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Danemark : Pour le droit d’offenser, pour le droit àl’outrage

jeudi 11 octobre 2012, par siawi3

Dans l’affaire du film sur Mahomet, rares sont les voix qui invoquent la liberté d’expression, constate le quotidien danois Jyllands Posten, qui avait publié les caricatures de Mahomet en 2005. Les pays occidentaux devraient pourtant prendre une position claire sur le sujet.

Jyllands-Posten ,18 Septembre 2012, Editorial
Source : http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/18/pour-le-droit-d-offenser-pour-le-droit-a-l-outrage

Dans quelques jours paraîtront les mémoires de l’écrivain Salman Rushdie sur ses années de clandestinité après la publication, en 1988, de son roman Les Versets sataniques [publié en France par Christian Bourgois en 1989]. Certains passages au sujet du Prophète avaient poussé l’ayatollah Khomeyni àappeler ses coreligionnaires àtuer l’écrivain. Deux des traducteurs de Rushdie ont été assassinés, un troisième a survécu àun attentat et plusieurs personnes sont mortes lors de manifestations dans les pays musulmans.

Le scénario s’est répété près de vingt ans plus tard, au lendemain de la publication des caricatures de Mahomet dans le journal danois Jyllands-Posten. Les gouvernements occidentaux ne se sont pas vraiment bousculés àl’époque pour défendre les principes démocratiques inscrits dans leurs Constitutions.

En portant un regard sur les décennies passées, Rushdie est impitoyable dans sa critique de l’Occident. Selon lui, nous avons trahi les grands principes du siècle des Lumières. La publication de son nouveau livre coïncide avec une énième crise liée àMahomet. L’interprétation de la vie du Prophète donnée dans un film diffusé sur YouTube a mis en ébullition le monde musulman. Des diplomates américains et des manifestants ont été tués et des ambassades ont été attaquées.

Force est hélas de constater que les événements des derniers jours, tout comme la gestion des crises associées àMahomet en 2006 et en 2008, ne font que corroborer la critique de Rushdie.

Dans une tentative maladroite de mener une realpolitik, les Etats-Unis ont essayé de concilier la prise en compte des sentiments religieux des musulmans avec une condamnation de la violence, mais Washington n’a pas dit un mot sur la liberté d’expression et ses limites. La grande majorité du monde musulman, représentants du pouvoir et populations confondus, est manifestement convaincue que le film en question a outrepassé les limites de la liberté d’expression, que les responsables doivent être emprisonnés et que le président Obama doit adresser des excuses aux musulmans du monde entier. Le président égyptien Morsi est l’un de ceux qui défendent ce point de vue. Il fait en cela preuve d’imprudence (et c’est un euphémisme) car ses exigences ne seront pas satisfaites. Il lui reste donc le choix entre une radicalisation de sa critique et une acceptation de l’humiliation. Un choix qui n’est guère enviable.

L’erreur de Morsi est peut-être due au fait que Washington n’ait pas clairement souligné que la liberté d’expression implique le droit de heurter les convictions d’autrui, qu’elles soient religieuses ou politiques. C’est le propre d’un débat ouvert et libre au sein d’une société civilisée, même si certains propos sont inadmissibles et ne méritent que mépris et condamnation.

Pour rendre encore plus trouble le tableau, il y a dans de nombreuses démocraties des lois archaïques qui interdisent le blasphème. Ces lois peuvent inciter Morsi et ses semblables àpenser que l’offense aux convictions religieuses est une grave infraction. Une impression renforcée par les commentateurs occidentaux qui déclarent que la liberté d’expression s’arrête làoù elle est utilisée pour outrager autrui. Cela est absurde, mais il s’agit d’un malentendu courant.

Ceux qui s’empressent d’incriminer la liberté d’expression et un film obscur pour les violences et les destructions des derniers jours feraient bien de réfléchir àla question suivante : comment se fait-il que dans toutes ces crises liées àMahomet, depuis Rushdie jusqu’au drame actuel, la violence soit perpétrée dans des pays et des sociétés dont les citoyens ne jouissent pas de la liberté d’expression et de culte, et n’ont pas le droit de critiquer une quelconque religion ?

Cela pourrait-il s’expliquer par le fait qu’une large liberté d’expression serait le meilleur rempart contre la violence qui ravage actuellement le monde islamique ? Difficile, par les temps qui courent, de ne pas avoir cette pensée hérétique. Obama et ses homologues dans le monde démocratique doivent donc clairement affirmer, une bonne fois pour toutes, que la liberté d’expression n’est pas négociable.