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intégrisme vs soufisme ( 2 articles)

mardi 18 août 2009, par siawi

Liberte, 17 Aoà»t 2009

La polémique des miniatures islamiques
- LE HCI ET LE LIVRE DE BENTOUNÈS

Par : Ali ELHADJ TAHAR (Écrivvain)

L’ouvrage, Soufisme, l’héritage commun, de Khaled Bentounès, cheikh de la zaouïa alawiya, a fait l’objet de critiques violentes de la part du Haut-Conseil islamique (HCI) et de l’Association des oulémas algériens.

Les critiques ont essentiellement porté sur la forme et non pas sur le fond, en reprochant au livre d’être illustré par des miniatures islamiques représentant le Prophète et certains saints ainsi que la présentation de l’image de l’Émir Abdelkader sur un fond décoré d’une étoile de David ! S’agissant du contenu, le HCI reproche au livre d’appeler àla dissolution de l’Islam en une sorte de nouvelle religion qui ferait la synthèse des trois religions monothéistes !

Vaste programme donc que de vouloir unir trois religions en une seule, surtout pour un livre qui n’a même pas la prétention d’être un ouvrage de théologie ni même d’être celui d’un vrai historien. Selon l’auteur lui-même, ce modeste ouvrage n’est qu’une “simple énumération des étapes de la propagation de l’Islam avec des emprunts repris àtitre d’illustration de cette épopée†. Il est illustré par des miniatures musulmanes qui représentent des personnages historiques et des saints, dont le Prophète Mohamed, ce qui n’a rien d’exceptionnel car les Å“uvres sont dans des bibliothèques et des musées de pays musulmans comme la Turquie et l’Iran. Les imams du HCI ignorent-ils que ces miniatures ont été diffusées plusieurs fois dans le monde musulman ? Confondent-ils encore entre image profane et image religieuse ? Ignorent-ils que l’Islam n’interdit pas l’image ou la représentation humaine et que les écoles des beaux-arts existent dans tous les pays musulmans, y compris en Iran où des sculptures humaines sont érigées dans toutes les villes ?

Nul besoin d’être clerc pour comprendre que le livre de Bentounès ne contrevient àaucun précepte de l’Islam, le simple bon sens suffisant. Mais puisque les motifs qui ont suscité cette tempête de critiques semblent tellement dérisoires, beaucoup se demandent s’il ne s’agit pas d’un règlement de compte qui aurait d’autres motivations. Les non-dits dans les réponses de l’auteur du livre le laissent supposer.

Pour l’essentiel, les critiques du HCI ne portent donc pas sur le fond du livre mais sur sa forme. Ne concernant pas le contenu, elles ne devraient avoir aucun intérêt n’était le fait qu’elles émanent d’une institution aussi importante que le HCI. La forme d’un livre ne suscite jamais le débat mais de faux débats. Entrons donc dans ce faux débat suscité par une honorable institution ; entrons-y afin d’apporter du sens, pas du non-sens, afin d’éclairer les esprits, pas de les obscurcir.

La critique d’un livre ou de tout autre production de l’esprit par une institution comme le HCI est supposée être bien argumentée, étayée de références solides et respectueuses dans sa formulation… Or, il s’agit d’un laconique communiqué de quelques lignes envoyé àla presse. Dans le fond comme dans la forme, ces “critiques†ne sont donc pas du niveau escompté d’une institution supposée faire preuve de profondeur et de pédagogie lorsqu’elle émet un avis public. Cette légèreté et cette simplicité laissent des trous et des zones d’ombre qui pourraient induire en erreur et orienter le public très moyen ou déjàfanatisé. Ce public pourrait interpréter le communiqué en question comme un avis ou une fetwa qui interdirait l’art purement et simplement.

Le HCI est supposé aborder des sujets sensibles et essentiels, qu’ils soient d’ordre théologique, social ou humain. Il est surtout supposé avoir les instruments, les moyens et les compétences pour ne jamais dévier vers la polémique, la trivialité, les inepties. Mais les critiques àla légère, nos imams y sont bien habitués, notamment lorsqu’ils sont face àune caméra de télévision et qu’ils ont reçu instruction de soutenir telle ou telle politique. Et cela, l’honorable institution qu’est le HCI ne l’a jamais critiqué ! Comme elle n’a jamais donné son avis sur la future grande mosquée qui est un gaspillage énorme d’argent alors que le gaspillage est un péché grave en Islam.

Selon le HCI, la couverture du livre est “choquante†car elle lierait l’Émir Abdelkader àl’étoile de David, une étoile qui “est devenue symbole du sionisme connu pour son hostilité envers l’islam†, dixit le HCI. J’ai eu beau chercher l’étoile de David, je ne l’ai pas vue sur ladite couverture du livre. J’y vois sept formes géométriques contenant des images dont celle de l’Émir Abdelkader. Ces sept formes ressemblent àdes carrés et sont posées sur une autre forme noire disposée sur un fond vert. Le motif ou la composition contenant l’image de l’Émir Abdelkader n’a rien àvoir avec l’étoile de David et ne peut la symboliser. On ne symbolise pas un symbole. La virulence de l’attaque suppose que le motif soit clairement reproduit et ne prêter àaucune confusion, or nous sommes àmille lieues non seulement d’une étoile de David mais d’une étoile àcinq, six, neuf, huit, douze ou mille branches ! À un fou, le test de Rorschach ferait voir des monstres àla place d’un papillon !

Un portrait de l’Émir Abdelkader entouré d’une étoile de David ! Il est difficile d’imaginer que pareille image puisse exister, ou que cheikh Bentounès ait permis sa publication, àsupposer qu’un infographe timbré l’eà»t réalisée ! Il est également difficile d’imaginer qu’un peintre orientaliste ou algérien ait réalisé pareille image. Et même si le motif incriminé était une étoile àsix branches, toutes les étoiles àsix branches ne sont pas des étoiles de David. L’étoile de David que le peuple juif s’attribue comme son symbole, notamment depuis la création de l’État d’Israë l, a des caractéristiques précises : elle se compose de deux triangles équilatéraux superposés. Tous les éléments de l’étoile doivent être visibles mais puisqu’on dit qu’elle renferme le portrait de l’Émir en son centre, cela signifie donc que ce n’est pas une étoile de David parce qu’on ne verrait pas les triangles dans leur intégralité. Dans cette “critique†, il y a une absurdité qui dépasse l’entendement. Mais soyons plus précis dans la définition d’une étoile de David, qui n’est d’ailleurs pas le symbole des seuls Juifs et encore moins des sionistes ! De plus, cette étoile qui a figuré sur le bouclier de David – un prophète reconnu par les Musulmans – est le symbole de plusieurs sectes et sociétés qui l’adoptent également et lui donnent d’autres dénominations : sceau de Salomon, double triangle, étoile àsix branches, hexagramme, talisman de Saturne…

Donc même si le motif apparaissait clairement, son attribution par le HCI aux sionistes avec cette déconcertante légèreté atteste d’une déficience grave en matière de connaissance des civilisations, d’histoire et de symboles. Précisons pour nos lecteurs que ce signe, qui figure sur le drapeau d’Israë l, c’est Hitler qui l’a définitivement accolé aux Juifs qui se le sont appropriés bien que les francs-maçons l’utilisent eux aussi depuis longtemps. Souvent associé au compas, cet hexagramme est l’un de leurs principaux symboles. L’Émir Abdelkader était-il franc-maçon ? Peu importe. Et s’il l’a été, cela relève de sa seule liberté. En tout cas, il est absurde de l’associer aux Juifs même s’il les a beaucoup défendus, notamment lors de sa déportation en Syrie.

Et si les francs-maçons revendiquent eux aussi cette étoile, c’est parce qu’elle est une sorte de symbole mathématique. En vérité, l’hexagramme est né sur le plateau de Guizeh, dans l’ancienne Égypte. Issue du pyramidion disparu et de la géométrie, cette étoile àsix branches symbolise Pi, 3,14 ! En la mettant sur le drapeau national d’Israë l, le peuple juif se revendique comme l’héritier du savoir pharaonien !

Le deuxième grief : les miniatures

Passons au deuxième grief fait au livre de Bentounès : celui de reproduire des miniatures représentant le Prophète Mohamed. Le HCI se base, semble-t-il, sur une vieille fetwa d’El Azhar qui interdirait de peindre, dessiner ou de sculpter le Prophète et ses compagnons. Or les miniatures en question ont été réalisées durant l’Âge d’or de l’Islam, une période où l’on créait et inventait dans tous les domaines et ne se contentait pas d’interdire ou de censurer comme durant cette décadence qui dure justement parce qu’elle est infertile. Le HCI qualifie même ces illustrations “loin d’être fiables†sans préciser sur quel plan (ressemblance, historique ?), puis d’ajouter : “Ce qui est surprenant, c’est que certaines images sont osées†mais sans dire sur quel plan ! L’adjectif “osées†risque de semer le doute car, en français, il signifie ce qu’il signifie dans n’importe quel contexte. En vérité, ce genre de miniatures, qui sont généralement d’origine turque ou persane, soit d’obédience sunnite et chiite, ne sont pas offensantes mais visent plutôt àfaire comprendre et illustrer des péripéties et des moments de la vie de Mohamed ou des saints. Elles ont été réalisées pour des ouvrages d’histoire car, rappelons-le, en cette période les livres étaient manuscrits, calligraphiés par des scribes et illustrés par eux-mêmes ou bien par des peintres spécialisés.

L’une des toutes premières peintures musulmanes représentant le Prophète remonte à1307. Parmi les ouvrages contenant ce genre d’images il y a Jami’ al-Tawarih, un livre d’histoire générale écrit par Rashid al-Din Fadl-Allah entre 1306 et 1314. Une copie d’un livre de l’historien Tabari contient aussi des images du Prophète. Un autre livre fut réalisé dans le palais de l’empereur Baysungur en 1436 : il est écrit en turc et comprend 57 miniatures dont certaines figurent le Prophète Mahomet. Un autre livre, Siyer-i Nebi, que l’auteur Dariri de Erzurum a écrit au XIVe siècle. Une copie de cet ouvrage a été faite par le sultan ottoman Sultan Murad lui-même àla fin du XVIe siècle. C’était l’époque où les sultans faisaient de la calligraphie et de la miniature, pas celui où l’on censure des livres ! Cette période glorieuse de l’art du livre islamique était celle où les chrétiens allaient àDamas, Baghdad, Mossoul, Tabriz, Le Caire, Cordoue ou Grenade pour apprendre les sciences et acheter ces précieux livres de médecine, d’histoire, de philosophie ou de mathématiques illustrés de belles miniatures et de beaux dessins.

Tous ces trésors, tous ces livres illustrés par les artistes musulmans sont une fierté pour notre culture et notre civilisation àson apogée. Ils sont précieusement conservés dans les musées de Topkapi àIstanbul, Téhéran, Londres, Berlin, New York ; et les fanatiques de tous bords qui parlent de censure et d’autodafé devraient plutôt en être fiers ! Ne leur en déplaise donc, l’art de l’Islam comprend de très nombreuses miniatures qui représentent non seulement le Prophète Mohamed mais certains de ses compagnons ainsi que d’autres prophètes, Adam et Ève… Ce ne sont que des illustrations àla gloire du Messager et de l’Islam. Leurs détracteurs ignorent certainement que le Prophète lui-même a protégé les images de Jésus et de Marie qui figuraient sur la Qaâba. Ses Compagnons voulaient effacer toutes les peintures figurant sur la pierre noire, il s’interposa, mit sa main sur le mur et ordonna de n’effacer que ce qu’il y avait au-dessus, soit les icônes païennes, pas les représentations chrétiennes.

Le HCI, organe consultatif auprès de la présidence, a demandé àl’auteur d’ôter les “images qui ont suscité la controverse†ou de les “masquer par quelque autre procédé†. Le président de l’Association des oulémas, Abderrahmane Chibane, exige, quant àlui, l’interdiction pure et simple d’un livre qui “porte atteinte àla sacralité du prophète Mahomet†.
En demandant de masquer les miniatures “par quelque autre procédé†, le HCI revient àun procédé utilisé par des fanatiques au Moyen-Âge et qui consistait àbarrer d’un trait de plume le cou des personnages figurant sur des miniatures. Comme si un trait sur le cou d’un personnage lui ôtait la vie ou l’âme et que du coup ce personnage devenait un objet inanimé, puisque peindre des objets, des plantes ou des animaux est licite en Islam, selon ces fanatiques. Le HCI semble ignorer que l’Islam n’interdit pas l’image ni la représentation du corps humain aussi bien en peinture qu’en sculpture.

Or l’Islam interdit l’adoration des images comme il interdit l’adoration des animaux ou des objets àla place de Dieu. L’Islam n’est pas une religion iconoclaste mais une religion aniconiste, selon Titus Burckhardt. Mais les “savants du culte†algériens semblent ignorer les fetwas émises au début du XXe siècle et autorisant la création artistique et la représentation figurative. Pourtant, jusque dans les années 1970, la photographie et la télévision étaient interdites en Arabie Saoudite pour le même motif. Puis, comme par miracle, les Saoudiens ont fini par comprendre que ni la peinture ni la photographie ni le cinéma ni la télévision ne font concurrence àAllah, El Moussawir, et que les Å“uvres d’art (peinture, dessin, sculpture) réalisées par l’homme n’ont pas une fonction religieuse mais profane, au même titre que le dessin industriel, la biologie ou les mathématiques. Mais que de temps perdu, d’injustices et de gâchis avant d’arriver àune évidence !

S’ils avaient également lu des livres comme L’art de l’Islam, de Titus Burckhardt, ils auraient élargi leur esprit. Tout vrai théologien, savant du culte ou imam, est supposé doué d’un savoir encyclopédique qui inclut les sciences et les arts, l’astronomie et de nombreux autres domaines. Mais loin derrière nous semble donc le temps où l’Islam engendrait des Ghazali, des Ibn Rochd… Aujourd’hui, la facilité déconcertante avec laquelle des imams se prononcent sur des sujets qui les dépassent est vraiment inquiétante et semble augurer de temps d’une inquisition encore plus sombre. Pourtant, il n’est pas nécessaire d’être un génie ou un théologien pour comprendre que l’Islam ne peut pas interdire la peinture ni la sculpture : le seul bon sens suffit car l’artiste n’a pas la prétention de concurrencer Dieu ni d’ériger des idoles àadorer. Ses Å“uvres ont une vocation profane, et sont fondamentalement nécessaires pour l’avancée de l’esprit et la connaissance humains : Léonard de Vinci a fait “l’Écorché†, le célèbre dessin qui montre les muscles humains. L’islam interdirait-il pareille image ? Mais le génie de la Renaissance n’aurait jamais réalisé son écorché s’il n’avait auparavant réalisé des centaines d’autres dessins et peintures représentant des humains et des animaux ! Comme aujourd’hui, il est impossible de devenir designer et réaliser des maquettes de voitures, de montres, de trains, de machines àlaver ou de téléphones sans être passé par le dessin de plantes, de visages, de corps humains ou d’animaux…
Il est grave que des imams ignorent cela, et que leur ignorance les rende si prompts àtirer sur l’art sans en connaître la portée économique, industrielle, sociale... En vérité, le dernier des prêtres chrétiens a un niveau bien supérieur et sait que toutes les disciplines humaines sont nécessaires et interdépendantes. Emettre un jugement aussi hâtif sur la base de connaissances rudimentaires est une catastrophe qui traduit l’état de la pensée actuelle en Islam – ou plutôt de la réflexion, car le mot pensée est trop noble pour désigner le niveau. La comparaison avec la pensée chrétienne doit passer par la comparaison des compétences des hommes de culte, qui dans la sphère chrétienne sont définitivement sortis de l’Inquisition et de sa bêtise moyenâgeuse par le biais du savoir et de la recherche dans tous les domaines, y compris scientifique. Les hommes d’Église s’intéressent au cinéma, au théâtre ou àla musique autant qu’aux sciences et aux techniques.

Certains imams musulmans préconisent cet éclectisme et cette ouverture d’esprit àleurs pairs, espérant qu’ils prendraient conscience de la nécessité de combler leurs retard et défaillances. Car le domaine du religieux et de la théologie n’est pas séparé des autres disciplines, voire qu’il n’y a de théologie et de pensée religieuse qu’articulées sur une connaissance scientifique, artistique, historique… C’est ce que montre le livre de Bentounès, qui est accueilli àboulets rouges par ses détracteurs.
Or, àpartir du seul mot du prophète Mohamed “Dieu est beau et il aime la Beauté†, n’importe quel imam devrait comprendre que l’Islam ne peut pas interdire l’art, qui est la recherche du Beau et d’une beauté n’aspirant pas àconcurrencer celle du Créateur tout simplement parce qu’elles sont des Å“uvres humaines. Laissons Burckhardt l’expliquer : “Cette parole du Prophète ouvre des perspectives illimitées, non seulement pour la vie intérieure, où la beauté aimée par Dieu est avant tout celle de l’âme, mais aussi pour l’art, dont le vrai but, compris àla lumière de cet enseignement prophétique, est de prêter un support àla contemplation de Dieu. Car la beauté est un rayonnement de l’univers, et toute Å“uvre belle en est un reflet.†Cette assertion devrait être érigée en fetwa par nos imams qui, malheureusement, manquent de compétence et de culture dans des domaines qu’ils considèrent comme secondaires et où pourtant ils sont prompts àcensurer, àl’image de ces attaques contre un livre et des miniatures qui ne sont offensants que pour les esprits arriérés.

D’ailleurs, la culture et l’art d’une manière générale ont fait l’objet de moult interdits “religieux†, de moult hérésies et accusations fanatiques. Plusieurs imams algériens ont affirmé, sur les chaînes de radio et de télévision, que l’Islam interdisait la peinture et/ou la sculpture. Les uns ont soutenu que le Coran interdirait “ce qui projette de l’ombre†, les autres ont dit que seules les représentations humaines seraient interdites, d’autres encore ont affirmé qu’àcertaines sculptures il ne manque que la voix pour ressembler àl’homme et que le jour du Jugement dernier Dieu demanderait àleurs auteurs de les faire parler… Parce qu’une sculpture projette de l’ombre, comme un être humain, elle devrait être interdite ! Les simplets définissent l’être humain par la seule ombre qu’il projette ! Une sculpture en bois àqui il ne manquerait que la parole !

Pourtant, même un bébé sait que sa poupée qui chante et qui danse n’est pas un être humain car il lui manquera toujours l’intelligence, l’âme, le sang et les organes que ne peuvent avoir ni une poupée ni une sculpture ou même un robot. Ce niveau catastrophiquement bas et cette indigence intellectuelle ont fait beaucoup de dégâts. Voilàpourquoi la violence verbale qui en est issue est synonyme de la violence criminelle qui a engendré l’assassinat de plusieurs écrivains et artistes algériens dont Alloula, Sebti, Djaout, Hasni… Evidemment, l’Algérie n’est pas un cas unique dans cette fureur qui cible la culture et les hommes de culture, car la culture donne àl’Homme des instruments pour réfléchir, évoluer, se libérer des archaïsmes et des complexes et appréhender la religion comme un acte de spiritualité personnel qui élève l’individu au lieu de l’asservir.

Lorsqu’un “savant†du culte n’a pas les outils pour interpréter correctement une Å“uvre culturelle, il ne doit pas se précipiter àcondamner mais plutôt essayer de se questionner sur son propre niveau. Il est supposé savoir que lorsque son avis devient public il peut être de conséquences graves qui échappent àson contrôle. Ce n’est malheureusement pas le cas des savants musulmans qui, durant les dernières décennies, se sont souvent illustrés par des avis intempestifs et irréfléchis qui ont eu de graves conséquences. Puis ils se sont rétractés avec la même facilité. La légèreté avec laquelle une institution a porté des critiques et des accusations procède d’une même mentalité obscurantiste que celle qui a engendré la destruction des statues géantes afghanes par les talibans en 2005. Sur le contenu, le HCI accuse le livre de Bentounès d’aller plus loin que le message de tolérance interreligieuse et d’ouverture : il laisserait entendre “une unification de toutes les religions†! ! Nous croyons rêver. Evidemment, cette thèse est étrange mais nul besoin de lire le livre pour comprendre que ni cheikh Bentounès ni même le plus farfelu des hurluberlus n’oserait soutenir ou préconiser pareille absurdité. Est-ce le livre ou le niveau des lecteurs qui est àl’origine d’une si grosse méprise ?

Vu le nombre de faux arguments qui étayent l’accusation on se demande s’il n’y a pas une autre raison àcette tempête. On sait que cheikh Lakhdar Bentounès a dit que le hidjab n’est pas une “obligation religieuse†, en se basant sur une interprétation logique des versets du Coran, rejoignant ainsi un imam égyptien des années 1920 qui a également rejeté le port du hidjab par la femme. Cette position sur la question sensible de la tenue vestimentaire – qui compte beaucoup pour la domination de la femme dans une société patriarcale hyper- machiste – n’est-elle pas la vraie cause du litige HCI-zaouïa alawiya ? La publication des miniatures supposées connues de n’importe quel citoyen, pas seulement d’honorables savants du culte, n’est-elle pas un prétexte pour vilipender une zaouïa dont le livre ne fait que diffuser des miniatures pour la énième fois ?

Puis, le Haut-Conseil islamique a accepté l’arbitrage proposé par l’auteur du livre et il sera donc fait appel àd’autres savants, apparemment étrangers, pour décider du sort de l’ouvrage. L’acceptation d’un arbitrage n’est-elle pas déjàun aveu d’incompétence ? Pourquoi l’honorable institution accepte-t-elle un arbitrage dans un domaine supposé être de sa compétence et sur lequel elle s’est déjàprononcée ? Mais peu importe ce que diront les juges appelés àla rescousse : les accusations surréalistes du HCI risquent d’avoir déjàinduit bon nombre de gens en erreur.

A. E. T.

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2.

oumma.com

La controverse de Mostaganem

lundi 17 aoà»t 2009 - par Saad Khiari

J’ai eu l’honneur de participer àMostaganem àla célébration du centenaire de la confrérie Alawiyya et le bonheur de partager avec des jeunes et des moins jeunes des moments inoubliables de fraternité. Les mots qui revenaient souvent dans les travées du congrès c’étaient : Amour, Paix et Miséricorde ; des mots qui rappellent l’essence même du message coranique et qu’on entend de moins en moins en terre d’islam, particulièrement depuis les dernières décennies.

J’étais venu dire qu’il fallait prendre garde àne pas laisser réduire la religion au questionnement le plus primaire « Â« Yajouz et La Yajouz  », ( permis ou pas permis) comme c’est le cas hélas aujourd’hui chez nous, au point que des censeurs se chargent de veiller àl’alignement de vos doigts de pied sur ceux du voisin lors des prières collectives au détriment du recueillement, de la concentration et du cheminement vers Dieu.

Au point que les prêches du vendredi sont devenus d’une banalité affligeante àforce de traiter de problèmes d’un autre temps, dans un arabe d’un autre temps, face àune assistance assez désemparée, menacée de géhenne ou en attente de rivières de miel.

Au point que dans nos quartiers, les guerres picrocholines autour du Niqab, du Djelbeb, du Hijab et autres accessoires sont devenues le sujet primordial qui suscite des controverses déterminantes pour notre avenir au moment où sous d’autres cieux on doit se prononcer sur le choix entre l’énergie d’origine fossile, nucléaire ou solaire. L’accessoire a pris le pas sur l’essentiel et si ailleurs on dit que l’habit ne fait pas le moine, chez nous la barbe fait bien le dévot.

A Mostaganem, j’étais venu réaffirmer comme beaucoup d’autres que l’islam n’était pas une idéologie mais une spiritualité et que le « Fiqh  » (Droit ) àtravers les processus raisonnés qu’il implique l’a emporté sur l’essence même de la Foi.

A Mostaganem, j’étais venu interpeler les confréries religieuses au sujet de leur discrétion que je trouvais inadaptée dans les circonstances actuelles, face àla crise que traverse l’islam depuis bien longtemps.

J’ai trouvé des oreilles attentives, des femmes et des hommes soucieux de vivre un islam du juste milieu, ouvert et tolérant. J’ai apprécié l’assiduité des jeunes aux ateliers qui ont traité de la terre, de l’éducation d’éveil, de la mondialisation, de la révélation, de la spiritualité, du soufisme et de la prospective ; plus soucieux d’harmoniser la tradition et la modernité que de répondre àl’écho négatif qui nous parvenait de l’extérieur.

Des officines, ou des groupes de pression, ou des personnalités religieuses, n’avaient pas trouvé àleur goà»t cette intrusion dans un champ qu’ils avaient réduit jusque-lààun ton monocorde en matière de religion. On risquait de les empêcher de pérenniser ainsi un ronron et une léthargie qui assuraient aux uns et aux autres l’autorité ou la célébrité ou les accès aux portes du pouvoir, mais toujours pour quelque avantage.

Alors, faute de pouvoir faire pièce aux organisateurs de Mostaganem sur le terrain du débat et de la confrontation des idées, et incapables de mobiliser autant d’intelligences et de compétences sur des thèmes aussi peu porteurs que la spiritualité ou l’Amour de Dieu, ils ont poussé des cris d’orfraie àla vue d’une ou deux miniatures persanes parmi des milliers d’autres illustrations, pourtant connues et vues par le monde entier àcommencer par le monde islamique.

Que n’avaient-ils manifesté autant de colère et d’indignation quand des milliers et des milliers d’innocents étaient quotidiennement égorgés et éventrés en Algérie ? Que n’avaient-ils alors trempé leurs plumes dans l’acide pour désigner publiquement les auteurs et les commanditaires d’une expédition barbare menée au nom de l’islam ?

L’indignation sélective ou l’effarouchement inattendu peuvent aider àmaintenir plusieurs fers au feu certes, mais la ficèle était trop grosse et ce ne sont pas les quelques saillies dans certains quotidiens nationaux qui auront réussi àcacher le subterfuge.

Passe encore qu’on ne partage pas la spiritualité telle que la prône la tariqua Alawiyya, voie soufie centenaire, qui s’inscrit dans une démarche aussi ancienne que la révélation coranique, mais alors pourquoi ne pas en débattre entre gens civilisés ; puisque c’est ainsi qu’étaient qualifiés les hommes et les femmes qui faisaient partie des sociétés savantes musulmanes, il y a de cela quelques siècles. Cela reviendrait àavoir recours àdes moyens civilisés, bien loin des accusations infondées et de l’insulte. Pourquoi faut-il enfin que chez nous, en terre d’islam, les controverses se transforment en conflits et les querelles en anathèmes quand il devrait y avoir débat d’idées et enrichissement mutuel ?

Il faudra, lorsque les passions se seront éteintes et que la sagesse aura repris ses droits, faire travailler notre imagination pour ouvrir enfin et au grand jour ce grand débat que nous attendons tous. Confronter nos idées sur la crise que traverse l’islam, le retard des sociétés islamiques, revenir àl’essence de l’islam, « rouvrir  » les portes de l’ijtihad, et dialoguer avec tous ceux qui revendiquent leur appartenance ànotre religion sans exclusive ni parti pris.

Ce sont làquelques unes des idées qui ont été semées àMostaganem. Puissions-nous enfin Å“uvrer ensemble pour rendre justice àune civilisation, àune culture et àune religion qui avaient éclairé le monde et dont tous les musulmans dans leur grande diversité d’origine sont les dépositaires ?