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Liban : Liberté d’expression ou respect de la religion, il faut choisir

jeudi 11 octobre 2012, par siawi3

En critiquant les déclarations de l’ambassade américaine au Caire sur le nécessaire respect du sentiment religieux d’autrui, Mitt Romney avait sans doute raison, estime le site libanais Now Lebanon.

Michael Young

Source : Now Lebanon , 19 Septembre 2012
http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/19/liberte-d-expression-ou-respect-de-la-religion-il-faut-choisir

La virulence du candidat républicain envers l’administration américaine après les attaques contre les ambassades américaines en Egypte et en Libye [15 septembre], alors qu’un semblant d’unité nationale aurait été plus approprié, lui a valu de vifs reproches.

Il faut dire que les propos de Romney ne brillaient guère par leur pertinence : oser dire que l’administration avait fait preuve de sympathie pour les manifestants, c’était oublier àquel point il est maladroit de critiquer le gouvernement quand le pays est en deuil.

Pourtant, Mitt Romney a tout de même eu raison de souligner que les représentants du gouvernement américain n’avaient pas suffisamment défendu le droit àla liberté d’expression, inscrit dans la Constitution. “Nous devons défendre les principes protégés par notre Constitution, a lancé Romney, et nous encourageons les autres pays àintégrer et àrespecter les principes de notre Constitution, parce que ces principes sont source de liberté pour le reste du monde.â€

Tout est parti de la déclaration de l’ambassade américaine au Caire faite aux manifestants égyptiens rassemblés devant le bâtiment. Afin d’apaiser les tensions suscitées par la malheureuse vidéo américaine sur Mahomet, l’ambassade a publiquement condamné ceux qui avaient “blessé les sentiments religieux des musulmans†. Elle a également affirmé que “le respect de la liberté religieuse est la pierre angulaire de la démocratie américaine. Nous rejetons fermement les actions de ceux qui utilisent àmauvais escient la liberté d’expression pour heurter les sentiments religieux des autres.â€

Utiliser la liberté d’expression àmauvais escient n’est pas un délit

Le problème posé par cette dernière phrase saute aux yeux. Le droit universel àla liberté d’expression, tel qu’on le conçoit aux Etats-Unis, permet aux individus de heurter les sentiments religieux des autres. Par ailleurs l’utilisation àmauvais escient de la liberté d’expression n’est pas un délit reconnu par le droit américain. Les individus àl’origine de ce film ou ceux qui l’ont défendu sont peut-être les derniers des misérables, et les outrances du pasteur Terry Jones ont certes coà»té beaucoup trop de vies humaines, pourtant les principes de la Constitution américaine protègent leur folie.

En fait, l’administration Obama s’est rapidement rendu compte du problème et s’est désolidarisée des propos de l’ambassade (désapprouvés dès le départ par Hillary Clinton) tout en accusant Romney de chercher àexploiter politiquement une tragédie nationale. C’était bien évidemment son intention mais aussi celle du gouvernement Obama quand il s’en est pris aux positions de Romney… qui étaient pourtant les siennes.

Le débat sur les rapports difficiles entre la liberté d’expression et la religion est un aspect récurent de l’incompréhension entre pays occidentaux et monde musulman. En Occident, la tradition autorise la critique de la religion, quel qu’en soit le prix. Et la plupart des sociétés occidentales se revendiquent de l’héritage des Lumières, qui a conduit àla séparation de l’Eglise et de l’Etat. En outre, la modernisation de ces sociétés s’est fondée, dans une large mesure, sur une volonté de se libérer du carcan de la religion.

Identité religieuse et identité politique

Le monde musulman fait moins la distinction entre ce qui relève de la religion et ce qui relève de la politique. Mais c’est également le cas des minorités religieuses au Moyen-Orient, dont l’identité religieuse est souvent indissociable de leur identité politique. C’est pourquoi, lors des débats sur la frontière entre liberté d’expression et respect de la religion au Moyen-Orient, se focaliser sur l’islam est une erreur ; le refus de favoriser la liberté d’expression dans les questions religieuses est aussi le fait de non-musulmans.

Par ailleurs, on pourrait se poser la question de la pertinence d’un tel débat alors que l’attentat de Benghazi [qui a causé la mort de quatre personnes, dont l’ambassadeur américain en Libye] n’a apparemment rien àvoir avec la liberté d’expression ni avec l’islam : cette attaque aurait été soigneusement préparée par les salafistes soucieux de reprendre la main en Libye.

L’administration américaine elle-même est divisée sur la réaction àadopter envers ce film, et cela montre que les Etats-Unis ne savent pas quelles valeurs démocratiques mettre en avant dans leurs relations avec les pays étrangers, notamment les pays arabes.

En un sens, Romney a eu raison. Toute tentative de trouver un compromis entre la liberté d’expression et le respect de la religion est vouée àl’échec. Aucun compromis ne pourra pleinement garantir les droits des défenseurs de la liberté d’expression tout en évitant de heurter la sensibilité des croyants. Et, dans ce cas, l’Amérique doit défendre ce qu’elle a de plus cher, c’est-à-dire ce principe selon lequel tout le monde aux Etats-Unis a le droit d’exprimer son opinion sans réserve et sans avoir àcraindre de violentes représailles, peu importe que ces opinions soient douteuses ou vulgaires.

Ce message va-il être entendu dans le monde arabe ? Sà»rement pas. Une grande majorité d’Arabes, mais aussi de nombreux Américains, considéreront toujours que la liberté d’expression s’arrête làoù commence la liberté religieuse. Et ce dialogue de sourds ne peut engendrer que la violence.

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