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France : Adieu mon Dieu

mercredi 13 novembre 2013, par siawi3

Source : http://www.telquel-online.com/content/france-adieu-mon-dieu

Des athées d’origine musulmane ont créé àParis le Conseil des ex-musulmans de France. Souhaitant vivre leur athéisme au grand jour, ils dénoncent le sort réservé aux apostats et comptent bien faire entendre leur voix dans le débat français sur les religions.

A Qalqiliyah, petite ville de Cisjordanie, tout le monde est musulman, ou fait semblant de l’être. Alors, quand Waleed Al Husseini commence àdouter de sa foi, il ne trouve personne àqui en parler sereinement. C’est donc sur Internet que ce jeune fils de coiffeur cherche des réponses àses questions existentielles et qu’il se découvre athée. C’est sur le Web aussi qu’il commence àmiliter. Waleed crée un blog pour critiquer vertement la religion, ainsi qu’une page Facebook intitulée “Allah†. Il y caricature le divin, en inventant de faux versets coraniques, dont l’un recommande àses fidèles de consommer du whisky. La démarche ne fait pas rire l’Autorité palestinienne : dénoncé, Waleed est arrêté et passe dix mois en prison sans procès. Interrogés par la presse internationale, plusieurs habitants de Qalqiliyah estiment qu’il ne mérite ni plus ni moins que la peine de mort… Finalement relâché, Waleed décide de fuir la Palestine, d’abord pour la Jordanie, puis pour la France, où il débarque en avril 2011.

Dur, dur d’être athée

Dans l’Hexagone, tout le monde n’est pas musulman. Et selon un sondage Ifop réalisé en 2011, 25 % des personnes issues de familles musulmanes se disent non croyantes, mais elles ne le crient pas sur les toits. D’autant qu’il existe “des quartiers populaires où l’islam est majoritaire†, rappelle Samir Amghar, sociologue de l’islam et auteur de L’Islam militant en Europe (éd. Infolio). “Et donc, quand vous êtes une religion majoritaire, vous voyez très mal l’individu issu de votre groupe qui le délaisse†, poursuit le chercheur, qui évoque un fort “conformisme†ainsi qu’une “pression sociale†qui font que “vous y réfléchissez àdeux fois avant de traverser le quartier en mangeant pendant le ramadan†.

A Paris, Waleed rencontre nombre de musulmans d’origine qui ont abandonné la foi, mais qui gardent le silence par peur d’être rejetés par leur famille. “Cette minorité n’a pas de voix, ne s’exprime pas, regrette le jeune blogueur. Il fallait absolument que la société française et l’Europe en général entendent parler de ces gens-là, qui ont d’autres choses àdire, différentes de celles des musulmans.†C’est exactement pour cette raison que Waleed a eu l’idée de créer un Conseil des ex-musulmans de France (CEMF), en s’inspirant d’organismes du même type qui existent depuis plusieurs années déjàaux Etats-Unis et dans d’autres pays d’Europe, dont la Grande-Bretagne.

Provoquer le débat

Lancé àParis cet été, le CEMF regroupe pour le moment une quarantaine d’athées, tous issus de familles musulmanes, français ou étrangers, d’origine marocaine, tunisienne, libanaise, sénégalaise… Preuve de l’importance des pesanteurs sociales, une bonne partie des adhérents a préféré rester dans l’anonymat. Numériquement parlant, les débuts de l’organisation sont donc modestes, mais l’idée n’est pas d’en rester là. “L’objectif, c’est d’avoir un jour une voix aussi importante que celles de toutes les organisations musulmanes en France†, explique Atika Samrah, porte-parole du Conseil des ex-musulmans, qui se revendique de l’héritage du chevalier François de la Barre, le dernier mécréant exécuté pour blasphème en France, en… 1776. “Il faut qu’on arrive àun niveau où l’on participera au débat sur les religions en France†, poursuit cette Marocaine, militante de longue date (UNEM, CDT, PSU, M20), installée en France depuis cinq ans.

Depuis la conférence de presse inaugurale, qui s’est tenue le 6 juillet dernier, le Conseil travaille àl’organisation d’une conférence-débat sur le thème de la liberté religieuse. En attendant, ses activistes animent une page Facebook, “likée†par plus de 2000 personnes, où ils défendent leurs idées. Ils y critiquent certains commandements des textes religieux, par exemple l’autorisation du mariage de très jeunes filles àpeine pubères, assimilée àde la pédophilie. “L’idée, àtravers ce genre de publications, c’est de provoquer les musulmans, qui ont tendance àéviter ce genre de débats, pour les amener àdébattre de choses réelles†, nous explique Atika Samrah.

“Un petit gangâ€

C’est qu’au-delàdu fait qu’ils n’y croient plus, ces ex-musulmans ont bien des choses àreprocher àl’islam. A commencer par le sort réservé en principe aux apostats : la mort. “On dirait la loi d’un petit gang : ‘Si tu nous quittes, alors nous devons te tuer’†, observe Waleed Al Husseini. “Sincèrement, quel intérêt y a-t-il àcroire en une religion qui oblige les gens ày adhérer de force ? La foi, ça doit être un acte libre entre l’individu et son Créateur, s’il existe†, professe Atika Samrah. “Les gens sont libres de croire en ce qu’ils veulent, mais moi, personnellement, je ne peux pas croire àune religion dont le Livre saint contient des versets méprisants àl’égard de la femme, des versets violents qui incitent les musulmans àfaire la guerre aux non-musulmans, tout simplement parce qu’ils ne partagent pas la même religion. Une religion privatrice de liberté individuelle, une religion qui, comme d’autres, mais àun degré différent, prive l’individu de sa liberté de pensée†.

Et la militante de poursuivre : “Il faut que les musulmans reconnaissent que le Coran contient des versets qui sont des atteintes àla dignité humaine et que les musulmans du XXIème siècle devraient s’en débarrasser. Le Coran, tel qu’il est aujourd’hui, devrait être revu. C’est ce qu’on attend des musulmans éclairés, c’est qu’ils reconnaissent que ces textes-làne sont pas adaptés ànotre époque et qu’ils ne l’ont jamais été.†Autre membre marocain du Conseil des ex-musulmans de France, Elias Ben Amar se veut optimiste àcet égard. Il rappelle que déjànombre de pratiques “autorisées, voire bénies par des versets coraniques et des hadiths†, comme l’esclavage, la polygamie, le mariage des jeunes filles, l’amputation des membres ou la lapidation, ont été interdites dans certains pays musulmans. “Peut-être qu’un jour, les musulmans abandonneront les versets et hadiths discriminatoires qui font du musulman l’être ‘bon’ et du non-croyant l’être égaré, mauvais, tout juste bon àservir de combustible pour l’enfer†, conclut-il de manière lapidaire. Clair Rivière

Athéisme. “Un tabou a sautéâ€

Selon le sociologue Samir Amghar, la démarche du Conseil des ex-musulmans de France est un événement “assez nouveau†, dans le sens où “l’athéisme n’avait jamais été revendiqué publiquement par des personnes d’origine musulmane†. “Un tabou a sauté†, estime le chercheur, qui y voit l’expression d’un “refus de la dynamique de réislamisation†, en cours dans les quartiers populaires de France et ailleurs dans le monde. Il en veut pour exemple les dizaines, voire les centaines de déjeà»neurs qui se sont retrouvés cet été, pendant le ramadan, sur une place publique de Tizi Ouzou, en Algérie, sandwiches et bouteilles d’eau àla main, pour défendre leur “liberté de conscience†. Au Maroc, où l’on se souvient qu’une même tentative de pique-nique ramadanien avait été empêchée par les autorités en septembre 2009, l’année a été marquée par l’apparition, sur Facebook, d’un Conseil des ex-musulmans du Maroc. Son fondateur, Imad Eddin Habib, un jeune étudiant casablancais, a revendiqué publiquement son athéisme, avant de passer àla clandestinité quand il a su qu’il était recherché. “Je me suis caché pendant des semaines, nous confie-t-il. Un moqaddem et des gens en civil ont contacté mes parents plusieurs fois, en leur demandant s’ils savaient où j’étais. Je ne sais pas qui sont ces gens, ni s’il y a un mandat d’arrêt contre moi. Je vis discrètement, en sachant que je pourrais être arrêté àn’importe quel moment, pour n’importe quelle accusation.â€