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Iran : Un pouvoir enferré dans ses contradictions

vendredi 21 août 2009, par siawi

L’Humanité du 18 aoà»t 2009

Tout en poursuivant les opposants, les autorités politico-religieuses sont contraintes de tenir compte d’une réalité échappant àla loi divine. Analyse.

Le procès de Clotilde Reiss devait permettre au pouvoir iranien, du moins àsa fraction la plus dure, de ressouder les rangs autour d’un pays en proie àun complot extérieur. L’accusée devait àtravers ses aveux fournir les arguments àl’aile dure du régime iranien afin d’étayer sa thèse d’une révolution menacée de l’extérieur et de l’intérieur. Il n’en a rien été. Plus que sans doute les pressions internationales, le fait que la justice, pourtant aux ordres, ne soit pas parvenue àcrédibiliser l’accusation dont est l’objet la jeune française, a dà» faire débat au sein des instances d’un pouvoir iranien où en théorie le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, fait la pluie et le beau temps.

Les signes contradictoires donnés par le pouvoir avec d’une part cette libération conditionnelle, d’autre part la poursuite de la série de procès collectifs intentés aux opposants àla réélection d’Ahmadinejad, et enfin la suspension dimanche du journal Etemad Melli, du réformateur Mehdi Karoubi, illustrent ainsi l’impasse dans laquelle il s’est placé et la difficulté qu’il a de convaincre les Iraniens du bien-fondé de sa démarche. Les premiers àne pas croire en ce procès sont ces centaines de milliers de manifestants qui sont l’expression d’un mouvement profond de la société iranienne pour plus de démocratie et de justice.

Les critiques très dures tenues àl’endroit du pouvoir iranien par l’ayatollah Montazeri ont dà» certainement faire bouger les choses. « Ceux qui sont en prison sont forcés de faire des aveux sous la torture et chaque jour un corps est remis àsa famille  », écrivait-il le 29 juillet dans une lettre aux dirigeants de l’opposition. « Quel crime ont-ils commis, si ce n’est protester pacifiquement contre les irrégularités massives et la fraude lors des élections ? Est-ce que la création des gardiens de la révolution et de la milice islamique (bassidji) avait pour but de tuer ses propres frères et d’opprimer les gens ?  » ajoutait celui qui avait appelé en juin dernier àla destitution d’Ali Khamenei, le guide suprême du régime.

En vertu de la Constitution et du principe du Velayet e faqih, concept justement théorisé par Montazeri, qui consacre la primauté du pouvoir religieux sur le pouvoir civil, Ali Khamenei, désigné par consensus par « l’Assemblée des experts  » présidée par l’un de ses principaux rivaux, Hachemi Rafsandjani, détient la réalité du pouvoir. Reste que les 86 religieux qui forment cette assemblée ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Il en est de même du Conseil de discernement de l’intérêt du régime présidé par le même Rafsandjani, censé tracer la ligne générale de la politique iranienne, et qui arbitre les différends entre les divers organes du pouvoir (par exemple, entre le Conseil des gardiens et le Parlement). Il est lui-même traversé par des divergences entre conservateurs et réformateurs.

De fait, dans le contexte actuel, si la décision en dernière instance - la libération définitive ou non de Clotilde Reiss - revient àl’ayatollah Ali Khamenei, il est permis de penser qu’elle est le fruit de cette sourde lutte entre les forces composant ces différents organes de pouvoir, dont le corps des pasdarans en raison de son poids militaire mais surtout financier et économique (1), un compromis qui n’est pas sans rapport avec une réalité échappant àla loi divine.

(1) Lire notre édition du 22 juin,

« Les pasdarans, un État dans l’État  ».

Hassane Zerrouky