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Les Algériens se ruent vers la Tunisie pour les fêtes

mercredi 8 janvier 2014, par siawi3

Par Nazim Fethi àAlger pour Magharebia – 03/01/2014

Source : http://magharebia.com/fr/articles/awi/reportage/2014/01/03/reportage-01

Vacances scolaires et Nouvel An donnent aux Algériens une raison de passer les fêtes loin de chez eux.

Si les plus fortunés d’entre eux se rendent en France et en Espagne et les plus modestes aiment la Turquie, la majorité des Algériens choisissent la Tunisie.

Les postes frontaliers d’Oum Tboul et d’El Ayoun, dans la wilaya de Tarf, connaissent un intense trafic de passagers qui vont passer les fêtes de fin d’année en Tunisie.

[AFP/Fethi Belaid] Des touristes déambulent dans les étroites ruelles des collines du quartier de Sidi Bou Said près de Tunis en octobre dernier.

[AFP/Fethi Belaid] Des touristes déambulent dans les étroites ruelles des collines du quartier de Sidi Bou Said près de Tunis en octobre dernier.
[AFP/Gianluigi Guercia] Des visiteurs dans les passages de la médina de Tunis, une destination touristique très prisée.

[AFP/Gianluigi Guercia] Des visiteurs dans les passages de la médina de Tunis, une destination touristique très prisée.

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Selon les agents de la police des frontières, ce sont quelque six mille personnes qui, chaque jour, franchissent celle-ci. La plupart utilisent leurs propres véhicules, mais d’autres, notamment les jeunes, voyagent àbord de cars affrétés par les agences de voyages.

« La majorité de nos clients vont en Tunisie, qu’ils connaissent bien », affirme Manel Chami, réceptionniste dans une agence de voyages àAlger.

Omar Bedjaoui et Rachid Houat, deux commerçants, se rendent fréquemment en Tunisie. « En Tunisie, on se sent chez nous. On connaît très bien le pays et on n’a aucun problème de langue. »

Mais qu’en est-il de la situation sécuritaire une fois passée la frontière ?

« Quelle situation sécuritaire ? La presse exagère un peu », explique Bedjaoui àMagharebia. « Nous étions là-bas cet été et croyez-moi, il n’y a rien de tout cela. Il y a juste une crise politique que les Tunisiens vont finir par résoudre. »

« En tout cas, il n’y a ni kidnappings ni faux barrages routiers », ajoute son ami.

Il n’en reste pas moins que ces fêtes font réagir les salafistes.

Le Sheikh algérien Abdelhfattah Zeraoui Hamadache a peut-être échoué dans sa tentative d’obtenir l’autorisation de lancer le premier parti politique salafiste dans le pays, mais il a multiplié les actions visant àdissuader les gens de célébrer le Nouvel An chrétien.

« Non àla bà»che chrétienne. Non aux festivités des Croisés », lit-on dans les tracts placardés àl’intérieur des mosquées d’Alger et devant les pâtisseries et certains hôtels.

Les salafistes, qui considèrent les fêtes du Nouvel An comme un moment de l’année où les citoyens s’adonnent à« une consommation effrénée d’alcool et dansent dans des cabarets jusqu’au matin », ont tenté en vain d’inciter le gouvernement àles interdire.

Pas plus qu’ils n’ont réussi àconvaincre les citoyens. De nombreux Algériens ont acheté leur bà»che et célébré le Nouvel An.

« Ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Ils sont libres de fêter ou de boycotter. Mais ils ne peuvent pas nous dicter notre conduite », explique Salah Lounas, un universitaire.

« Le terrorisme armé n’a pas eu raison de nous, ce n’est pas le terrorisme verbal qui le fera. Personne n’a le monopole de la religion et personne ne nous complexera sur ce sujet », ajoute-t-il.

Les habitués des visites en Tunisie confirment que les autorités font leur possible pour rassurer les touristes algériens. Des barrages de police sont mis en place sur les grands axes routiers empruntés par les vacanciers algériens depuis les frontières. Et les complexes touristiques ont également renforcé leur sécurité.

« La coopération sécuritaire avec nos homologues tunisiens est exemplaire », explique un policier algérien qui a souhaité garder l’anonymat. « Elle est basée sur la formation et l’échange d’informations. Ce dernier point est primordial, puisqu’il nous a permis de déjouer plusieurs tentatives d’incursion de groupes terroristes et d’en neutraliser d’autres. »

Il ajoute : « Pour le moment, la situation sécuritaire àla frontière est maîtrisée, même si des risques de voir des groupes terroristes tunisiens passer àd’autres formes d’action, comme les attentats suicides ou les assassinats politiques, restent d’actualité. »

« Toutefois, grâce àla coopération et àla collaboration entre les différents services des deux pays, les choses devraient être maîtrisées et les groupes terroristes ne devraient pas avoir de grandes marges de manÅ“uvre », explique-t-il àMagharebia.

De nombreux Algériens expliquent vouloir continuer àse rendre en Tunisie en signe de solidarité. Ils insistent sur le fait que leur présence dans ce pays est essentielle.

« N’oublions pas que la Tunisie a été le seul pays àavoir laissé ses frontières ouvertes et àn’avoir jamais imposé de visas aux Algériens durant les pires années du terrorisme », explique Nachida Baghdadi, une enseignante.

« Aujourd’hui plus que jamais, nous devons être aux côtés des Tunisiens pour faire barrage aux extrémistes qui voudraient bien instaurer un climat de terreur et faire fuir les touristes, principale ressource financière de la Tunisie », ajoute-t-elle.

Rachid Fenzi parle également du passé de l’Algérie : « J’ai trente ans. Durant toute mon enfance et ma jeunesse, j’ai vécu sous la menace terroriste. J’en suis traumatisé. Maintenant, je veux vivre normalement, faire la fête. »

« J’aurais aimé passer les fêtes chez moi, mais tout est complet, et en plus, c’est trop cher », explique-t-il. « Alors pourquoi pas la Tunisie ? »

« J’y vais souvent, parfois juste pour passer le week-end, et je peux vous assurer que je n’ai jamais ressenti la moindre peur, la moindre menace dans ce pays. Bien au contraire », explique-t-il àMagharebia.

Les autorités des deux pays renforcent leurs efforts pour sécuriser la région frontalière. Selon le quotidien El Fadjr, l’armée algérienne a déployé trois mille soldats le long de la frontière avec la Tunisie en vue de resserrer l’étau sur les terroristes qui se cachent dans les maquis avoisinants.