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Centrafrique : « La réponse militaire, seule, ne suffira pas àrésoudre la crise  »

lundi 13 janvier 2014, par siawi3

Publié sur Humanite (http://www.humanite.fr)

Source : http://www.humanite.fr/monde/mg-dieudonne-nzapalainga-la-reponse-militaire-seul-556274

Entretien réalisé par
Rosa Moussaoui

Mg Dieudonné Nzapalainga :
Humanité Quotidien, 3 Janvier, 2014

Mg Dieudonné Nzapalainga est archevêque de Bangui. Il récuse l’idée d’un conflit religieux qui opposerait musulmans et chrétiens.

Comment expliquer que le conflit en Centrafrique ait pris une tournure religieuse, alors que cette question n’a jamais suscité par le passé de clivage structurant dans ce pays  ?
Mgr Dieudonné Nzapalainga. Des responsables politiques ont laissé leurs hommes toucher àla cible religieuse. Sur des critères apparemment religieux, des gens ont été bousculés, pillés, violentés, victimes d’exactions. Lorsque les chrétiens sont devenus la cible d’attaques massives, les musulmans ont été mis en cause. Mais dans les faits, musulmans comme chrétiens ont été victimes d’exactions. Les communautés qui vivaient ensemble se regardent maintenant en chien de faïence. La méfiance s’est installée, la communauté a été brisée, nous le déplorons. Dans un pays républicain, ce n’est pas la fibre religieuse qui doit compter. Ce que nous vivons n’est pas un conflit religieux. C’est un conflit militaro-politique. Les différences religieuses sont exploitées, instrumentalisées àdes fins politiques. L’imam, le pasteur et moi-même dénonçons haut et fort ces comportements, en rappelant notre passé harmonieux, pacifique. Ce passé où, musulmans et chrétiens, nous avons cohabité, collaboré. Depuis Barthélemy Boganda, l’unité était une réalité, une vertu àpréserver. Il est hors de question, aujourd’hui, de faire voler en éclats cet héritage.

Pensez-vous que le délitement de l’État a fait le lit de la division et des violences  ?
Mgr Dieudonné Nzapalainga. Oui. L’État, ici, n’a d’État que le nom. À l’intérieur du pays, l’État n’existe plus depuis longtemps. Les populations sont abandonnées, livrées àelles-mêmes. Les régions délaissées sont devenues des sanctuaires pour les groupes rebelles, qui ont avancé sans rencontrer d’obstacles. Personne ne voulait combattre pour défendre des dirigeants qui ne s’occupaient pas des populations. Quand vous ne vous souciez pas des hommes et des femmes qui sont sous votre autorité, ils finissent par vous tourner le dos. Ce vide laissé par l’État a permis
àdes seigneurs de guerre de s’arroger le droit de vie et de mort sur les gens.

Avec l’intervention française, croyez-vous qu’une réponse militaire puisse constituer une issue àcette crise  ?
Mgr Dieudonné Nzapalainga. La réponse militaire seule ne suffira pas. Il faut des réponses politiques, sociales, économiques. Aujourd’hui nous sommes dans une impasse. Les soldats français et africains sont làpour protéger les populations civiles, pour permettre aux organisations humanitaires d’avoir accès àceux qui, depuis des mois, vivent terrés dans la brousse, sans soins, sans nourriture. Mais les représentants politiques doivent s’impliquer pour dire non àla guerre, àla violence. Il est facile de déposer les armes. Mais si les cœurs restent gorgés de haine, ce sera difficile. Ce sont les cœurs qu’il faut désarmer par des messages de réconciliation, de respect de la vie. Dans l’immédiat, nous lançons un message d’alarme pour les personnes déplacées (plus de 100 000 àl’aéroport de Bangui), qui sont privées de tout. C’est une situation déshumanisante, catastrophique. Nous devons y faire face.

La Centrafrique dispose d’importantes ressources naturelles. Comment expliquer que ces ressources n’aient jamais profité aux populations  ?
Mgr Dieudonné Nzapalainga. Les richesses de la Centrafrique attisent les convoitises. Jusqu’ici ses dirigeants ont bradé ce pays, empochant l’argent qui devrait profiter au peuple. C’est ce qui engendre des frustrations et de la colère. C’est cela qui nous a précipités dans le gouffre. Il est temps que ceux qui prendront demain les rênes de ce pays pensent au bien commun.