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France : persistance des discriminations envers les jeunes d’origine maghrébine

commentaire par Hakim Arabdiou

vendredi 13 février 2009, par siawi

Jeunes maghrébins de France : la place refusée par Evelyne Perrin

- Ã‰d. L’Harmattan, Paris, 2009.

Évelyne Perrin tente dans cet ouvrage de mettre au jour les causes de la persistance en France des discriminations et du racisme envers les jeunes d’origine maghrébine.

L’auteure fait ainsi état de la ségrégation scolaire des enfants d’immigrés. Cette ségrégation s’exprime àtravers leur concentration dans des « Ã©cole-ghettos  », leur orientation scolaire précoce, souvent forcée et peu qualifiante, ainsi qu’une déperdition scolaire importante. Leur situation n’est pas meilleure pour ce qui est de l’accès et des études àl’université. Ces jeunes, y compris les plus diplômés parmi eux, sont ensuite confrontés àun chômage massif, ainsi qu’àla discrimination àl’embauche et àleur maintien au bas de l’organigramme de l’entreprise.

Ils sont également, comme leurs familles, en butte àla discrimination au logement. Classés comme « populations àrisque  », ils sont parqués dans les banlieues et dans certains quartiers des villes.
L’ « islamophobie  » qui règne en Europe et en France s’explique selon elle par la coïncidence entre la montée de la religiosité-refuge de jeunes maghrébins, précarisés et stigmatisés, avec l’avènement de l’islamoterrorisme. Le point culminant de cette « islamophobie  » aurait été atteint par la loi laïque contre les signes religieux àl’école, du 15 mars 2004, et la bataille qui l’avait précédée. Cette loi a pourtant été accueillie avec beaucoup de soulagement par une grande partie des familles musulmanes, surtout des jeunes filles et des jeunes femmes de cette confession, qui estiment que cette loi les protège et protège leur religion de la manipulation politique.

Quant àla bataille àlaquelle elle fait allusion, elle avait opposé, au sujet du hidjab islamiste, la gauche républicaine et laïque aux islamistes, appuyés par les fondamentalistes juifs et chrétiens, auxquels s’est ralliée une partie de l’extrême gauche. Il est àpeine utile de rappeler que pour les peuples musulmans, seuls les islamistes dans leur diversité (droite conservatrice, extrême droite et islamofascistes, àl’instar des salafistes radicaux)s’acharnent, depuis leur création àIsmaïlya en Egypte, àla fin des années vingt, àvouloir faire porter leur uniforme politique et musulmanophobe aux femmes musulmanes. Cependant, l’immense majorité d’entre elles ce rejette uniforme. Car elles considèrent que leurs corps, n’est pas, comme le pense les islamistes, une awra (= une honte), qu’il faut cacher. Elles considèrent également que cet uniforme porte atteinte àleur féminité et àleur dignité d’être humain, et les stigmatise.
On s’étonne aussi dans ce livre « qu’un bout de foulard provoque un emballement hystérique des tenants du modèle républicain  » et de ses « féroces thuriféraires  ». L’étoile jaune et la croix gammée ne sont pas qu’un bout tissu répliquaient les féministes et les laïques de gauche. L’auteure confond effectivement le support du symbole, qui peut être neutre, avec le symbole lui-même.

Par ailleurs, le racisme et la xénophobie ont tué un grand nombre de jeunes, majoritairement d’origine maghrébine. Évelyne Perrin cite une liste non exhaustive d’†assassinats†de ces jeunes, et dont les auteurs demeurent souvent et scandaleusemennt impunis. C’est ainsi que pas moins de 150 meurtres racistes de jeunes ont été commis, rien que de 1980 à1985.

Pour ce qui est des émeutes de banlieues, de novembre 2005, l’auteure les explique par les mauvaises conditions socio-économiques et la stigmatisation des jeunes d’origine maghrébine. Elle déplore également en quelques mots, les 8 000 à10 000 véhicules incendiés, ainsi que les destructions considérables des infrastructures privées et publiques commis par les émeutiers. Elle juge néanmoins qu’il ne fallait pas condamner àdes peines de prison les 6 00 incendiaires sur les 5 200 jeunes qui avaient été arrêtés puis relâchés, peines qu’elle trouve disproportionné es.
Les couches populaires des banlieues, très majoritairement immigrées, n’ont pas manqué de voir dans cette dernière position un encouragement au nihilisme autodestructeur de ces jeunes, une prime àl’impunité et un déni de justice àleur égard.

L’auteure pointe aussi du doigt la répression administrative et policière, ainsi que l’exploitation patronale de centaines de milliers de « sans-papiers  », dont l’utilité économique est pourtant reconnue dans nombre de secteurs.

Évelyne Perrin, àl’instar des chercheurs communautariens anglo-saxons et des tenants d’une société multiculturelle en France, rejette la question de l’intégration, pourtant centrale en sociologie, qu’elle qualifie de « marché de dupe  ». L’auteure confond, làaussi, entre intégration et déculturation, voire dépersonnalisation. Elle dénonce en revanche, et avec raison, l’hypocrisie consistant àexhorter les jeunes d’origine maghrébine às’« intégrer  », tout en dressant devant eux des obstacles socio-économiques, etc. pour les en empêcher.

Elle estime aussi que la notion de « communautarisme  » est instrumentalisé e pour disqualifier les activités sociale, culturelle, politique « autonomes  » des immigrés maghrébins ou de cette origine. Sinon, pourquoi n’applique-t-on pas selon elle cette notion àl’encontre des Bretons, des Juifs, des Italiens, le réseau des grandes Écoles… ? Les exemples qu’elle cite trahissent toutefois sa méconnaissance de la différence existant entre activité communautaire et activité communautariste.

De même que sa lecture àcontresens de l’Ecole sociologique de Chicago sur la fonction protectrice des ghettos afro-américains aux États-Unis d’Amérique lui fait jusqu’àregretter la destruction dans les années 1960 et 1970, par les pouvoirs publics, des bidonvilles où végétaient en grand nombre les immigrés. Ceci est d’autant plus surprenant que cette affirmation et la suivante de même type, relative àla destruction de certaines barres HLM, dans les années 1990 et 2000, contredisent sa critique pertinente de la concentration géographique des populations immigrées et de leurs mauvaises conditions d’habitation.
L’affirmation identitaire des jeunes français d’origine maghrébine exprime selon elle leur refus de la conception française et républicaine de l’intégration ; une intégration qui les dépouillerait de leur identité. L’auteure reconnaît cependant que ce n’est nullement le cas d’un grand nombre d’entre eux, qui vivent plus ou moins bien leur double culture.

Selon l’auteure, le passé colonial de la France est, comme le proclame l’Appel des Indigènes de la République, une donnée clef pour comprendre le racisme anti-Maghrébins en France.

C’est pourquoi, elle réfute la critique faite par la gauche àcet Appel d’ « ethnitiser la question sociale  ». Evelyne Perrin a bien raison de rappeler que la discrimination ethnique, subie par les immigrés et leurs enfants, s’ajoute àla discrimination sociale. Seulement, le reproche qui est porté àcet Appel est lié àla place surdéterminante que ce dernier accorde au facteur ethnique.

Autre reproche important adressé àcet Appel : son racisme àrebours àl’encontre du peuple français. Pour beaucoup, cet Appel est lui-même le reflet le complexe du néocolonisé, complexe qui ne s’exprime pas seulement pas le mimétisme du colonisateur par le colonisé, mais aussi par la confusion dans une même haine du système colonial français, de la France et des Français.

par Hakim Arabdiou