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France : Aidants sexuels : Lettre ouverte àFrançois Hollande

vendredi 8 mars 2013, par siawi3

Source : Courrier-MMF-N°219, March 2013

lettre signée par :
FDFA et de nombreuses autres associations

Paris, le 12 février 2013,

La société prend conscience de la sexualité et de la vie affective des personnes handicapées et nous nous en réjouissons. Mais la vie sexuelle et affective des personnes handicapées doit se vivre dans la dignité. Les personnes handicapées veulent exercer leur liberté de choix de partenaire. Elles désirent développer leurs propres relations amoureuses dans un environnement les favorisant et respectueux de leur dignité.

Certaines associations de personnes handicapées réclament le recours àl’ « assistance sexuelle  » en argumentant de la difficulté pour certaines personnes handicapées, de pouvoir satisfaire leurs « besoins sexuels  ».
Leur raisonnement repose sur l’affirmation que la sexualité est un « droit humain fondamental  ».

Or la sexualité ne relève pas du domaine du « droit  ». La sexualité relève de la vie intime et ne peut être soumise àun contrat. Parler de droit fait référence non plus au désir mais àune obligation, qui implique un « devoir sexuel » pour celles et ceux qui seront chargés de l’assurer.
Sur ce sujet le rapport Bousquet-Geoffroy nous informe : « Sur un plan juridique, il ne saurait être reconnu de droit àune vie sexuelle. En effet, pour qu’il soit effectif, le titulaire d’un droit doit pouvoir le faire valoir par le biais d’une procédure auprès d’une personne qui est débiteur de ce droit. Ainsi, la reconnaissance d’un droit àune vie sexuelle impliquerait la création d’une procédure pour faire respecter ce droit et la désignation d’un débiteur de ce droit, qui serait certainement l’État  ».

Cette demande, qui est essentiellement masculine, s’inscrit dans une conception de la sexualité où les corps des femmes sont mis àdisposition pour répondre àde soi-disant « besoins sexuels masculins irrépressibles  ». Que ce soit un aidant sexuel masculin ou féminin, le problème de la marchandisation du corps demeure. L’inclusion de « services sexuels  » dans le champ du marché engendrera inévitablement l’exploitation de la précarité et de la pauvreté. Elle pose la question fondamentale de la prostitution comme réponse àde soi-disant « besoins  » ou « droits  ».

En aucun cas la prostitution, quel que soit son habillage, ne peut constituer une réponse. Cette demande ne peut justifier un « ajustement  » des lois sur le proxénétisme, alors que la France a une position abolitionniste, et est engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et le trafic des êtres humains.
Par ailleurs, l’ « assistance sexuelle  » serait une mauvaise solution qui entraînerait une plus grande exclusion et l’invisibilité des personnes handicapées Par la création d’un service spécifique àcoloration compassionnelle, « ces pauvres handicapés » seraient encore plus marginalisés et ghettoïsés.

Nous nous élevons contre toute modification de la loi sur le proxénétisme, dont l’industrie du sexe avec ses dérives et ses trafics profiterait pour s’étendre sur un marché lucratif. Nous sommes opposé-es àtoute légalisation de « services  » payants d’assistance sexuelle, considérée d’ailleurs comme une forme de prostitution dans les pays où elle existe.

La réponse est dans le changement de regard de la société et l’ouverture d’un environnement accessible afin de permettre la multiplicité de rencontres ; dans les institutions, nous demandons un environnement favorisant les relations consenties entre pensionnaires. Ainsi les personnes handicapées pourront gérer leur vie affective et sexuelle dans le respect de leur dignité et de celle de l’autre.

C’est àune réflexion de toute la société sur la sexualité et la vie affective que nous invite cette question : comment préparer les enfants et les jeunes àdes relations sexuelles dans le respect de l’autre ? Comment les informer des différences ? Quelle est la place de la sexualité dans une société de consommation ? Comment assurer l’équilibre entre liberté individuelle et contraintes sociales ?

En conclusion, nous vous demandons deux choses, Monsieur le Président : d’une part le renforcement de la politique abolitionniste et de la lutte contre toute forme de proxénétisme, sans exception pour telle ou telle catégorie, d’autre part d’accélérer la mise en accessibilité des espaces sociaux de rencontres et de partages de vie... pour toutes et tous !

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre respectueuse considération.