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Belgique : Medhi Nemmouche : quel rôle a joué l’Etat islamique en Irak et au Levant ?

lundi 2 juin 2014, par siawi3

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140602.OBS9184/medhi-nemmouche-quel-role-a-joue-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant.html

Par Sarah Diffalah

Publié le 02-06-2014 à 19h11Mis à jour à 19h16

L’auteur présumé de la tuerie de Bruxelles a peut-être passé plus d’un an en Syrie au sein de « l’Etat islamique de l’Irak et du Levant ». Ce dernier attire de nombreux aspirants au djihad.

Image extraite d’une vidéo diffusée le 4 janvier 2014 par le groupe djihadiste Etat islamique en Irak et au Levant. (AFP)

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Medhi Nemmouche, suspecté d’être l’auteur de la tuerie au musée juif de Bruxelles a passé plus d’un an en Syrie, « où il semble avoir rejoint les rangs de groupes combattants », tel que l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL). Lors de son interpellation à Marseille, un drap blanc sur lequel était inscrit en arabe « Etat islamique d’Irak et du Levant » et « Dieu est grand » a été saisi par les enquêteurs. Pour l’heure, aucun lien direct n’a été établi entre ce groupe djihadiste très violent et les assassinats de Bruxelles. Et EEIL n’a pas revendiqué cette attaque et n’a d’ailleurs jamais commis d’attentat dans les pays occidentaux.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’EEIL attire de nombreux aspirants au djihad. Plus de 2.000 combattants en Syrie sont européens, et une majorité parmi les Français (environ 700 selon le ministère de l’Intérieur dont les femmes et les enfants des combattants) sont engagés auprès de l’EEIL, plutôt qu’au sein de Jabat al-Nosra, l’autre principal groupe djihadiste qui agit en Syrie et qui se revendique comme la branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie. « Les personnes qui évoluent dans les courants les plus radicaux en France et qui sont prêtes à combattre en Syrie vont chercher les mouvements les plus déterminés. EEIL attire car il sait mettre en scène sa violence, est fort dans sa communication et est le plus développé. Il a réussi à ringardiser Al-Qaïda, » explique Romain Caillet, chercheur à l’institut français du Proche-Orient de Beyrouth.

EEIL gagne du terrain

Apparu en 2013 en Syrie, EEIL a conquis ces dernières années de nombreuses places fortes du djihad. Issu de l’Etat islamique en Irak (ISI) créé en 2007 contre l’offensive américaine et dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, EIIL n’a pas fait allégeance au chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui a désigné son rival Al-Nosra comme la branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie et a de fait évincé un groupe indésirable. Mais EIIL revendique la même idéologie djihadiste, poursuit sa guerre contre le chiisme et veut installer un califat islamique dans une région située entre la Syrie et l’Irak.

Dans cette perspective, EEIL a remporté une victoire de taille sur le terrain au début de l’année en s’emparant de la ville de Falloujah en Irak, à l’ouest de Bagdad, et de plusieurs quartiers de la ville de Ramadi, à 100 kilomètres à l’ouest de la capitale -deux cités situées dans la province majoritairement sunnite d’Al-Anbar. Une victoire idéologique, Falloujah étant le symbole de la résistance djihadiste face aux Américains lors de la guerre en Irak, qui sert de propagande pour recruter des volontaires au combat. Mais EEIL a surtout fait un retour fracassant à la faveur du conflit syrien où, à partir de janvier 2014, il se montre de plus en plus offensif afin de contrer son frère ennemi, le front Al-Nosra.

Nemmouche a-t-il été envoyé par EEIL ?

Depuis la découverte de possibles liens entre Medhi Nemmouche et EEIL, la question se pose désormais de savoir si le groupe djihadiste a des objectifs militaires qui ferait de l’Europe, et plus généralement de l’Occident, une cible potentielle, et si le Français a été téléguidé par EEIL. Pour Romain Caillet, EEIL est « dans une logique régionale » qui ne s’inscrit pas, à priori, dans une volonté de toucher les pays occidentaux. « C’est une réelle différence avec Al-Qaïda qui a toujours dit, par la voix même d’al-Zawahiri, que son ennemi principal était l’Occident, et en second lieu Israël », souligne le chercheur.

Sceptique, il explique que les Français sur le terrain sont souvent utilisés comme de la chair à canon lors d’attentats-suicides. « EEIL s’intéresse davantage aux Tchétchènes par exemple qui ont une plus grande expertise guerrière. On remarque que les Français recrutés par EEIL sont parfois déplacés vers l’Est et vers l’Irak. Si le groupe djihadiste avait l’intention de renvoyer les combattants dans leurs pays d’origine pour organiser des attentats, il les mettrait de côté et les formerait dans ce but. »

Se légitimer à Gaza

Cependant, « l’hypothèse d’une action coordonnée par EEIL, qui s’inscrirait toujours dans une logique régionale » n’est pas à exclure . « EEIL est en train de s’implanter à Gaza. Au-delà des islamistes, pour les musulmans, le Levant comprend la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Palestine. L’EEIL a été notamment soutenu par un groupe djihadiste basé à Gaza, le conseil des Moudjahidines. Le Hamas a démenti toute présence de l’EEIL à Gaza. Toujours est-il qu’il y a une volonté de l’EEIL de s’installer durablement à Gaza. Le fait de frapper une cible qui soit assimilé à Israël en Occident, comme le musée juif de Bruxelles peut lui servir à se légitimer sur le terrain palestinien. Dans l’instant où EEIL s’impose en Palestine, que le cœur du djihad aujourd’hui est la Syrie et l’Irak, qu’Al-Qaïda est en voie d’être vaincu en Syrie, le groupe joue sur les deux tableaux : il se légitime en Palestine et s’internationalise mais toujours dans la logique d’avoir un ancrage régional. »

Pour certains, la compétition à laquelle se livre EEIL avec les autres groupes djihadistes pourrait avoir des conséquences directes sur le terrorisme internationale. Interrogé par « Libération », le spécialiste Jean-Pierre Filiu estime que « pour consolider son éviction d’al-Zawahiri, al-Baghdadi doit organiser un attentat majeur dans un pays occidental, ce dont Al-Qaïda a été incapable depuis une décennie ».