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France : François Hollande prend ses distances avec le rapport sur l’intégration

mercredi 18 décembre 2013, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2013/12/13/01002-20131213ARTFIG00570-rapport-sur-l-integration-ayrault-destabilise.php

Par Anne Rovan, Solenn de Royer

Mis à jour le 14/12/2013 à 15:17
Publié le 13/12/2013 à 19:12

Photo : François Hollande vendredi à Sao Paulo avant de se rendre en Guyane.

VIDÉOS - En visite en Guyane, le chef de l’État a recadré Jean-Marc Ayrault et sèchement réagi à la diffusion de ce document explosif sur le site du premier ministre.

Le rapport en cinq volets sur l’intégration était une grenade dégoupillée. Elle vient d’exploser à la figure du gouvernement. Parmi les propositions chocs de ce rapport : le retour du voile à l’école ou encore « la reconnaissance de toutes les langues de manière identique », qu’il s’agisse du français, de l’arabe ou des langues africaines.

À peine arrivé sur le tarmac de l’aéroport de Cayenne, en Guyane, où il doit rester jusqu’à ce samedi, François Hollande a sèchement réagi à la diffusion de ce document explosif sur le site de Matignon. « Ce n’est pas du tout la position du gouvernement », a-t-il lâché, visiblement excédé.

Soucieux de ne pas jeter de l’huile sur le feu, les conseillers de l’Élysée se refusaient « officiellement » à faire le moindre commentaire. Mais dans la majorité, les hollandais, et bien d’autres, ne cachaient pas leur consternation. « Mettre en ligne un rapport sur un sujet aussi sulfureux, qui intéresse tous les Français et qui comporte des propositions aussi incompréhensibles, est d’une naïveté sans nom, d’une inconscience absolue !, fulmine un élu très proche du président. À trois mois des municipales, c’est une main tendue au Front national. Tout cela est politiquement incompréhensible. »

Depuis le Brésil, où il se trouvait encore vendredi matin, le chef de l’État a suivi de très près la calamiteuse séquence. « Hollande n’a pas pu ne pas appeler Ayrault pour lui demander de rectifier au plus vite », assure un proche du président. Avant de quitter Paris pour Rennes, où il allait signer le Pacte d’avenir pour la Bretagne, Jean-Marc Ayrault s’est exécuté et tenté d’éteindre l’incendie. En prenant soin de ne pas accabler les 250 experts dont il avait loué « la grande qualité (des) travaux » mi-novembre. Le gouvernement ne veut « évidemment pas » réintroduire les signes religieux à l’école, a prévenu le premier ministre, rappelant qu’il avait voté la loi d’interdiction des signes religieux à l’école et traitant au passage le président de l’UMP Jean-François Copé d’« irresponsable » et de « menteur ». « Ce n’est pas parce que je reçois des rapports que c’est forcément la position du gouvernement », a-t-il poursuivi, assurant que l’exécutif garde « le même cap » mais souhaite « remettre en marche le modèle d’intégration ­républicain aujourd’hui en panne ».

Dans la majorité, ces propos tardifs, sur un sujet aussi sensible, sont jugés bien insuffisants. « Avant cela, l’expression de Matignon avait été interprétée comme plutôt positive sur ce rapport, regrette un ami du président. Ce n’est pas possible, pas compréhensible. »« Ayrault a suivi ce rapport sur l’intégration car il est dans une course à l’échalote avec Valls, il a fait une erreur, ajoute un élu PS. Ça commence à faire beaucoup… »

Les poids lourds du gouvernement, qui n’ont pas pardonné à Jean-Marc Ayrault son offensive solitaire sur la fiscalité, savourent le faux pas. En début de soirée, Manuel Valls est monté en première ligne, multipliant les critiques sur les « aspects inacceptables » du rapport et affirmant ne pas se reconnaître « dans l’orientation générale ». « On a l’impression que la laïcité est un adversaire », a-t-il regretté. Quant à Arnaud Montebourg, qui ne cache pas son inimitié pour le premier ministre, il a répondu « joker » quand on lui demandait, vendredi soir, sur Canal +, si Ayrault serait encore premier ministre en 2014. Ambiance…

À Matignon, on reconnaît après coup que certaines des préconisations des groupes de travail sont « très sensibles » à l’approche des municipales. « Ces rapports proposent ni plus ni moins de passer d’un modèle républicain de la laïcité à un modèle libéral de type anglo-saxon ouvert aux communautarismes », s’inquiète en effet un député socialiste. Mais les conseillers du premier ministre tentaient néanmoins de minimiser en évoquant« le point de vue théorique des sociologues ». « Nous voulions être totalement transparents sur le travail qui a été fait », argue un conseiller du premier ministre qui semble étonné que le débat sur l’intégration n’ait pas eu lieu plus tôt, mi-novembre, lorsque les rapports ont été mis en ligne.

Cette « transparence » a beaucoup agacé dans les rangs socialistes, où l’on critique à nouveau le fonctionnement de Matignon. « La façon dont se sont passées les choses est délirante et cela montre encore ce que l’on sait sur Matignon : cette maison n’est pas tenue », enrage un député PS. « La communication gouvernementale a encore échappé aux règles élémentaires de bon sens », grince un autre. Le porte-parole du groupe PS à l’Assemblée, Thierry Mandon, se serait pour ainsi dire étranglé vendredi matin à la lecture du Figaro qui consacrait sa manchette au sujet. « Il n’y a pas un député, dans le groupe PS, qui suivra la proposition » sur le voile, affirme-t-il.

Vendredi soir, Manuel Valls a admis en creux que le dossier n’avait pas été correctement géré et appelé sur BFM TV à revenir « au fond ». Ayrault présentera les « grands axes de la nouvelle politique d’intégration » en janvier, à l’issue d’un séminaire gouvernemental. Il n’a plus le droit à l’erreur.

Réforme fiscale : Hollande temporise

Une nouvelle pierre dans le jardin de Jean-Marc Ayrault. La réforme fiscale, annoncée par le premier ministre ne sera pas le big bang annoncé. En marge d’un déplacement au Brésil, François Hollande a voulu temporiser sur cette « remise à plat » de la fiscalité. « Tout ce qu’on a fait depuis 2012 est sanctuarisé », a-t-il confié. « On ne veut pas refaire ce qu’on a déjà fait », a lancé le chef de l’Etat qui a cité notamment le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), critiquée par l’aile gauche de sa majorité, laquelle juge que cette mesure est un cadeau sans contrepartie fait aux entreprises. « Tout ce qui a été fait n’est plus à faire », a insisté Hollande, soucieux de garantir une certaine « stabilité ».

Le président, qui voyageait au Brésil avec une délégation de 50 chefs d’entreprise, est conscient des inquiétudes que suscite cette réforme fiscale. Il a rappelé que la condition de cette réforme était d’abord la baisse des dépenses. « Sinon, il n’y pas de marge de manœuvre », a t il ajouté. Interrogé sur le coté « anxiogène » d’une telle initiative, alors que les Français ont manifesté leur « ras-le-bol fiscal », Hollande a toutefois jugé que cette réforme pouvait aussi « rassurer » car cela permettait de réfléchir à une fiscalité « plus juste, plus efficace ».

Le premier ministre, qui a commandé un rapport explosif sur l’intégration, a suscité l’agacement du président, qui l’a recadré depuis Cayenne. Ça commence à faire beaucoup.