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Syrie : Abou Hassan et son « Comité contre les vices »

samedi 23 février 2013, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/21/01003-20130221ARTFIG00520-syrie-abou-hassan-et-soncomite-contre-les-vices.php

Par Georges Malbrunot

Des rebelles syriens tirent au lance missile sur les forces pro-Assad, àal-Bab, à30 kms au nord-est de Alep, où une police religieuse a été créée àl’automne dernier. Crédits photo : EDOUARD ELIAS/AFP

Dans les zones libérées de la Syrie, les islamistes cherchent àmettre en place une police religieuse pour lutter contre les rackets en tout genre.

Envoyé spécial àDamas

Abou Hassan, un chef rebelle de la région d’Idleb dans l’ouest de la Syrie, vient de rentrer de Turquie où il a été dépêché pour une mission bien particulière : récolter des fonds pour payer les volontaires du « Comité pour la promotion des vertus et la prévention des vices », une police religieuse qui devra rétablir la sécurité dans les régions que l’armée de Bachar el-Assad a dà» quitter.

« Ã€ l’ouest d’Idleb où je me trouve, nous expliquait récemment cet insurgé joint au téléphone, quand l’armée est chassée d’une zone par les rebelles, certains groupes et certaines personnes profitent du vide pour installer des bandes et des mafias qui n’ont de révolutionnaires que le nom. Ces criminels, ajoute Abou Hassan, arrêtent une personne dans la rue, la forcent àaider soi-disant la révolution en prélevant des taxes sur son véhicule ou en lui volant de l’essence. Ils enlèvent également des citoyens en exigeant des rançons pour les libérer ».

Limitrophe de la Turquie, la province d’Idleb est aujourd’hui largement entre les mains des insurgés. Mais ceux-ci ne sont pas encore parvenus àconquérir la ville même d’Idleb ainsi qu’une demi-douzaine de cités voisines.

Dans les zones libérées, il y a souvent urgence àremettre de l’ordre. Fatiguée par deux ans de conflit, la population pourrait àterme s’écarter de la révolution qui veut chasser Bachar el-Assad du pouvoir àDamas.

Abou Hassan est l’un des chefs du groupe « Soqour al-Cham » (Les faucons de Damas), proche de la mouvance salafiste. Pour récolter des fonds, il a sollicité le « Front de libération islamique de la Syrie », installé en Turquie, qui regroupe les principales factions armées de la région d’Idleb. « J’avais reçu l’autorisation des tribunaux islamistes ainsi que des brigades qui combattent ànos côtés, c’est-à-dire Liwa al-Tawid, Ahrar al-Sham, Liwa al-Haq et Kataeb al-Farouk », ajoute-t-il alors que son taxi s’approche de la frontière syrienne.

En mettant un terme aux rackets et àla guerre des clans, « cette police permettra, selon lui, d’installer une certaine crainte parmi la population ».

Une autre unité de cette police religieuse a été créée àl’automne dernier un peu plus au nord àal-Bab, à30 km d’Alep, la deuxième ville de Syrie que régime et insurgés se disputent depuis huit mois maintenant.

Recrutés hors de l’Armée syrienne libre (àtendance plutôt nationaliste), ses 80 volontaires font régner l’ordre islamique, encagoulés pendant leur mission. Ils sont loin en effet de faire l’unanimité parmi les rebelles. Ils travaillent en coordination avec la cour islamique d’al Bab, mise en place peu après la prise de la ville par les opposants àAssad.

Dans la région d’Idleb, les amis d’Abou Hassan ont eux aussi mis sur pied un tribunal islamique àSarmaja. Mais après avoir été bombardé par l’armée régulière, il a dà» être relocalisé àBab al-Awa sur la frontière avec la Turquie.

Le Coran et la « sunna » qui en explique le sens sont les codes de référence du tribunal. « Ce n’est plus la loi du parti Baas ou la justice occidentale », se félicite Abou Hassan.

La population plutôt conservatrice de cette région longtemps laissée pour compte du pouvoir central ne s’y opposerait pas. « Au fur et àmesure que les gens ont vu que sur le terrain les groupes qui les aidaient, c’étaient les islamistes et non pas les laïcs de l’Armée syrienne libre qui prétendent installer la démocratie, mais qui en fait les oppressent, ils ont fini par préférer les islamistes qui représentent la vraie alternative àAssad », assure le chef rebelle d’Idleb.