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Comores: Les laïques et les féministes comoriens inquiets de l’offense islamiste

Thursday 10 July 2008

(Source: Clicanoo.com, 6 juillet 2008)

Tour de vis religieux sur les bonnes moeurs

Comores. Le gouvernement comorien, ministre des Affaires islamiques en tête, a opéré ces dernières semaines un spectaculaire tour de vis sur les bonnes moeurs, pour les mettre en adéquation avec les “valeurs†de l’islam, suscitant l’inquiétude de milieux intellectuels et de femmes.

Tenue vestimentaire des femmes, surprise-parties d’adolescents, vente d’alcool, autant de domaines qui ont fait l’objet de nouvelles réglementations restrictives destinées àlutter contre la “dissolution des moeurs†et àpréserver “la personnalité et l’identité comoriennes†. “Est prohibé le port en public de tous les effets vestimentaires laissant apparaître les parties intimes du corps ou dont la vue choque la pudeur†, selon un arrêté ministériel réactivé fin mai par le ministre Mmadi Ali. De même, sont interdits les “bals†de jeunes, organisés àl’occasion d’anniversaires ou àla fin de l’année scolaire, et accusés d’inciter àla débauche. “Avant toute considération, nous sommes des Comoriens. En tant que tels, nous avons des valeurs àdéfendre (...) L’habillement des filles et des femmes comoriennes doit respecter les coutumes du pays et la tradition musulmane†, a ainsi justifié M. Ali. Petit archipel de l’océan Indien islamisé depuis le XIIe siècle, ancienne “République fédérale islamique†, les Comores sont réputées pratiquer un islam tolérant. Sur les quelque 700 000 habitants, 98% sont musulmans. En 2006 toutefois, l’élection àla présidence des Comores d’Ahmed Abdallah Sambi, chef d’entreprise mais aussi guide religieux formé en Arabie saoudite, au Soudan et en Iran, avait suscité des craintes de mise en place d’un régime islamique dans l’archipel. “Je crois au régime islamique†, déclarait alors M. Sambi, tout en précisant que “la situation économique†de l’archipel ne permettait pas “pour le moment de monter un régime islamique†. Le nouveau train de mesures, doublé d’un contrôle plus strict de la vente d’alcool dans les magasins, a été accueilli avec scepticisme, voire inquiétude, par une partie de l’intelligentsia comorienne. “Les femmes comoriennes n’ont pas besoin d’arrêtés ministériels pour porter des habits décents†, estime sous couvert d’anonymat une journaliste, s’inquiétant des tentatives d’†importer des modes vestimentaires étrangers†, d’inspiration orientale. Côté gouvernemental, la directrice nationale aux Affaires sociales, Sitti Saïd Hassane, soutient qu’il s’agit d’un domaine “relevant de l’éducation dans les familles†. C’est “une violation des libertés privées. L’habillement, c’est personnel. Le ministre qui a pris ces décisions marque contre son camp : il risque de donner une image fausse du pays àl’extérieur†, reproche Ismaël Ibouroi, écrivain et enseignant en philosophie. L’écrivain Aboubacar Saïd Salim juge quant àlui qu’il “aurait fallu une loi àl’issue d’un débat au Parlement†. Au-delàde cet encadrement resserré des moeurs se joue également une lutte d’influence entre les leaders religieux sunnites et le président Sambi, qu’ils accusent de favoriser la pénétration du chiisme dans l’archipel. Des guides religieux parmi lesquels le Cheikh Soidiki Mbapandza, très influent et respecté, ont récemment accusé M. Sambi de contribuer àl’enracinement du chiisme dans l’archipel, une “catastrophe†qui “met en danger la paix et l’unité des Comores†selon eux. Arborant une tenue traditionnelle proche de celle des religieux iraniens, le chef de l’Etat se défend cependant d’être chiite et se dit sunnite. Des organisations iraniennes comme la fondation Khomeyni sont présentes aux Comores et fournissent différents services àla population de cet archipel très pauvre (soins, médicaments, formation professionnelle, nourriture, vêtements), palliant ainsi aux insuffisances du gouvernement comorien.