifs vivaientoutre-Rhin avant la prise de pouvoir par Hitler en 1933. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la communauté est quasiment anéantie, avec àpeine 15.000 personnes. Aujourd’hui, alors que l’Allemagne commémore les soixante-dix ans de la conférence de Wannsee où fut décidée la Solution finale, elle vit une véritable renaissance. Forte de 200.000 membres, elle est même en pleine croissance, cas unique en Europe.

A Berlin, capitale ouverte et tolérante, souvent comparée àune New York européenne, on ne compte plus les symboles de ce renouveau. Il y a deux ans, une femme y a été ordonnée rabbin, pour la première fois depuis 1935. En 2007, c’est la grande synagogue de Prenzlauer Berg, détruite pendant la Nuit de Cristal, qui rouvrait ses portes.

Début février, c’était au tour de l’ancienne école juive de filles. Fermé par les nazis il y a soixante-dix ans, ce vaste complexe de 3.300 m², situé en plein cœur du Berlin branché, a été transformé en centre culturel, avec trois galeries d’art et deux restaurants, dont l’un casher.

Un projet mené en étroite collaboration avec les responsables de la communauté juive de Berlin, qui « voulait que ce lieu soit ànouveau rempli de vie », détaille le responsable Michael Fuchs, qui a investi quelque cinq millions d’euros pour rénover le bâtiment.

Un amour difficile

« Le monde doit savoir que Hitler n’a pas eu le dernier mot. L’histoire juive allemande est vieille de 2.000 ans, et elle ne s’est pas arrêtée parce que les nazis en ont décidé ainsi », se félicite Rafael Seligman, cité par le quotidien berlinois BZ. Ce journaliste est l’un des autres symboles de la renaissance de la communauté juive d’Allemagne.

Au début de l’année, il a lancé The Jewish Voice from Germany, un trimestriel tiré à30.000 exemplaires et distribué dans le monde entier. Avec un objectif : expliquer àla Diaspora que l’Allemagne est un pays où il fait bon vivre. Pendant longtemps Rafael Seligman a pourtant pensé le contraire et reconnaît s’être senti « immensément triste » dans ce pays qui l’a vu naître il y a 67 ans. « Aimer l’Allemagne me semblait difficile pour ne pas dire impossible », confie-t-il. Le journaliste n’a rien oublié de cette l’Allemagne d’après guerre, encore rongée par l’antisémitisme. Il raconte comment son professeur d’histoire évoquait Hitler comme « un bond soldat qui s’est battu pour son pays », ou encore les parents de sa petite amie allemande, qui désapprouvaient cette liaison au motif qu’elle « entachait » la pureté de la race allemande.

Des temps révolus aujourd’hui. Selon lui, la grande différence réside notamment dans l’attitude de la nouvelle générationde Juifs allemands qui ne se définit plus en tant que victime. « Il leur est plus facile de s’exprimer qu’il y a une vingtaine d’années », explique-t-il.

Oliver Polak en est la parfaite illustration. A 36 ans, cet humoriste au verbe décapant est l’un des nouveaux visages de la communauté juive d’Allemagne. Avec son one-man-show « Juif àla sauce aigre-douce », il est le seul comique àfaire de l’humour explicitement juif et àoser des blagues sur la Shoah. Extrait : « Monsieur Polak, vous êtes juif ? Ça, c’est intéressant ! Est-ce qu’on peut en vivre ? – Oui, oui, on en vit même très bien : il n’y a plus àpartager avec autant de monde ». La salle est conquise, même si les rires sont parfois un peu jaunes. « J’ai l’impression que beaucoup de gens ne se sont pas confrontés àl’histoire […] donc parfois ça dérange », raconte-t-il au micro d’Arte.

Quoi qu’il en soit, ce fils d’un survivant de la Shoah connaît un immense succès, notamment grâce àson livre J’ai le droit de faire cela, je suis juif, sur la couverture duquel il pose àcôté d’un berger allemand, casquette de la Wehrmacht vissée sur la tête et étoile de David autour du cou...

Qu’on apprécie ou non son humour provoc’, Oliver Polak est emblématique de cette nouvelle génération qui « donne une image positive du judaïsme », comme l’écrit Die Zeit. Ce que les organisations juives et le Conseil central avaient omis de faire, « en mettant en garde contre l’antisémitisme, le néonazisme et l’antisionisme », poursuit l’hebdomadaire. « Les réponses aux nouvelles questions ne viendront plus uniquement du Conseil central. Elles ne viendront pas non plus de la poignée de journalistes qui, aujourd’hui encore, dicte le débat judéo-germanique. Une nouvelle génération prend la parole ».

Plus d’infos www.jg-berlin.org - Pour s’abonner àla newsletter (hébreu-allemand) et participer aux rencontres mensuelles des Israéliens de Berlin, contacter Ilan Weiss : Versicherungen ilanweiss.de

L’antisémitisme hante encore l’Allemagne

Soixante-dix ans après la conférence de Wannsee, l’Allemagne n’en a peut-être pas tout àfait fini avec ses vieux démons. Selon un rapport d’experts commandé par le Bundestag et dont les résultats ont été présentés fin janvier, un Allemand sur cinq serait un « antisémite latent ».

De fait, l’antisémitisme serait largement ancré dans la société allemande et se manifesterait bien au-delàdes cercles d’extrême droite ou islamistes.

Peter Longerich, professeur d’histoire et rapporteur de l’étude, explique que « l’antisémitisme en Allemagne est basé sur des clichés aux racines profondes et sur une vraie ignorance àpropos de tout ce qui concerne les Juifs et le judaïsme ». Des slogans anti-juifs fleurissent, par exemple, dans les stades de foot, relèvent les experts qui ont débuté leur enquête en 2009.

Toujours selon cette étude, en comparaison avec ses voisins, l’Allemagne se situerait plutôt dans la moyenne européenne. La propension àl’antisémitisme étant plus forte en Pologne, en Hongrie ou au Portugal.