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Non aux vigiles de la pensée !

jeudi 6 août 2009, par siawi

Le 7 juillet dernier, Alain Destexhe et Claude Demelenne publiaient dans le Soir une carte blanche intitulée « Voile : où sont les progressistes ?  ». Suite àcela, plainte pour incitation àla haine religieuse a été déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane  ».

Nous déclarons haut et fort que nous sommes solidaires des deux auteurs de la carte blanche. Elle n’exprime rien d’autre qu’une inquiétude légitime, partagée par beaucoup de nos concitoyens – quelles que soient leurs convictions religieuses ou leurs origines – devant la montée en force d’un « cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette  » et du communautarisme.

Aujourd’hui, comme hier lors de l’affaire des caricatures danoises, c’est la liberté d’expression qui est en danger, prise en otage par ceux qui, drapés des habits de la tolérance et du respect, prétendent stigmatiser et museler quiconque a l’outrecuidance de penser autrement.

Pour couper court àces manÅ“uvres d’intimidation, vous aussi, réagissez : signez et faites signer cette carte blanche en guise de solidarité avec Claude Demelenne et Alain Destexhe.

Les noms des signataires (associations et particuliers) sont àenvoyer àreseaulaicite(at)yahoo.fr.

Voile : où sont les progressistes ?

A priori, tout nous sépare. D’un côté, un parlementaire libéral. De l’autre, un journaliste de sensibilité socialiste. En pure logique manichéenne, jamais nous n’aurions dà» cosigner cette carte blanche, puisque nous appartenons àdes « camps  » opposés. Tout nous sépare-t-il, vraiment ? Certainement pas l’engagement, qui devrait être commun àtous les démocrates, en faveur de l’émancipation des citoyens, de l’égalité hommes-femmes et de la neutralité de l’État. Nous partageons la même inquiétude parce que cet engagement subit des ratés de plus en plus fréquents. Une partie des démocrates le placent entre parenthèses. Sur la question du voile islamique et, plus largement, de l’immixtion croissante de cléricaux rétrogrades dans la sphère publique, leur position est ambiguë . Par naïveté, aveuglement ou électoralisme, certains progressistes autoproclamés – certaines « féministes  » aussi – relaient les thèses des musulmans rigoristes cherchant àautoriser presque partout le port du voile islamique : àl’école, dans les entreprises, dans les administrations, au parlement…

Le cas de Mahinur Özdemir (CDH), première parlementaire en Europe àsiéger voilée, est révélateur de la dérive de certains « progressistes  ». Cette élue voilée « peut être un modèle pour l’émancipation des femmes  », a déclaré sans rire la députée écologiste, étiquetée très àgauche, Zoé Genot. Quel contresens ! Au-delàde cette déclaration abracadabrantesque, le moins que l’on puisse écrire est que la gauche et le centre gauche ne sont pas en première ligne pour défendre les conquêtes laïques et les droits des femmes, contestés par les partisans d’un islam rétrograde. Sur la scène politique, seuls quelques élus réformateurs défendent publiquement une position progressiste et appellent un chat un chat : l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire constitue en soi une régression démocratique et un message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont d’autre choix que de le porter. La Belgique apparaît aujourd’hui comme un laboratoire pour les militants islamistes. À l’aide de leurs compagnons de route, vrais ou faux naïfs « de gauche  », ils pourront mettre un peu plus encore la pression sur les femmes musulmanes, sommées de donner des gages de « respectabilité  » et de « pudeur  » en portant le voile.

Bien au-delàdu cas Özdemir, nous voulons en revenir àl’essentiel, évacué par les partisans d’un relativisme culturel anti-humaniste. Quelle est la signification du voile ? L’essayiste d’origine iranienne Chahdortt Djavann en a fourni l’explication la plus limpide : « Le port du voile est l’emblème, le drapeau et la clé du système islamiste. C’est autour du voile qu’une société islamiste peut se créer. Le voile est le meilleur moyen de gagner du terrain pour les islamistes. Avec le voile, les femmes… sont les biens des hommes musulmans… Une fois mise sur le marché, la fille voilée ne peut être acquise que par un homme musulman. Voiler la femme, c’est donner àvoir non seulement le marché du sexe, mais le système qui le sous-tend. “Voilàles femmes que nous avons et que vous n’aurez que si vous vous convertissez àl’islam†: ce message vient des islamistes et s’adresse àtous les hommes susceptibles de le recevoir, ne serait-ce que parce qu’ils circulent dans la rue ou prennent le métro. Le voile est le meilleur instrument du prosélytisme islamiste  » (1). Partout dans le monde, des femmes musulmanes se battent pour sortir de ce système islamiste qui cherche àles maintenir dans un statut de sous-homme. « Beaucoup de femmes musulmanes, écrit le philosophe Abdennour Bidar, préfèrent un islam du cÅ“ur, de la vie privée, refusant un voile, même léger, qui demeurera toujours comme un instrument de “marquage†qui laisse sur elles l’empreinte d’un pouvoir subi de la part des hommes  » (2). Ce sont ces femmes musulmanes, courageuses et souvent héroïques, que méprisent, chez nous, ceux qui multiplient les concessions aux musulmans rétrogrades. Nous ne pouvons nous taire lorsque les compagnons de route des islamistes traitent de « racistes  » ou d’« islamophobes  » les démocrates qui veulent bétonner les conquêtes laïques et défendre le droit de toutes les femmes. Ce terrorisme intellectuel est d’autant plus insupportable qu’il est souvent pratiqué par des militants dits « progressistes  » qui, lors de la manifestation pro-palestinienne du 11 janvier dernier, dans les rues de Bruxelles, ont défilé aux côtés d’islamistes encensant le Hamas et le Hezbollah, appelant àla guerre sainte et hurlant des slogans antisémites. Les donneurs de leçons devraient, parfois, se regarder dans un miroir. Nous regrettons que tant de démocrates, socialistes, écologistes, humanistes, féministes, s’autocensurent face àla montée du cléricalisme musulman ultraconservateur. Nous espérons que leur silence sera bientôt rompu. Nous savons que dans tous les partis, de très nombreux élus ne supportent plus la chape de plomb imposée par les compagnons de route des islamistes. Nous savons qu’ils sont nombreux àdéplorer, qu’àBruxelles particulièrement, les mosquées et les imams conservateurs, interviennent de plus en plus vivement dans le débat politique. Au point qu’aujourd’hui, il est devenu malaisé, pour un candidat d’origine arabo-musulmane, d’être élu, àBruxelles, sans certificat de « bon musulman  ». Il suffit de passer au crible les élus (et les non-élus) d’origine arabo-musulmane de certains partis démocratiques bruxellois pour comprendre. C’est tout sauf un hasard si certains, défenseurs d’un islam pas vraiment éclairé, sont élus, et si d’autres, pas assez conformistes pour bénéficier du soutien des mosquées, restent en rade. Nous appelons àun débat au sein des assemblées parlementaires dès la rentrée. Nous appelons àun sursaut : démocrates de droite ou de gauche, cessons de faire l’autruche face au retour d’un cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette. Les droits de l’homme et surtout de la femme sont en jeu, appartenons tous au même camp.

(1) Que pense Allah de l’Europe ? , éd. Gallimard, 2004. (2) Libération , 29 juin 2009.

Claude Demelenne
- Alain Destexhe

Le R.A.P.P.E.L.(Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat Laïque)
- La federation des restos des cÅ“urs de Belgique

  1. Chemsi Cheref-Khan
  2. Nadia Geerts
  3. Pierre Efratas
  4. Yvan Biefnot
  5. Sam Touzani
  6. Anne-Marie Roviello
  7. Jacques Lemaire
  8. Bahareh Dibadj
  9. André Nayer
  10. Jamila Si M’hammed
  11. Gisèle De Meur
  12. Pierre Van den Dungen
  13. Philipp Bekaert
  14. Elie Cogan
  15. Guy Haarscher
  16. Dominique Celis