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Espagne: Les droits et la vie de femmes et de jeunes filles espagnoles sont en danger

Monday 7 July 2014, by siawi3

Source: http://www.isavelives.be/fr/node/12588?utm_source=email&utm_medium=email&utm_campaign=ANA+mobilisation+et+petition

Les droits et la vie de femmes et de jeunes filles espagnoles sont en danger

Posté par : Benoit Priem le 3 July 2014

La loi garantissant aux femmes et aux jeunes filles un accès légal et sûr àdes services d’interruption de grossesse en Espagne pourrait être profondément modifiée, ramenant le pays plusieurs décennies en arrière, àune époque précaire. Ces changements induiraient des risques pour leur santé et leur vie. Le gouvernement doit immédiatement retirer son projet de loi.

Le gouvernement espagnol a proposé un projet de loi intitulé Loi organique de protection de la vie de la personne conçue et des droits de la femme enceinte, qui prévoit de limiter la possibilité pour les femmes et les jeunes filles d’accéder légalement et en toute sécurité àdes services d’interruption de grossesse.

Ce texte est arrivé àun stade critique ; le Conseil des ministres, qui l’avait adopté le 20 décembre 2013, est sur le point de le présenter au Parlement afin qu’il y soit débattu. S’il est promulgué, il mènera àune augmentation du nombre de femmes et de jeunes filles recourant àdes procédures illégales, risquées et clandestines, mettant ainsi leur santé et leur vie en danger. Le projet de loi crée une série d’obstacles humiliants et peu réalistes que femmes et jeunes filles doivent surmonter avant de pouvoir interrompre leur grossesse légalement et en toute sécurité. Par exemple, les femmes et les jeunes filles dont la grossesse résulte d’un viol seront forcées àsignaler celui-ci àla police avant de pouvoir subir une interruption de grossesse légalement et en toute sécurité. Cela sera particulièrement problématique pour les femmes et jeunes filles migrantes sans papiers, qui risqueront dans certains cas d’être expulsées du pays si elles portent leur viol àla connaissance des autorités. Le projet de loi propose par ailleurs des restrictions àl’accès aux informations sur la santé, qui limiteront la capacité des femmes et des jeunes filles àfaire des choix éclairés sur leur propre santé. Le texte prévoit par ailleurs des sanctions contre les professionnels de santé, s’il est déterminé qu’ils ont procédé àune interruption de grossesse sortant des nouvelles limites fixées par le projet de loi ; ils risquent de voir leur autorisation de pratiquer la médecine révoquée et encourent
des peines de prison. Cela instaure un climat de peur parmi les soignants et les dissuade de répondre aux besoins des femmes et jeunes filles concernées. S’il est adopté, ce texte affectera de manière disproportionnée les femmes jeunes et pauvres car elles n’ont pas les moyens de se rendre àl’étranger afin d’interrompre leur grossesse légalement et en toute sécurité.

Ce texte est discriminatoire et rétrograde, et il est contraire aux obligations internationales de l’Espagne en matière de droits humains. En 2012, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies (CDESC) a demandé au gouvernement espagnol de veiller àce que la loi actuelle soit pleinement appliquée, et àce que l’ensemble des femmes puissent bénéficier en toute égalité d’un accès légal et sûr aux services d’interruption volontaire de grossesse. Le CDESC a par ailleurs engagé l’État àfaire en sorte que le droit àl’objection de conscience des membres du personnel de santé opposés àl’avortement ne constitue pas un obstacle pour les femmes voulant mettre fin àleur grossesse; et àse soucier tout particulièrement de la situation des adolescentes et des immigrées. Ce texte fait le contraire.

En savoir plus : la position d’Amnesty International sur l’avortement

Amnesty ne se prononce pas pour un droit àl’avortement dans tous les cas. L’organisation demande aux États de :

- abroger les lois en vertu desquelles les femmes sont, ou peuvent être, inculpées et emprisonnées pour avoir cherché àse faire avorter ou avoir subi un avortement ;
- abroger les lois qui stigmatisent ou condamnent les membres du corps médical ayant donné des informations sur l’avortement ou procédé àdes avortements dans le cadre des limites raisonnables fixées ;
- se doter d’une réglementation sensée sur l’accès àl’avortement ;
- fournir l’accès àdes services médicaux appropriés àtoutes les femmes présentant des complications àla suite d’un avortement, qu’il soit légal ou non ;
- faire en sorte que les femmes qui se retrouvent enceintes après avoir subi des violences sexuelles, notamment l’inceste, puissent recourir àdes services d’interruption de grossesse légaux et sans risques ;
- faire en sorte que les femmes aient accès àdes services pratiquant l’avortement légalement et sans risques lorsqu’une grossesse présente un risque pour leur vie ou un risque grave pour leur santé.