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Mauritanie : Appel à« tuer et àarracher les deux yeux » de la militante Aminetou Mint El Moctar

jeudi 12 juin 2014, par siawi3

Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2014/06/06/mauritanie-islamiste-fatwa-apostat-mint-el-moctar_n_545738

HuffPost Maghreb | Par Malik Tahir
Publication : 06/06/2014 09h39 CEST | Mis àjour : 07/06/2014 19h03

Le chef d’un courant islamiste radical mauritanien dénommé « Ahbab Errassoul » (les amis du prophète) a édicté une fatwa de mort contre la célèbre militante des droits de l’Homme mauritanienne et présidente de l’Association des chefs de familles, Aminetou Mint El Moctar.

Yadhih Ould Dahi, le chef de ce mouvement, rapporte le site mauritanien « 28 novembre », a décrété qu’il était licite de verser le sang de la militante des droits de l’Homme car « elle est coupable d’apostasie et prend de haut les commandements de la charia ».

Yadidh Ould Dahi reproche àla militante des droits de l’Homme d’avoir pris la défense de Cheikh Ould Mkheitir, 28 ans, arrêté au début de l’année et placé sous mandat de dépôt àla prison de Nouadhibou sous l’accusation d’« apostasie ».

Le texte de la fatwa publié intégralement par le site mauritanien est sans équivoque et il fait froid dans le dos : « Cette malveillante qui défend Mkheitir et dit qu’il est un détenu d’opinion et qui a demandé sa libération et qu’on lui rende son épouse, celle qui décrit le groupe des amis de prophète comme des Boko Haram et des Takfiri car ils n’ont fait que demander de l’équité pour le prophète et le respect de son honneur, qu’elle soit damnée par Allah, les anges et les gens réunis. Aujourd’hui j’annonce avec la bénédiction d’Allah son apostasie pour avoir minimisé les atteintes àl’honneur du prophète. C’est une infidèle dont le sang et le bien sont licites. Quiconque la tue ou lui arrache les deux yeux sera rétribué chez Allah »
Ould Mkheitir avait publié un article dénoncé comme blasphématoire et attentatoire au prophète, suscitant des manifestations de rue hostiles organisées par les courants islamistes. Dans son article, Mkheitir relevait des faits qui démontrent l’« iniquité » subie par les « couches marginales » de la société mecquoise au septième siècle. Il mettait en rapport cette « injustice » de l’époque avec le traitement réservé actuellement aux « castes » au sein de la société mauritanienne.

Le jeune Mauritanien, issu de la caste dite des forgerons (« maalemines »), critiquait le système de caste existant en Mauritanie et les justifications religieuses qui sont avancées pour le maintenir.

Bien que rapidement retiré du site web qui l’avait initialement publié, l’article en question avait déjàété relayé et traduit en français. Le jeune homme s’était attiré les foudres des ulémas et de responsables politiques qui ont réclamé « une peine exemplaire » àson encontre.

Au cours des manifestions organisées àNouakchott et àNouadhibou, des appels avaient été lancés pour l’application de la peine de mort pour « apostasie » et « propos sataniques » de Ould Mkheitir.

A l’opposé, l’IRA Mauritanie (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie), une organisation de défense des droits de l’Homme et de lutte contre l’esclavage, avait exprimé son désaccord avec les appels au « meurtre de Mohamed Cheikh Ould Mkheitir » tout en déclarant rejeter « tout ce qui peut de près ou de loin égratigner la place et l’image du prophète Mohamed, paix et salut sur lui ».

Birame Ould Dah Ould Abeid, président de IRA Mauritanie a néanmoins dénoncé « ceux qui exploitent l’Islam et en font un fonds de commerce ». Cette exploitation « menace la paix civile, l’achèvement du processus démocratique et la paix entre les différentes composantes de la société mauritanienne ».

Aminetou Mint El Moctar est une militante des droits de l’homme en Mauritanie qui lutte contre toutes formes de discrimination, notamment envers les femmes, àtravers son Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). Figure emblématique du combat pour les libertés et les droits de l’Homme, elle a obtenu le Prix des droits de l’Homme de la République française en 2006. Elle a reçu le 14 juin 2010 des mains de la secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton une distinction pour son combat contre l’esclavage moderne.