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Europe : Tuerie àBruxelles : les failles de l’antiterrorisme

lundi 2 juin 2014, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2014/06/02/la-france-et-l-europe-face-au-terrorisme-islamiste_4430174_3210.html

LE MONDE | 02.06.2014 à11h23 • Mis àjour le 02.06.2014 à13h21 | Par Jacques Follorou et Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

La ministre belge de l’intérieur, Joë lle Milquet, et son homologue français, Bernard Cazeneuve, dimanche 1er juin 2014, àParis. La ministre belge de l’intérieur, Joë lle Milquet, et son homologue français, Bernard Cazeneuve, dimanche 1er juin 2014, àParis. | AFP/THOMAS SAMSON
L’inquiétude était théorique. Elle est devenue réalité. Pour la première fois depuis le début du conflit syrien, en 2011, la France a arrêté, sur son sol, un djihadiste français ayant combattu en Syrie avant de revenir en Europe pour y commettre un acte terroriste.

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Paris et ses partenaires européens ont, depuis trois ans régulièrement évoqué, ensemble, cette menace pour leur territoire. Les services de police et de renseignement nationaux ont mis en place des parades et ont obtenu des moyens humains et juridiques.

Mais Mehdi Nemmouche, originaire de Roubaix, objet d’une fiche de sà»reté, a tout de même pu aller se battre en Syrie, puis rentrer en Belgique, via l’Allemagne, et vraisemblablement assassiner, le 24 mai, au Musée juif de Belgique, àBruxelles, un couple de touristes israéliens, une Française de 67 ans et causer la mort cérébrale d’un bénévole belge. Il a aussi pu s’enfuir sans être inquiété et emprunter, six jours plus tard, la ligne internationale de bus Eurolines, qui effectue la liaison entre Amsterdam et Marseille, avant d’être arrêté vendredi « de manière inopinée  » par les douaniers àMarseille.

Lire le profil : Les vies multiples de Mehdi Nemmouche

STRATÉGIE FRANÇAISE « PARTIELLEMENT CADUQUE  »

A l’instar des interrogations apparues autour de Mohamed Merah – auteur de tueries en mars 2012 àToulouse et Montauban – quant àses déplacements et àla réactivité des autorités, se pose une nouvelle fois la question de la capacité de la France et de l’Europe àjuguler ce type de menace.

En mai 2013, la mission parlementaire sur le renseignement, dirigée par Jean-Jacques Urvoas, président (PS) de la commission des lois de l’Assemblée nationale, avait estimé que la stratégie française face au terrorisme était « partiellement caduque  ». M. Urvoas considérait qu’il fallait remplacer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) par une Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), car, disait-il, « l’affaire Merah ne procède pas des dysfonctionnements de la DCRI, elle les révèle  ». La DGSI a vu le jour le 2 mai et n’a pas été davantage en mesure d’empêcher les agissements de celui que le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a qualifié de « loup solitaire  ».

Selon les experts antiterroristes français, le profil de Mohamed Merah ou de Mehdi Nemmouche échappe, en grande partie, aux filets juridiques et de surveillance mis en place par les démocraties. Ils sont absents d’Internet et des réseaux sociaux. Autoradicalisés, ils n’ont pas de sociabilité religieuse et ne fréquentent pas les mosquées, ce qui ne les empêche pas de disposer d’un réseau.

Délinquants, condamnés pour des délits de droit commun, ils ont une accoutumance àla violence et une connaissance du monde policier et judiciaire qui en fait de parfaits dissimulateurs. Leur stratégie de déplacement déjoue aisément les mesures de contrôle aux frontières européennes.

Lire aussi (éditions abonnés) Bruxelles, capitale du djihadisme européen

Pour revenir de Syrie, Mehdi Nemmouche a transité par la Malaisie, Singapour et la Thaïlande avant d’atterrir àFrancfort où son passage a été signalé. « Ce n’est pas parce que les Allemands le voient passer qu’ils vont mettre un policier derrière lui. Sorti de l’aéroport, il va où il veut, comme il veut, c’est la liberté de mouvement de tout individu  », rappelle une source judiciaire française.

Mehdi Nemmouche comme Mohamed Merah sont des tueurs agissant seuls, usant d’armes àfeu pour abattre leurs victimes. La DCRI a eu plus de facilité àcontrer une menace plus organisée et collective venant elle aussi de la mouvance djihadiste syrienne.

Capture vidéo montrant l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Capture vidéo montrant l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. | AFP/HO

Le 17 février, la DCRI a ainsi arrêté dans le Var un individu ayant combattu en Syrie et s’apprêtant àcommettre un attentat àl’explosif pour « punir la France  », selon des échanges interceptés sur Internet avec des complices. Ibrahim B., âgé de 23 ans, serait resté, selon une source au sein de la nouvelle DGSI, un an et demi dans les rangs d’un groupe islamiste radical en Syrie.

Les policiers le recherchaient pour appartenance au groupe de Cannes-Torcy soupçonné d’avoir attaqué àla grenade, en septembre 2012, une épicerie juive àSarcelles (Val-d’Oise). Contrôlé une première fois en Grèce, il était en fuite après l’arrestation, en Italie, le 16 janvier, d’un complice qui a depuis été extradé en France.

Lors de la perquisition de l’appartement d’Ibrahim B., àMandelieu-la-Napoule (Var), les policiers ont, notamment, découvert des canettes de Coca-Cola transformées en explosifs prêts àl’emploi.

GRANDE MOBILITÉ DE CES TUEURS SOLITAIRES

Jamais les démocraties européennes n’ont été confrontées àun phénomène djihadiste aussi massif dans une région aussi proche et accessible. Les autorités françaises tentent depuis trois ans, avec grande difficulté, de le comprendre et de le contrôler.

« 90 % des personnes arrêtées en France pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste liée au conflit syrien n’ont jamais mis les pieds dans ce pays, rappelle un magistrat spécialisé. Nous restons un Etat de droit, il faut des éléments pour priver quelqu’un de sa liberté : messages Internet, appels téléphoniques des zones de combat… Or la plupart des djihadistes ne communiquent pas.  » Il y a un an, une seule personne était en détention pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste  ».

La grande mobilité de ces tueurs solitaires met également àmal les logiques nationales des polices en Europe. Quand l’attaque du Musée juif de Belgique survient, la DGSI, comme le ministère de l’intérieur belge, considèrent qu’il s’agit, a priori, d’un acte antisémite commis par un national belge. En 2012, un Français avait pourtant pris le train pour aller poignarder deux policiers àBruxelles en représailles àl’interdiction par la Belgique du port de la burqa.

Ces prismes nationaux s’ajoutent àla complexité de la coopération entre les pays concernés par la crise syrienne. Derrière une façade consensuelle, la collaboration entre la France et la Turquie, principal point de passage des djihadistes européens pour se rendre en Syrie, se heurte àdes considérations régionales. D’après un haut responsable policier français, « les Turcs estiment que la question kurde est prioritaire par rapport àun djihadisme syrien, qu’ils ne veulent pas voir transformé en menace pour leur territoire. Puisque Paris refuse d’extrader les Kurdes emprisonnés, les Turcs ne voient pas pourquoi ils céderaient aux récriminations françaises sur leur manque d’entrain àcollaborer  ».

Pour tenter de resserrer les mailles du filet antidjihadiste, les ministres européens de l’intérieur doivent se réunir, jeudi 5 mai àLuxembourg, pour examiner le rapport du coordinateur de la politique antiterroriste, Gilles de Kerchove. Selon ce dernier, « les hommes et les filières savent comment exploiter au mieux les règles de la libre circulation  ». Dimanche, Bernard Cazeneuve et son homologue belge, Joë lle Milquet, ont souhaité « un renforcement de la surveillance européenne des candidats au djihad  » et de nouvelles « mesures législatives indispensables àun meilleur contrôle des candidats au djihad sur le territoire national  ».

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