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Mutilations sexuelles des femmes

jeudi 13 février 2014, par siawi3

Claudia Cappa « Cette pratique perdure depuis deux mille ans  »

6 Février, 2014
Source : http://www.humanite.fr/societe/claudia-cappa-cette-pratique-perdure-depuis-deux-m-558548

Claudia Cappa, auteur du rapport de l’Unicef
sur les mutilations génitales féminines.
Entretien réalisé par Damien Roustel

Trois millions de filles sont excisées chaque année dans le monde. D’où vient cette pratique  ?

Claudia Cappa. On ne la connaît pas avec certitude.
Des auteurs ont cherché àétablir un lien entre la pratique de l’excision en Afrique et au Moyen-Orient et la présence de certains empires comme ceux de Koush ou de Méroé, qui s’étendirent entre l’Égypte et le Soudan. Certains pensent que c’est àpartir de la ville de Méroé, cité antique de Nubie, que cette pratique a été diffusée. C’était une façon de garantir la fidélité des femmes dans un contexte de polygamie. Cela daterait donc de deux mille ans.

La religion joue-t-elle un rôle  ?

Claudia Cappa. La religion, y compris musulmane, ne requiert pas de mutilations génitales féminines, même s’il est vrai qu’elles sont très répandues parmi les populations musulmanes. L’excision est aussi présente
parmi les populations chrétiennes, comme en Éthiopie. Les femmes pensent qu’il s’agit d’une obligation sociale. C’est une forme de conformité aux normes sociales des communautés dans lesquelles elles habitent.

Dans votre rapport, vous pointez un recul de cette pratique, mais pas uniforme. Comment l’expliquez-vous  ?

Claudia Cappa. L’excision a reculé dans des pays comme
le Kenya, où les filles âgées de 15 à19 ans sont trois fois
moins susceptibles d’avoir été excisées que les femmes de 45 à39 ans. D’autres diminutions importantes ont été enregistrées en Tanzanie, au Liberia, en Sierra Leone ou au Burkina Faso. Il est très difficile de savoir pourquoi. Au Kenya, chez les Meru notamment, l’excision a été totalement abandonnée en l’espace de trois générations. C’est le résultat de plusieurs facteurs  : la loi nationale, l’accès àl’éducation des femmes, et des activités
au sein des communautés. Dans le cas des Meru, une association d’hommes a entrepris des actions pour promouvoir le dialogue et la connaissance
des dangers associés aux mutilations génitales féminines. Au total, on constate une accélération de la chute de la pratique de l’excision ces dix dernières années.

Pourquoi n’enregistre-t-on pas de progrès dans certains pays, comme la Somalie  ?

Claudia Cappa. En Guinée ou en Somalie, où plus de 90 % des femmes ont été excisées, il est très difficile de promouvoir un changement social. Les baisses les plus fortes ont été enregistrées dans des États où le pourcentage de femmes excisées est, selon les régions, très haut ou très bas ; et où les communautés qui pratiquent l’excision côtoient celles qui ne la pratiquent pas.

L’excision perdure dans de nombreux pays où elle est pourtant interdite. Comment l’expliquez-vous  ?

Claudia Cappa. Cette interdiction ne s’accompagne pas d’actions pour favoriser une prise de conscience. La loi est très importante, mais elle n’est pas suffisante.