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Afrique du Sud : La failite de Mandela

lundi 16 décembre 2013, par siawi3

source :http://blogs.mediapart.fr/blog/bernardriguetcom/101213/la-faillite-de-mandela-0

Bernard Riguet
7.12.2013

Aussi importante et déterminante que fut son action, Nelson Mandela n’est rien si on oublie la lutte et les souffrances des millions d’Africains du Sud. Faut il oublier les millions de morts et de torturés handicapés à vie, les disparus et les milliers de femmes violés par les forces de répression dans l’indifférence générale du monde. La résistance des populations noires de ce pays n’a pas commencé avec Mandela ni même avec la constitution de l’ANC en 1912.

Proche compagnon de l’ANC et de plusieurs dirigeants pendant plus de vingt années, je veux d’abord rendre hommage à tous les combattants pour la liberté d’un pays que certains préféraient nommer Azania (particulièrement le PAC « Pan Africanist Congress »). L’unanimisme actuel est pour moi suspect, beaucoup de thuriféraires du jour ont la mémoire courte.

Mandela n’a pas lutté 50 ans pour devenir président de l’Afrique du Sud. Son combat l’a mené naturellement à cette présidence après avoir exigé et obtenu sans violence du pouvoir blanc, la suppression du régime d’apartheid. Son objectif premier n’était autre que le principe « un homme une voix » soit appliqué sans restriction.

Devenu président en 1994 élu démocratiquement, Mandela a reçu du peuple, mandat de construire un nouveau pays arc en ciel. Quel est le bilan ?
La présidence de son successeur Thabo Mbeki n’a pas été à la hauteur des attentes. Son déni du développement du Sida en Afrique du Sud durant des années est inexcusable et a permis au contraire que se développe cette pandémie causant de nombreux morts. Pour ce qui est du président actuel Jacob Zuma, la corruption qui l’entoure et ses turpitudes de toutes sortes, son absence d’intégrité, les nombreux soupçons à son égard désespèrent la population impatiente de le voir partir à la fin de son mandat en 2014

Loin de s’affermir, la démocratie ne s’est pas consolidée depuis 1994. L’ANC a monopolisé la vie politique du pays laissant néanmoins un peu de place à ses alliés de toujours l’organisation syndicale COSATU Congress of South African Trade Unions et au Parti communiste, les doubles appartenances étant admises. Les postes politiques et économiques sont aux mains des dirigeants de l’ANC. L’économie libérale adoptée comme règle de développement, une petite élite noire, issue des leaders de l’ANC, s’est reconvertie dans les affaires bénéficiant de grosses cessions de capital d’entreprises bâtissant des fortunes colossales. La politique « d’affirmative action » appliquée par le gouvernement de l’ANC a surtout bénéficié à ses proches permettant la constitution d’une classe moyenne noire empressée d’investir certains quartiers chics réservés autrefois aux seuls blancs au lieu d’aider au développement des anciens townships (les ventes à la communauté noire ont augmenté de 700 % depuis l’année 2000 dans les banlieues riches du nord de Johannesburg)
Depuis 1994 et sur la base du volontariat, pratiquement tous les grands groupes miniers et les banques ont cédé entre 10 et 26 % de leur capital à des noirs, indiens et métis. Le plus riche d’entre eux est le magnat des mines Patrice Motsepe qui a accumulé une fortune de plus de 2,5 milliards de dollars, en à peine dix ans. Le Vice président de l’ANC ex communiste Cyril Ramaphoa que Mandela avait désigné comme successeur aurait quant à lui une fortune de 675 millions de dollars. Il semble avoir de bonnes chances de succéder à Zuma.

Sur ses 51 millions d’habitants l’Afrique du Sud compte plus d’un quart (26,3 %) trop pauvres pour manger à leur faim et plus de la moitié (52,3 %) vivant sous le seuil de pauvreté, selon des statistiques officielles. Selon l’indicateur du développement humain IDH du Programme des Nations unies pour le développement PNUD, l’Afrique du Sud a reculé de 35 places dans leur classement entre 1990 et 2005 constatant l’appauvrissement général de la population.
Le pays, qui se classe au 29e rang mondial et devant le Danemark en termes de produit intérieur brut (PIB), est parmi les plus inégalitaires de la planète, avec un coefficient de 0,64 sur une échelle allant de zéro à 1 selon cette enquête de l’agence nationale des statistiques. Le taux de croissance en diminution est de 2% et le taux de chômage de 25 % contre 15 % en 1994.

L’Afrique du Sud est un pays extrêmement riche en ressources de base marquées par l’abondance et la variété de ses minerais et par des exploitations agricoles modernes. Il est le premier pays extracteur d’ or HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Or » et de platine HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Platine » et l’un des premiers pour le diamant HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Diamant » et l’ argent HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Argent ». Le pays possède de larges gisements de vanadium HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Vanadium », de chrome HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Chrome »chrome (65 % des réserves mondiales), de manganèse HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Manganèse », de fluorine HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Fluorine », de fer HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Fer », d’ uranium HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Uranium », de zinc HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Zinc », d’ antimoine HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Antimoine », de cuivre HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuivre », de charbon HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Charbon », et de tungstène HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Tungstène ».

Concernant la réforme agraire, depuis 1994 seulement 5 % à peine des fermes ont été redistribuées à 1,2 millions noirs alors que 60 000 blancs possèdent et gèrent toujours 80 % des surfaces cultivables. Le gouvernement s’était donné en 1994 comme objectif de redistribuer 30 % des terres d’ici 2014 mais le plan de réforme agraire qui devait se terminer à cette date a été repoussé en 2025.
La loi prévoit que les descendants des fermiers noirs, dépossédés par la force ou injustement indemnisés dans le cadre des lois adoptées depuis 1913, peuvent demander la restitution de leurs terres.

Le bilan de la présidence Mandela est désastreux. Il a déçu les espoirs que la population mettait en lui.
Atteint de tuberculose en 1988 et d’une santé de plus en plus déclinante depuis 2000, Nelson Mandela ne s’est pas accroché au pouvoir, montrant là encore sa personnalité, nul doute qu’il aurait pu se faire réélire à vie. Par contre il n’a pas su former une relève d’hommes et de femmes compétents et intègres.
La présidence de son successeur Thabo Mbeki n’a pas été à la hauteur des attentes. Son déni du développement du Sida durant des années est inexcusable et responsable au contraire du développement de cette pandémie causant de nombreux morts. Le président actuel Jacob Zuma et ses turpitudes de toutes sortes, son absence d’intégrité, la corruption qui l’entoure, les nombreux soupçons à son égard désespèrent la population impatiente de le voir partir en 2014 à la fin de son mandat.

L’homme Mandela avait sans doute atteint ses limites, on peut le regretter. La lutte contre l’apartheid ne devait pas être une fin. Sa réussite a été incontestablement de conduire, contre toute attente, une transition sans violence, fait unique dans le monde. Ce n’était pourtant pas un pacifiste et on a tort de vouloir le comparer à Gandhi. La ligue de la jeunesse qui servira de base en 1961 à l’organisation d’Umkhonto weSize (traduit en français par « fer de lance de la nation » devenue le branche militaire de l’ANC a été créée en 1944 par Walter Sisulu , Oliver Tambo, Nelson Mandela qui avaient rejoint l’ANC . Ayant fondé avec Oliver Tambo le premier cabinet d’avocats noirs il a aussi effectué des stages d’entrainement de guérilla notamment en Algérie, pays avec lequel il est resté très proche. Arrêté une première fois en 1952 il le fut à nouveau en 1956 et en 1960 en même temps que onze mille autres personnes après le massacre de Shaperville et enfin en 1962. L’inflexibilité dont il a fait preuve dans les différentes prisons et la durée de son incarcération, la lutte qu’il n’a cessé de mener ont fait de lui à juste titre un symbole de la lutte des Africains Noirs contre la minorité Blanche, mais n’en a pas fait pour autant un héros qu’on voudrait aujourd’hui abusivement sanctifier.

Le 11 février 1990, j’appréhendais la sortie de Mandela.
Après 27 ans de prison, comment serait ce vieux prisonnier, sans doute malade incapable de marcher, encore moins de parler. Nous ne connaissions de lui que ses portraits reproduits régulièrement sur des affiches. Mes compagnons de l’ANC n’en savaient pas davantage. Ils m’avaient mis en garde depuis longtemps « n’attends rien de Mandela » Ce n’est pas LE dirigeant de l’ANC c’est un militant qui a su transformer les conditions de ses incarcérations, mais ce n’est pas quelqu’un d’extraordinaire que les médias ont voulu faire. J’ai attendu devant ma télévision l’heure de sa sortie et son apparition. Ce n’était pas le petit vieux attendu, mais une sorte de géant marchant d’un pas très ferme au côté de son épouse Winnie qui l’avait rejoint. Tout sourire, un sourire qui semble être sa marque, il paraissait en pleine forme. Le soir même il présidait un meeting. Son élocution parfaite, son charisme, sa vitalité communicative, ses paroles et ses exigences de ne pas faiblir dans la lutte jusqu’à la victoire définitive dans le combat pour un pays où les gens seront libres et égaux, nous ont stupéfié, rassuré et donner un grand espoir. C’est cette image que je conserve de Nelson Mandela, un homme exceptionnel.

NB. Les chiffres et données statistiques sont pour l’essentiel pris dans le site Wikipedia, dans la presse économique française et étatsuniennes et des hors séries du Monde et du Monde diplomatique