Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > USA : La libération controversée du sergent Bergdhal, détenu 5 ans par les (...)

USA : La libération controversée du sergent Bergdhal, détenu 5 ans par les talibans

jeudi 5 juin 2014, par siawi3

Le Monde.fr | 03.06.2014 à16h17 • Mis àjour le 04.06.2014 à02h53
Par Hélène Sallon

Source : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/03/l-echange-controverse-entre-un-soldat-americain-et-cinq-talibans_4430213_3216.html

Le sergent Bowe Bergdahl, un soldat américain retenu en Afghanistan par les talibans pendant cinq ans, a été libéré le 31 mai dans l’est du pays àl’issue d’un échange contre cinq Afghans emprisonnés àGuantanamo, transférés vers le Qatar. Une procédure qui constitue une « ouverture  » pour des négociations entre les Etats-Unis et les talibans, a estimé le patron du Pentagone Chuck Hagel.

Lire : Afghanistan : un soldat américain relâché contre cinq libérations àGuantanamo

* Les circonstances mystérieuses de son enlèvement

Image extraite d’une vidéo diffusée en 2009 où apparaît le sergent Bowe Bergdahl. Image extraite d’une vidéo diffusée en 2009 où apparaît le sergent Bowe Bergdahl. | Reuters/REUTERS TV

Bowe Bergdahl, un Américain de 28 ans né dans l’Etat de l’Idaho, a été capturé le 30 juin 2009, deux mois environ après son arrivée sur une base américaine de la province de Paktika, dans le Sud-Est afghan. Les circonstances de son enlèvement demeurent mystérieuses. Certaines sources affirment qu’il se serait enfui de son unité, d’autres qu’il aurait été capturé aux toilettes. En 2012, le magazine américain Rolling Stone a publié ce qu’il a présenté comme des courriels envoyés par Bowe Bergdahl àsa famille, où il confiait ses désillusions face àla mission américaine en Afghanistan et évoquait une possible désertion.

Des membres de son ancienne unité ont critiqué « l’acte égoïste  » de M. Bergdahl (sa prétendue désertion) et créé un groupe Facebook « Bowe Bergdahl is not a hero  ». Certains ont affirmé qu’il était de garde au moment de l’enlèvement, rapporte la chaîne de télévision américaine CNN. Il aurait, selon eux, abandonné ses armes et son poste d’observation simplement équipé d’une boussole, d’un couteau, d’eau, d’un appareil photo et d’un agenda.

Dans une vidéo diffusée àl’été 2009 par ses ravisseurs, le sergent Bergdahl a déclaré avoir été fait prisonnier « hors de [sa] base militaire  » alors qu’il avait été « distancé par sa patrouille  ». Plusieurs sources talibanes ont indiqué que Bowe Bergdahl était « saoul  » lorsqu’il a été capturé, des allégations jamais commentées par l’armée américaine.

« Bowe Bergdahl a déserté en temps de guerre et plusieurs de ses compatriotes ont perdu la vie en tentant de le retrouver  », a témoigné le sergent Matt Vierkant àla chaîne CNN. Pendant des semaines, une division de l’armée armée américaine et des membres des forces de sécurité afghanes sont partis àsa recherche. Au moins six soldats auraient été tués lors de ces recherches, selon CNN.

Certains anciens membres de son unité estiment que Bowe Bergdahl doit être traduit devant la justice militaire. « Je ne comprends pas pourquoi nous échangeons des prisonniers de Gitmo [Guantanamo] contre quelqu’un qui a déserté en temps de guerre, ce qui constitue un acte de trahison  », a estimé le sergent Vierkant àCNN. Le secrétaire àla défense, Chuck Hagel, a estimé que la santé du soldat Bergdahl était la priorité et que toute autre question serait remise àplus tard.

* Cinq ans de détention aux mains du réseau Haqqani

Une image du sergent Bowe Bergdahl, datant du 7 décembre 2010, pendant sa captivité. Une image du sergent Bowe Bergdahl, datant du 7 décembre 2010, pendant sa captivité. | AFP/-

Premier Américain fait prisonnier en Afghanistan depuis l’invasion conduite par les Etats-Unis fin 2001, il aurait été capturé par un groupe criminel lié aux talibans, avant de tomber aux mains du réseau Haqqani. Ce réseau, qui a fait allégeance aux talibans afghans tout en maintenant un certain degré d’autonomie, opère dans la région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il est connu pour ses sanglantes et spectaculaires attaques contre l’OTAN et ses alliés, notamment àKaboul.

Après sa capture, Bergdahl a été détenu dans plusieurs endroits le long de la frontière afghano-pakistanaise, parsemée de bastions talibans, selon plusieurs sources rebelles. Les talibans ont diffusé plusieurs vidéos de lui, où il apparaît le visage parfois émacié et dénonçant, peut-être sous la contrainte, la présence américaine en Afghanistan. La dernière vidéo remonte àjanvier.

Selon un commandant pakistanais du réseau Haqqani, Bowe Bergdahl a su s’adapter àsa captivité en échangeant avec ses geôliers, sans pour autant renier son identité. Il a appris àparler couramment les deux principales langues de l’Afghanistan, le dari (persan) et le pachto (langue de l’ethnie pachtoune dont sont issus la majorité des talibans). Il passait son temps àjouer au badminton et àpréparer le thé vert afghan et les repas. Il ne manquait aucune fête chrétienne, qu’il célébrait avec ses gardiens, selon la même source.

Lire l’entretien : Islamisme : « Le réseau Haqqani affiche une ambition globale  »

* Cinq anciens responsables talibans libérés de Guantanamo

Des combattants talibans. Des combattants talibans. | REUTERS/STRINGER/AFGHANISTAN

Les cinq prisonniers libérés sont Mohammad Fazl, Norullah Noori, Mohammed Nabi, Khairullah Khairkhwa et Abdul Haq Wasiq. Selon une source talibane, ces hommes étaient de hauts responsables influents du régime taliban (1996-2001), chassé du pouvoir lors de l’invasion de l’Afghanistan par les Américains après les attaques du 11-Septembre.

Khairullah Khairkhwa, qui a entretenu des liens directs avec le mollah Omar, le chef suprême des talibans afghans, et l’ancien numéro un d’Al-Qaida Oussama Ben Laden, a notamment été ministre de l’intérieur. Abdul Haq Wasiq a été vice-ministre des renseignements. Les trois autres occupaient des positions importantes dans les forces de sécurité. Ils étaient détenus depuis 2002 sur la base américaine de Guantanamo, àCuba.

Sur le site du Wall Street Journal, la biographie (en anglais) des cinq responsables talibans

Les cinq hommes ont été accueillis àDoha, au Qatar, qui a joué le rôle de médiateur dans cet échange. Le petit émirat pétrolier a apporté aux Etats-Unis des garanties de sécurité sur le transfert et la surveillance des cinq prisonniers afghans sur son territoire. Ils sont frappés d’une interdiction de sortie du territoire pendant un an. Le gouvernement afghan a qualifié cette procédure d’illégale. « L’administration américaine a remis des citoyens afghans au Qatar sans accord préalable du gouvernement afghan, àl’encontre des règles internationales  », a déclaré le ministère des affaires étrangères afghan en réclamant leur « libération  ».

* Simple échange de prisonniers ou geste pour la paix ?

Hamid Karzaï. Hamid Karzaï. | AFP/SHAH MARAI

La libération des cinq prisonniers talibans était l’une des principales conditions posée de longue date par les talibans pour ouvrir de véritables négociations de paix avec l’Etat afghan. Depuis 2010 et la création du Haut conseil pour la paix (HCP), le président Hamid Karzaï multiplie les efforts pour parvenir àun accord de réconciliation avec les talibans afin de réunifier la nation afghane. Il fait pression sur les Etats-Unis pour qu’ils facilitent ce processus, notamment par la libération de prisonniers talibans. L’administration américaine est divisée en son sein sur l’opportunité d’engager des pourparlers avec les insurgés talibans.

« Le fait que les États-Unis aient libéré les cinq principaux prisonniers réclamés par les talibans montre qu’il peut y avoir des négociations  », a estimé une source talibane. Tout en nuançant son propos : « Néanmoins, M. Obama vient juste d’annoncer qu’il pourrait y avoir des troupes américaines dans le pays jusqu’àla fin 2016. Aussi la guerre va-t-elle continuer et nous pourrions avoir un statu quo pendant un certain temps.  » L’échec des négociations de paix a donné lieu àune résurgence des violences des insurgés talibans, notamment lors du scrutin présidentiel, dont le second tour est fixé au 14 juin.

Lire (en édition abonnés) : Barack Obama achèvera le retrait total de ses soldats d’Afghanistan fin 2016

Lire notre analyse : Afghanistan : les trois défis du prochain président

Les autorités américaines et les talibans se sont ainsi gardées de donner une portée symbolique et politique àcet échange. Le porte-parole des insurgés, Zabihullah Mujahid, a indiqué que l’échange « n’avait pas été fait dans l’optique du processus de paix  ». « Il s’agit seulement d’un échange de prisonniers de guerre, cela n’a rien de politique  », a-t-il précisé.

* Des négociations sous médiation du Qatar

Le nouvel émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al-Thani. Le nouvel émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al-Thani. | MOHAMMED AL-SHAIKH/AFP

Les contacts établis ces dernières années entre les deux camps ont été rompus àplusieurs reprises par les insurgés devant le refus de Washington de libérer les cinq prisonniers talibans ; ce qui montrait, selon les rebelles afghans, que les Américains n’étaient « pas sérieux  » dans leur volonté de négocier. Des contacts souterrains se sont toutefois poursuivis.

En novembre, les talibans ont indiqué aux Américains être prêts àrelancer les négociations sur la question des prisonniers. Après avoir reçu une preuve de vie, les Américains ont initié des négociations, par l’intermédiaire du Qatar. Depuis des années, le Qatar et son émir, le cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, jouent les intermédiaires dans les efforts de réconciliation entre les talibans et le gouvernement de Kaboul. Doha avait notamment accueilli l’éphémère Bureau politique de représentation des talibans, en juin 2013. Le président américain Barack Obama a salué « l’engagement personnel de l’émir  » pour sécuriser le retour du soldat Bergdahl.

* Un échange critiqué comme un dangereux précédent

Barack Obama entouré des parents de Bowe Bergdahl, lors d’une annonce àla Maison Blanche concernant la libération du soldat. Barack Obama entouré des parents de Bowe Bergdahl, lors d’une annonce àla Maison Blanche concernant la libération du soldat. | AP/CAROLYN KASTER

L’échange a été vivement critiqué par les républicains américains, qui pointent les risques posés àla sécurité nationale par ces prisonniers. « Ces gens sont les plus dangereux parmi les plus dangereux  », a dit le sénateur républicain John McCain dans l’émission « Face the Nation  » sur CBS. Il a demandé quelles mesures seraient prises pour « s’assurer que ces extrémistes talibans violents ne retourneront jamais combattre les Etats-Unis ou nos alliés  ». « D’autres, qui ont été libérés, sont retournés au combat, nous en avons la preuve  », a ajouté le sénateur de l’Arizona.

« Venons-nous de fixer le prix des soldats américains ? Le message que cela envoie aux terroristes est-il que si vous capturez un soldat américain, vous pouvez l’échanger contre cinq terroristes ?  », a fustigé le sénateur républicain du Texas Ted Cruz. « En négociant comme on l’a fait ici, on envoie un message àtous les groupes Al-Qaida dans le monde – dont certains détiennent des otages américains – selon lequel ces otages ont (encore plus) de valeur qu’avant. C’est dangereux  », a tonné sur CNN Mike Rogers, président républicain de la commission du renseignement de la Chambre des représentants.

D’autres républicains ont même accusé le président Obama d’avoir enfreint la procédure américaine en n’informant pas le Congrès un mois avant le transfert de prisonniers de Guantanamo. « Le président des Etats-Unis, comme commandant en chef, a le pouvoir et l’autorité pour prendre la décision qu’il a prise conformément àl’article II de la Constitution  », a balayé le patron du Pentagone Chuck Hagel.

La conseillère àla sécurité nationale, Susan Rice, a pour sa part expliqué que ces délais n’avaient pu être respectés du fait d’une « situation urgente et précise  » faisant peser des risques sur la santé et la sécurité du soldat. Un responsable de « haut niveau  » de la Maison Blanche s’est par ailleurs « excusé lundi soir de ne pas nous avoir tenus au courant  » de l’accord, selon les déclarations du sénateur Saxby Chambliss, chef de file des républicains àla commission du Renseignement, mardi.

Le même jour, en Pologne, Barack Obama a tenté de clore la polémique en indiquant que les questions concernant les circonstances de cette libération ne remettaient pas en cause sa nécessité.

« Peu importent les circonstances, nous ramènerons toujours un soldat américain àla maison s’il est retenu prisonnier. Point final. (...) Nous avons consulté le Congrès il y a un moment sur la possibilité que nous avions de réaliser un échange de prisonniers afin de récupérer le sergent Bergdahl. Cette occasion s’est présentée. Nous étions préoccupés par la santé du sergent Bergdahl.  »

* Hélène Sallon

Notice to readers: Technical upgrade underway. No new content is being added here till further notice.