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Manifestations d’Alger : tout ça pour une caricature ? Allons donc…

jeudi 22 janvier 2015, par siawi3

source : http://www.lematindz.net/news/16296-manifestations-dalger-tout-ca-pour-une-caricature-allons-donc.html

Par Le Matin | 17/01/2015 14:39:00

Les manifestations d’Alger et ailleurs, excepté Constantine (moins
d’une centaine de personnes), ont surpris par au moins cinq choses.

Les islamistes ont marché àAlger avec la bénédiction du pouvoir.

Par Hassane Zerrouky

Un, elles ont rassemblé plusieurs milliers de personnes.

Deux, les mots d’ordre scandés comme le fameux « Alayha nahya oua aleyha na mout wa alayha nalqa Allah » (Pour l’islam je vivrai pour l’islam je mourrai
et je rencontrerai Dieu), rappellent un autre temps (ils nous ont
ramené 15 ans en arrière).

Trois – cela frappe l’observateur averti –il ne s’agissait pas d’une simple réaction de colère, spontanée, comme certains cherchent àle faire croire, mais d’un mouvement organisé :les manifestants convergeaient de plusieurs mosquées squattées par les salafistes, dont une dans le quartier de Belouizdad où prêche le repenti Abdelfatah Hamadache (l’homme qui a demandé la peine de mort contre Kamel Daoud), vers le centre-ville d’Alger.

Quatre : ces manifestations ont bénéficié d’une couverture médiatique presqu’en direct par Ennahar-tv.

Cinq, les autorités ont laissé faire : on a même assisté àun remake de la fameuse marche d’octobre 1988, partie de la mosquée Kaboul de Belcourt : arrivés àla place du 1er Mai, les forces de police ont laissé passer les protestataires, exactement comme en octobre 1988 avant que cela ne se termine, àl’époque, dans un bain de sang devant le siège de la direction de la police nationale àBab El Oued !

On notera que la manifestation organisée par les salafistes n’a pas
été formellement interdite comme cela avait été le cas pour les forces
démocrates en février 2012. A l’époque - j’y étais – le pouvoir
politique n’avait pas hésité àmobiliser 30 000 policiers (sans
compter les provocations des « baltaguias ») pour empêcher la marche des
démocrates et progressistes (un peu plus de 3000 personnes) réclamant
des changements démocratiques : une interdiction qui avait dissuadé de
nombreux Algériens de répondre aux appels des partis démocrates et de
la société civile. Même cas de figure, en février-mars 2014, pour
empêcher le mouvement Barakat d’exprimer son refus d’un quatrième
mandat.

Face àcette situation, on ne peut être qu’interpellés par
l’indulgence et la tolérance coupables dont ont fait montre vendredi
dernier les autorités envers les salafistes. Certes, rétorquera-t-on,
la police a fini par disperser àcoups de matraque et de gaz
lacrymogène les barbus. Mais, elle ne l’a fait que parce qu’ils se
dirigeaient vers le siège de l’APN (Parlement), avant de tenter de
rallier Bab El Oued, comme en octobre 88.

En résumé, tout s’est déroulé comme si les dizaines de milliers
d’Algériens morts durant les années 1990 des tueries revendiquées par
les islamistes – les fatwas, les documents écrits, visuels (vidéos) et
sonores existent – n’avaient servi àrien. Il faut ajouter que la
promulgation de la loi sur la paix et la réconciliation nationale a
institué une véritable culture de l’oubli en interdisant formellement,
sous peine de poursuites judiciaires, d’évoquer les crimes innommables
dont se sont rendus coupables les dijhadistes ayant accepté de déposer
les armes et qui sont de faux repentis : il ne leur était pas fait
obligation de se repentir et encore moins de demander pardon àleurs
victimes. Qui plus est, les autorités ont fermé les yeux – sans doute
selon un accord non écrit – sur la possibilité de réoccuper les
espaces et les mosquées. L’interdiction de la prière dans la rue a été
levée ainsi que la liberté de prêche. Qui plus est, alors qu’on
interdit de parole les porteurs de progrès et de modernité, les
Hamadache, Chemseddine et consorts s’expriment librement, appellent à
fermer les débits de boisson alcoolisées, àinterdire les spectacles,
àfaire la chasse aux femmes qui ne portent pas le voile et à
interdire le bikini sur les plages comme si la côte algéroise (ou
oranaise) était comparable àla Costa del Sol espagnole !

En tout cas, le message délivré vendredi àAlger est clair : ce
mouvement, qui est en train de se reconstituer sur les décombres de
l’ex-FIS, n’a pas renoncé àl’Etat islamique.

H.Z.

N. B. Parenthèse : pourquoi les Hamadache, Chemseddine et consorts,
n’ont-ils jamais lancé d’appels àinterdire la chasse àl’outarde et
aux gazelles (espèces protégées, menacées de disparition) pratiquée
par les émirs des pétromonarchies du Golfe dans le sud algérien ?