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Le Liban sera exposé tant que son système politique basé sur le confessionnalisme n’aura pas été réformé.

par May Maalouf Monneau (dans Liberation, 7 aoà»t 2006)

mercredi 11 avril 2007

Pendant la guerre de 1975-1990, chaque communauté du Liban a tenté d’avoir sa « période de gloire » dans la quête générale du pouvoir : les chrétiens en se rapprochant d’Israë l, les sunnites et les druzes en défendant la cause palestinienne. Engagée en politique dans les années 80, c’est la communauté chiite, de concert avec l’Iran, qui mène aujourd’hui la guerre contre Israë l. Ainsi, l’une des causes primordiales de l’utilisation du Liban comme plateforme aux conflits qui lui sont extérieurs, reste liée àsa fragilité interne. La crise actuelle montre, une fois de plus, la caducité du confessionnalisme politique libanais. Si, pour des raisons historiques et géopolitiques précises, ce modèle a été instauré au lendemain de l’indépendance du pays en novembre 1943, force est de constater que l’équation politique/confession demande une réforme impérieuse. Le Liban est exposé àun éternel retour àla guerre, tant que ce mode de gestion politique n’a pas fait appel àune révision de fond. Reste àsavoir laquelle.

Dans le retrait militaire syrien du Liban, au printemps 2005, les intellectuels libanais avaient voulu voir l’espoir d’une nouvelle réforme politique et sociale de leur pays. Une position que certains ont payée de leur vie. De leur côté, les politiciens libanais, toutes confessions religieuses confondues, décidaient il y a quelques mois de retourner àla table du dialogue afin d’aboutir àune entente nationale, notamment sur les modalités d’application de la fameuse résolution 1559. Cette tentative fut un échec. Si les efforts déployés n’ont pas abouti, c’est non pas àcause d’un quelconque manque de bonne volonté, mais plutôt àcause de la stérilité de la base communautariste qui les soutient. En effet, aucun programme politique n’a été impulsé par ces groupes depuis le retrait syrien, en particulier par le Mouvement du 14 mars, qui constitue un regroupement d’exception des communautés chrétienne, sunnite et druze. Leurs énergies sont en réalité restées confinées dans les calculs intracommunautaires.

Dans la logique confessionnelle, les alliances politiques ne sont pas nouées en fonction de tel ou tel projet politique. De plus, les crises au Liban ont l’habitude de se déclencher sur fond de conflit israélo-palestinien, sur lequel viennent se greffer les intérêts des pays étrangers.

Que faire pour dénouer cette situation ? L’intellectuel libanais Joseph Maïla (1) note plusieurs catégories de projets de réformes, discutées au fil des ans par les dirigeants libanais. Nous en relevons deux : le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’Etat constitutionnel (où le communautarisme en tant que tel n’est pas aboli) ; la déconfessionnalisation de l’Etat, qui entend l’abolition du communautarisme comme règle de la représentation nationale, voire la laïcité, qui réclame l’idée d’une séparation totale des autorités religieuses d’avec celles de l’Etat. Si l’on peut être tenté par l’option laïcisante, puisqu’elle touche non seulement le domaine politique mais aussi la vie sociale dans son ensemble, elle reste àinventer pour le cas spécifique du Liban. Mais, pour traduire ce projet dans un cadre durable et efficace, le pays des Cèdres a désespérément besoin de l’aide internationale pour l’émancipation de son statut d’Etat tampon dans la région. « Il faut que la communauté internationale aide le Liban àrevenir aux principes mêmes de non-alignement », affirme l’intellectuel libanais Georges Corm (2). En réalité, seule une « neutralité » politique « reconnue par tous ses voisins » et garantie par la communauté internationale peut redonner àses citoyens l’opportunité de se remettre sur la voie de la reconstruction d’un Etat libanais et non plus des Etats libanais.

(1) « Liban, les réformes constitutionnelles », les Cahiers de l’Orient, n° 10, deuxième trimestre 1988, pp. 11-34.
(2) Le Monde du 23 novembre 2005.

May Maalouf Monneau chercheure en sciences politiques.

(article paru dans Liberation, 7 aoà»t 2006)