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La Tunisie sous la menace de terroristes étrangers

mercredi 8 janvier 2014, par siawi3

Entretien par Yasmine Najjar à Tunis pour Magharebia - 27/12/2012

Source : http://magharebia.com/fr/articles/awi/reportage/2013/12/27/reportage-01

Le terrorisme a fait son apparition dans le berceau-même du Printemps arabe. Selon Badra Gaaloul, spécialiste des questions stratégiques, nombre des extrémistes qui se trouvent aujourd’hui en Tunisie sont des ressortissants étrangers formés en Libye.

Magharebia a rencontré cet expert des questions militaires et de sécurité à Tunis pour parler de l’avenir du pays.

Magharebia  : Vous avez récemment déclaré que trois cents « émirs » d’Ansar al-Sharia formés au maniement des armes en Libye se préparaient à entrer en territoire tunisien pour y prendre la direction des groupes terroristes.

[Yasmine Nejjar] « Trois cents émirs formés au maniement des armes en Libye se préparent à entrer sur le territoire tunisien », explique Badra Gaaloul, spécialiste militaire et de la sécurité.
[AFP/Fethi Belaid] Les forces de sécurité tunisiennes sont désormais face à des terroristes venus de différents pays.

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Badra Gaaloul : Oui, je confirme ces propos. J’ajoute également que ce qui se passera dans les jours qui viennent sera effrayant, à moins que nous ne trouvions un moyen clair et efficace d’éliminer le terrorisme en Tunisie et dans la région. Ces groupes terroristes se préparent à mener des opérations professionnelles et sophistiquées visant des régions sensibles…

Ces trois cents émirs ont prononcé il y a quelques jours en Libye un serment d’allégeance au programme d’Ansar al-Sharia, afin d’atteindre leurs objectifs en Tunisie…

Les terroristes armés appartiennent à plusieurs nationalités et sont venus en Tunisie après avoir été formés en Libye. Parmi eux se trouvent des Libyens, des Tunisiens, des Algériens et des Maliens, qui disposent d’armements sophistiqués.

Magharebia : Quelles sont vos sources d’information ?

Gaaloul : Je ne peux les révéler pour l’heure.

Magharebia : Comment jugez-vous le rôle de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme dans la région ?

Gaaloul : Franchement, nous avons la chance d’être voisins de l’Algérie.

Les forces de sécurité et l’armée algériennes jouent un rôle majeur dans la sécurisation de la frontière tunisienne et la lutte contre l’infiltration des terroristes.

Magharebia : Quels ont été les débuts du terrorisme en Tunisie ?

Gaaloul : Ce phénomène est apparu après les révolutions tunisienne et arabes. Il se caractérise en général par une escalade terrible…

Si vous considérez l’histoire du terrorisme et examinez les théories les plus importantes qui le concernent, vous constatez qu’il est certes moderne, mais que ses pratiques sont aussi anciennes que l’espèce humaine.

Le concept de « terrorisme » est apparu pour la première fois dans le Dictionnaire de l’Académie française de 1798. Il est apparu en même temps que l’Etat moderne, soumis à des lois politiques et sociologiques spécifiques et associé à la violence nihiliste.

Le terrorisme cherche à détruire l’Etat moderne. Il représente son antithèse...

Magharebia : Que dire du terrorisme religieux ?

Gaaloul : C’est dans le monde musulman qu’il est aujourd’hui le plus prévalent. Bien qu’essentiellement totalitaire par nature, ce phénomène est spécifique aux communautés qui cherchent le modernisme et souhaitent acquérir des méthodes laïques. Il concerne les communautés qui appellent au changement, qu’il soit dans les corps ou dans les esprits…

Le terrorisme résulte d’un refus de la société, sans que ce rejet ne se fonde sur un objectif clair ni une raison spécifique. Il renferme chaos et caractère aléatoire. Si la violence est une conduite informelle qui cherche à résoudre ses contradictions par la force, le terrorisme est la forme la plus désespérée de ceux qui s’y adonnent.

La violence terroriste est synonyme de vengeance et de rétribution…

Magharebia : Quel est l’état de la sécurité en Tunisie ?

Gaaloul : Nous savons tous ce qu’était l’appareil sécuritaire sous le régime de Ben Ali, au service de lui-même et de sa famille. Après s’être débarrassée de ce régime autoritaire, la Tunisie a pris des mesures sur la voie de la transition démocratique.

Le principal défi que doivent aujourd’hui relever les Tunisiens est la réhabilitation du système républicain et de l’ensemble de ses institutions. Tous ont une responsabilité historique et patriotique dans la mise en place d’un système républicain fondé sur une stricte séparation des trois pouvoirs, afin de garantir la liberté et la justice pour les Tunisiens.

Le processus de transition démocratique ne peut réellement réussir en-dehors d’un système républicain. Et cela nécessite des institutions fortes et indépendantes. Les partis politiques doivent construire leurs activités politiques sur la base d’une démocratie qui autorise le droit à la différence et refuse le monopole politique, parce que ce dernier est une manifestation de la tyrannie.

Magharebia : Le projet de réforme en Tunisie peut-il réussir dans la lutte contre l’extrémisme ?

Gaaloul : Historiquement, la réforme politique en Tunisie a représenté une voie intégrée depuis le milieu du XIXème siècle, qui a commencé avec le réformateur Khairuddin Basha pour aboutir au dirigeant Habib Bourguiba…

Parmi les plus éminentes caractéristiques du projet de réforme en Tunisie se trouvent l’adhésion aux valeurs de modération et de coexistence, et le refus des diverses formes de violence, d’exclusion et de marginalisation. Ces valeurs devraient aujourd’hui faire l’objet d’un pacte entre les partis politiques…

Naturellement, l’option nationale signifie l’attachement aux institutions politiques, le succès de la République, la victoire de l’Etat citoyen, la souveraineté de la règle civile et de la décision nationale, et le rejet de tout tutorat ou loyauté envers un quelconque parti ou une quelconque idéologie, qu’elle soit culturelle ou religieuse.

Dans ce sens, l’option de la réforme nationale est celle qui porte la plus grande chance de succès d’un parti ou d’un courant politique, parce qu’elle dérive sa légitimité de la lutte nationale entre les différentes affiliations.

Elle dérive également sa légitimité du système républicain et de l’Etat de droit.